Le Parti québécois songe à la capture et au stockage de carbone

On trouve en Alberta le projet Quest, une importante installation de captage et de stockage du carbone gérée par la pétrolière Shell.
Jason Franson Archives La Presse canadienne On trouve en Alberta le projet Quest, une importante installation de captage et de stockage du carbone gérée par la pétrolière Shell.

Ce texte est tiré du Courrier de la planète du 13 septembre. Pour vous abonner, cliquez ici.

La séquestration industrielle du carbone s’invite discrètement dans la campagne électorale québécoise. Alors que le gouvernement de François Legault avait démontré un intérêt pour l’enfouissement de CO2 en début d’année, c’est au tour du Parti québécois (PQ) d’envisager le captage du carbone.

La plateforme du parti indépendantiste mentionne que « la technologie du captage, de l’utilisation et du stockage du carbone (CUSC) peut être un outil intéressant pour réduire les émissions dans certains secteurs » industriels. Elle suggère notamment l’imposition de cette technologie aux nouvelles usines.

« Ça vaut la peine d’explorer ces options, mais pas pour autant de faire un pari hasardeux pour l’avenir », explique en entrevue Jeanne Robin, candidate dans Taschereau et participante à l’élaboration du programme environnemental du PQ. Le parti souhaite surtout stimuler la recherche dans ce secteur, précise-t-elle.

Selon l’analyse commandée par le parti de Pierre Saint-Paul Plamondon à une firme externe, ces technologies pourraient soustraire environ 2 millions de tonnes de CO2 au bilan québécois, relativement à un objectif de réduction totale de 40 millions de tonnes à l’horizon 2030.

Le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC) consistent à capter les émissions d’usines ou de procédés industriels. Le carbone peut ensuite être stocké dans des formations géologiques souterraines — dans l’espoir qu’il n’en ressorte jamais — ou utilisé pour faire des produits, comme des carburants synthétiques.

« La visée de la séquestration du carbone, ce serait vraiment de compenser les émissions qui sont incompressibles », soutient Mme Robin. Elle donne en exemple l’agriculture et l’industrie des fertilisants : même si on améliore les pratiques, une part des émissions de GES liées à ce secteur sont inévitables.

Le CUSC est un ensemble de technologies controversées, qui sont encore expérimentales pour l’instant. Plusieurs observateurs craignent que le recours au CUSC serve d’excuse aux industries fossiles pour poursuivre leurs activités plus longtemps.

Toutefois, la majorité des scénarios économico-climatiques permettant de contenir le réchauffement mondial à 2 °C nécessitent un recours « considérable » au CUSC, avertissait le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) au printemps dernier.

Débat aux États-Unis

 

Le gouvernement sortant de la Coalition avenir Québec (CAQ) place lui aussi de l’espoir dans le captage et l’enfouissement de carbone. Il se donne la possibilité d’autoriser des « projets pilotes » dans d’anciens puits d’hydrocarbures pour voir s’il serait possible d’y séquestrer du carbone.

Le débat sur le CUSC fait également rage aux États-Unis. Le Sénat y a récemment adopté l’Inflation Reduction Act, qui prévoit des dizaines de millions de dollars pour des projets de captage de carbone.

L’organisme Earthjustice — opposé à ces subventions — en a profité pour rappeler que des 12 projets de captage en cours aux États-Unis, tous sauf un servent à la « récupération assistée du pétrole ». Cette méthode consiste à injecter le carbone capté dans l’air dans le sol afin d’en faire jaillir du pétrole.

Si Québec solidaire, le Parti libéral et la CAQ ne mentionnent pas le captage du carbone dans leur plateforme électorale, le Parti conservateur y fait une rapide référence. Il veut tirer profit de la « captation du carbone » pour faire de l’environnement l’un des « moteurs de notre développement économique ».

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