Comment adapter nos milieux de vie aux pluies diluviennes?

Mathieu Prévost, comme plusieurs personnes à Montréal, a été contraint de jeter des objets qui ont été endommagés par l’innondation.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Mathieu Prévost, comme plusieurs personnes à Montréal, a été contraint de jeter des objets qui ont été endommagés par l’innondation.

Des centaines de résidences inondées. Des routes fermées. Une station de métro dans la flotte. Les pluies diluviennes tombées mardi soir sur le Québec ont fait d’importants dégâts. Comment adapter nos milieux de vie pour éviter les pires conséquences de ces événements climatiques extrêmes, qui promettent de se multiplier ? Un éclairage d’Alexis Riopel.

Les pluies diluviennes comme celles tombées dans la région de Montréal mardi soir sont exactement le genre d’événements extrêmes qui gagneront en fréquence et en intensité avec les changements climatiques.

« C’est une certitude que les événements comme celui d’hier [mardi] seront de plus en plus fréquents », affirme Ursule Boyer-Villemaire, spécialiste des risques climatiques chez Ouranos, un consortium de recherche sur l’adaptation aux changements climatiques. Puisque l’air plus chaud peut contenir plus d’humidité, il peut ensuite déverser plus de pluie.

Difficile d’établir avec précision l’accroissement des risques de pluies très abondantes dans le sud du Québec. La variabilité naturelle du cycle hydrologique est déjà élevée dans la province. Toutefois, dans certaines régions, les précipitations extrêmes pourraient devenir jusqu’à 20 % plus fréquentes, selon la chercheuse.

« Si on accepte de ne plus faire l’autruche, on doit absolument agir pour adapter notre utilisation du territoire et nos infrastructures », soutient Mme Boyer-Villemaire.

Ironie du sort, les pluies diluviennes sont tombées quelques heures à peine après que les grandes villes du Québec eurent demandé au gouvernement provincial de sceller avec elles un « pacte vert » de deux milliards pour les aider à s’adapter aux changements climatiques. Le premier ministre sortant, François Legault, avait tout de suite refusé la demande.

En avril dernier, le gouvernement caquiste a dévoilé son programme de mise en oeuvre 2022-2027 de son Plan pour une économie verte. L’adaptation aux changements climatiques n’y tient pas une grande place : seulement 5 % de l’enveloppe budgétaire sont destinés à « renforcer la résilience ».

Transformer le réseau d'égouts

Selon les ingénieurs, un réseau d’égout pluvial est constitué de deux parties : le réseau mineur et le réseau majeur. Le premier comporte les conduites souterraines. Il peut accepter sans déborder l’eau des pluies très fortes, qui surviennent tous les 2 à 10 ans. Le second, le réseau majeur, est sollicité lors des pluies extrêmement fortes, qui surviennent par exemple une seule fois par siècle.

Le réseau majeur, ce sont en fait « les rues et les fossés », explique Jean-Luc Martel, professeur à l’École de technologie supérieure, spécialiste de l’hydraulique urbaine et des répercussions des changements climatiques sur les infrastructures. Il faut donc intelligemment concevoir les quartiers pour que ce débordement dans le « réseau majeur » se fasse de manière contrôlée. Ces précautions n’étaient pas prises il y a quelques décennies.

Dans les nouveaux quartiers, les rues et leurs alentours sont conçus pour mieux accueillir l’eau de ces précipitations extrêmes. Les municipalités peuvent par exemple créer des bassins de rétention — parfois une simple dépression du sol, ou sinon, dans les milieux plus densément bâtis, un ouvrage souterrain — pour contenir l’eau des événements ultrarares.

Tout est question de compromis : ces infrastructures valent-elles le coup, compte tenu des risques en présence ? Puisque le climat change, les hypothèses des concepteurs d’hier volent en éclats. « Peut-être que les dommages vont être plus importants qu’on le pensait, et que ça aurait valu le coup d’investir davantage dans nos réseaux pour qu’ils soient plus résilients », souligne M. Martel.

Verdir les villes du Québec

Les îlots de verdure agissent comme des éponges. Quand une pluie abondante s’abat sur une ville, les surfaces végétalisées peuvent ralentir le ruissellement de l’eau et donner le temps aux égouts pluviaux d’évacuer l’eau avant qu’elle ne s’accumule.

L’une des meilleures manières de ralentir ce flot est de créer des « cellules de biorétention ». Sarah Dorner, une spécialiste de l’eau potable à Polytechnique Montréal, a collaboré à un projet à Trois-Rivières où des cellules végétales de ce type ont été aménagées le long d’une rue. Des puisards y dirigent maintenant l’eau.

« Ce n’est pas si coûteux de faire des cellules de biorétention quand on doit rebâtir une rue et ses égouts de toute façon », explique Mme Dorner. Ces cellules ont par ailleurs l’avantage de filtrer l’eau pluviale avant qu’elle retourne dans l’environnement. Elles offrent aussi un environnement plus agréable à la population et réduisent les îlots de chaleur.

Évidemment, un verdissement tous azimuts des villes est bénéfique pour les protéger des pluies diluviennes. Dans une ville comme Montréal, explique Mme Dorner, les toits plats interceptent une bonne partie des eaux de pluie et les renvoient directement dans l’égout. Les toits verts peuvent ralentir cet écoulement. Les arbres peuvent aussi faire dévier la pluie vers des sols perméables.

« Le gouvernement pourrait envoyer un signal clair pour encourager la déminéralisation chez les propriétaires privés », ajoute Mme Boyer-Villemaire, d’Ouranos.

Adapter le métro de Montréal

L’eau de pluie s’est frayé un chemin mardi soir jusqu’à la station Square Victoria-OACI du métro de Montréal. Le service y a été interrompu, mais l’eau accumulée sur les rails n’a pas empêché les trains de circuler pour desservir les autres stations de la ligne orange.

Le métro est conçu de façon que les infiltrations d’eau soient dirigées vers certains « endroits sécuritaires » sur la voie, explique Philippe Déry, porte-parole de la Société de transport de Montréal (STM). Des pompes l’évacuent ensuite. Quand des inondations majeures surviennent, des pompes auxiliaires peuvent être déployées.

Pour l’instant, la STM mise sur l’entretien des infrastructures — réparation des fissures dans le béton, remplacement des membranes d’étanchéité, etc. — pour protéger le métro des pluies abondantes. Un comité récemment formé s’affaire par ailleurs à élaborer un plan d’adaptation climatique.

Une chose est déjà sûre : les futures stations du prolongement de la ligne bleue seront davantage surélevées par rapport au niveau de la rue. Quant aux stations existantes, les coûts pour les soulever seraient très importants, avertit M. Déry. Cette option n’est donc pas envisagée pour l’instant.

« À l’heure actuelle, on n’en est pas à établir des demandes [aux gouvernements], mais c’est certain que l’adaptation est un élément très important qui va orienter nos actions dans les prochaines années », conclut M. Déry.

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