Un projet de fertilisants carboneutres en incubation à Saint-Hyacinthe

Le Québec ne produit actuellement aucun engrais, déplore Sabin Boily, président de H2SX.
Photo: Getty Images Le Québec ne produit actuellement aucun engrais, déplore Sabin Boily, président de H2SX.

Un projet d’hydrogène et de fertilisants carboneutres est en incubation à Saint-Hyacinthe. Cette initiative, présentée publiquement pour la première fois ce mercredi, est l’une des idées explorées dans Nourrir demain, un colloque sur l’avenir du secteur agroalimentaire au Québec.

« Présentement, on produit zéro kilo d’engrais au Québec », déplore Sabin Boily, président de H2SX, une jeune pousse qui veut établir une usine d’hydrogène et de fertilisants carboneutres à Saint-Hyacinthe. Ces installations de démonstration s’alimenteraient en méthane à l’actuelle usine de biogaz de cette ville de Montérégie, qui traite des résidus organiques d’entreprises agroalimentaires de la région.

L’entrepreneur en recherche de financement mise sur une technologie coréenne. Celle-ci permet de briser les molécules de méthane (CH4) pour produire de l’hydrogène gazeux et du carbone solide. Ce carbone serait de la qualité requise pour faire des batteries, selon M. Boily. La création de deux produits en demande promet une excellente rentabilité, estime-t-il.

Le projet pourrait s’inscrire dans une perspective d’économie circulaire en Montérégie, explique M. Boily. « On fait pousser nos carottes. Les tiges, on en fait du biogaz. On peut utiliser ce biogaz pour en faire une molécule à forte valeur ajoutée: de l’hydrogène. Et avec cet hydrogène, on peut fabriquer un fertilisant vert. Enfin, avec le fertilisant, on peut faire pousser nos carottes. »

L’entrepreneur – qui est également directeur adjoint, recherche et innovation, au Cégep de Saint-Hyacinthe – voudrait que H2SX finance une chaire de recherche dans les fertilisants de l’avenir. Il compte également profiter de l’aventure pour former de la main-d’oeuvre dans ces nouvelles technologies.

De nos jours, près de la moitié de la production mondiale d’hydrogène — issu quasi exclusivement de combustibles fossiles — sert à fabriquer de l’ammoniac. La plus grande partie de cet ammoniac est ensuite utilisée pour faire des engrais chimiques.

Un colloque inédit

 

En parallèle à H2SX, une vingtaine de projets et de perspectives d’experts sont présentés ces mardi et mercredi dans le Quartier des études supérieures de Saint-Hyacinthe. Le colloque Nourrir demain s’articule autour des thèmes de la santé — humaine, animale et environnementale —, de la durabilité et de l’autonomie alimentaire.

Les participants sont issus de milieux divers, qui ont parfois tendance à s’opposer sur certains enjeux agroalimentaires : fonctionnaires, syndicalistes agricoles, directions de santé publique, organismes communautaires, transformateurs alimentaires, chercheurs, etc.

« L’aspect particulier du colloque tient à son intersectorialité », explique Jean-Philippe Rocheleau, professeur de santé animale au Cégep de Saint-Hyacinthe et co-organisateur de Nourrir demain. L’un des objectifs principaux du colloque sera de favoriser le réseautage afin que des initiatives intéressantes, souvent encore marginales, puissent prendre leur envol.

Mercredi, un atelier réunira autour de 13 tables des participants aux profils variés pour trouver des pistes de solutions à des problèmes en lien avec l’alimentation au sens large. Ces problèmes seront incarnés par 13 personnages fictifs : ceux-ci vivent des problèmes d’insécurité alimentaire, de santé, ou bien ce sont des producteurs qui veulent changer leurs pratiques, mais qui manquent d’outils, donne en exemple M. Rocheleau.

« L’atelier vise à réfléchir ensemble : est-ce qu’on est capable de construire un projet social concret et dresser une liste d’actions? », précise-t-il. Un suivi sera assuré dans les prochains mois – entrevues, sondages avec les participants – pour voir si le colloque a réellement contribué à amorcer une transition. Le cas échéant, d’autres éditions du colloque pourraient être envisagées, possiblement dans d’autres régions du Québec.

« Il y a plein de belles choses qui se font au Québec, explique Candice Cornet, professeure d’anthropologie au Cégep de Saint-Hyacinthe et co-organisatrice du colloque. Mais malheureusement, ces initiatives-là ne changent pas le système. On veut voir comment faire pour qu’elles brassent la cage du paquebot de l’agroalimentaire, et que celui-ci commence à dévier vers quelque chose de plus durable, de plus sain pour tout le monde. »

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