La CAQ promet trois nouveaux parcs nationaux et 525 millions pour la nature

Le secteur des dunes de Tadoussac est un site très fréquenté par les touristes qui se rendent dans ce village de la Côte-Nord.
Alexandre Shields Le Devoir Le secteur des dunes de Tadoussac est un site très fréquenté par les touristes qui se rendent dans ce village de la Côte-Nord.

Si elle est reportée au pouvoir, la Coalition avenir Québec promet de créer trois nouveaux parcs nationaux et d’injecter 525 millions de dollars dans la protection des milieux naturels, a appris Le Devoir. Le parti s’engage aussi à bonifier le réseau d’aires protégées au Québec, bien qu’il ait rejeté plusieurs projets pour protéger des intérêts industriels lors de son premier mandat.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, un deuxième mandat du gouvernement de François Legault impliquerait des investissements de plus de 525 millions de dollars afin de bonifier la protection des milieux naturels. La majorité de cette somme irait à la création et à l’agrandissement de parcs nationaux.

Le plus important projet qui se concrétiserait serait le parc national Nibiischii. Attendu depuis plusieurs années, il représente une superficie de près de 12 000 km2. Son territoire est cependant déjà comptabilisé dans le calcul des objectifs de protection du territoire. La concrétisation du projet ne permettra donc pas de bonifier le taux de protection des milieux naturels terrestres du Québec, qui a atteint les 17 % à la fin de 2020.

Le projet de parc national Nibiischii doit être mené « en partenariat avec la Nation crie de Mistissini », selon ce que précise le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) sur son site Web. Ce projet, qui était auparavant nommé Albanel-Témiscamie-Otish, comprendrait le lac Mistassini, dont la superficie de 2335 km2 en fait « le plus grand lac naturel » du Québec. « C’est au coeur des montagnes de ce vaste territoire que prennent leur source plusieurs grandes rivières telles les rivières Rupert, Eastmain, la Grande, Péribonka, aux Outardes et Manicouagan », souligne le MFFP.

La CAQ ajouterait également le parc national de la Côte-de-Charlevoix (environ 70 km2) et celui des Dunes-de-Tadoussac (environ 5 km2) au réseau de la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ). Il est d’ailleurs possible que les informations obtenues par Le Devoir devaient être dévoilées par François Legault aux dunes de Tadoussac la semaine dernière ; la conférence de presse qui devait s’y tenir a été annulée en raison du décès de la reine Élisabeth II.

Il existe déjà une « réserve de biodiversité projetée » de la Côte-de-Charlevoix depuis 2014. En ce qui a trait au secteur des dunes de Tadoussac, qui est assidûment fréquenté par les touristes et les habitants du village, le projet de protection de cette zone de « terrasses marines » est évoqué depuis plusieurs années. Le ministère de l’Environnement du Québec avait même mené une consultation publique à ce sujet en 2013.

Agrandir des parcs

 

La CAQ compte par ailleurs agrandir le territoire de cinq parcs nationaux déjà existants et situés en majorité près des grands centres, dont celui du Mont-Orford, qui gagnerait plus de 40 km2, mais aussi ceux des Îles-de-Boucherville et du Mont-Saint-Bruno.

Le prochain gouvernement devra d’ailleurs mener sous peu dans ces deux parcs, sous la responsabilité de la SEPAQ, un programme majeur d’abattage de cerfs de Virginie. On y trouve au moins 350 cerfs de trop, compte tenu de la capacité d’accueil de leurs écosystèmes.

Si le gouvernement Legault est reporté au pouvoir pour les quatre prochaines années, il devrait aussi mettre en place différents jalons de protection en vue de l’atteinte de la cible québécoise de protéger 30 % des milieux naturels terrestres d’ici 2030. Du soutien est prévu pour aider les municipalités à se doter de plus d’espaces verts.

Le Devoir a aussi appris que près de 100 millions de dollars serviraient à la bonification du réseau d’aires protégées sur les terres publiques et privées. Cela signifie que le gouvernement devrait probablement se porter acquéreur de terrains appartenant à des particuliers ou des entreprises en vue d’y protéger les milieux naturels. Dans certains cas, il s’agirait aussi de renaturaliser des terrains.

Au cours de son premier mandat, la CAQ a mis de côté pas moins de 62 projets d’aires protégées qui étaient tous situés au sud de la « limite nordique des forêts attribuables ». Ils se retrouvaient donc dans le vaste territoire où le gouvernement autorise les coupes forestières industrielles. Certains projets auraient aussi été bloqués en raison de la présence de permis d’exploration pétrolière et gazière, notamment dans le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie. Or, ces obstacles ont depuis été levés en raison de l’abolition de ces permis au cours des derniers mois.

Pour le directeur de la Société pour la nature et les parcs du Québec, Alain Branchaud, la fin des permis d’exploration pétrolière et gazière est une occasion à saisir pour accélérer la mise en place d’aires protégées déjà proposées par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Selon lui, il faudrait aussi prévoir plus de fonds pour la protection de territoires du sud de la province. Son organisme recommande des investissements de 50 millions de dollars par année, soit 200 millions de dollars sur quatre ans.

M. Branchaud salue l’idée de créer de nouveaux parcs nationaux, mais il estime que le prochain gouvernement doit aller plus loin. Il plaide notamment pour la création du parc national du Lac-Walker, qui est déjà inscrit comme « projet » sur le site du MFFP.

La CAQ n’a pas répondu aux questions du Devoir.

Rectificatif : Le texte de notre journaliste Alexandre Shields «La CAQ promet trois nouveaux parcs nationaux et 525 millions pour la nature» publié dans notre édition du samedi 17 septembre indiquait que la CAQ «a mis de côté pas moins de 83 projets d’aires protégées» au cours de son premier mandat. La CAQ avait mis de côté 83 de ces projets à la fin de 2020. Mais dans le cadre d’annonces au cours des derniers mois, la CAQ a annoncé la «mise en réserve» de 21 territoires pour fins d’aires protégées. Elle a donc plutôt écarté 62 projets d’aires protégées. Toutes nos excuses.

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