Quels sont les obstacles à la décarbonation de nos villes?

Miriane Demers-Lemay
Collaboration spéciale
Les défis sont multiples pour réduire l’empreinte carbone des bâtiments d’une ville comme Montréal.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les défis sont multiples pour réduire l’empreinte carbone des bâtiments d’une ville comme Montréal.

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Pour rendre nos villes plus durables, il faut surtout décarboner le parc immobilier, c’est-à-dire le rendre moins dépendant en sources d’énergie carbonée, croit Mostafa Saad. Dans le cadre de son doctorat en génie du bâtiment à l’Université de Concordia, ce dernier cherche à créer des méthodes fiables pour améliorer les pratiques de décarbonation des bâtiments.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les infrastructures bâties ainsi que l’industrie de la construction comptent pour environ 37 % de l’émission des gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, selon le Global Status Report for Buildings and Construction publié en 2021 par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).

Mais les défis sont multiples pour réduire l’empreinte carbone des bâtiments d’une ville comme Montréal, même dans des projets en cours. Ancien pôle industriel, le secteur de Lachine-Est à Montréal est aujourd’hui transformé en quartier axé sur le transport collectif et les infrastructures vertes : un écoquartier. Mais les sols du secteur sont contaminés, et les bâtiments sont composés de complexes industriels abandonnés ou détruits.

Quand on prend en compte le coût énergétique qui pèse sur la conversion de bâtiments existants, la rentabilité n’est pas toujours au rendez-vous, observe Mostafa Saad.

Or, pour trouver des solutions zéro carbone, la construction immobilière repose essentiellement sur les entreprises privées, qui doivent trouver leur intérêt financier et qui suivent les lois du marché, rappellent les auteurs d’une étude publiée en juin dans la revue Sustainability. « Si le risque sur l’investissement est perçu dans une perspective à long terme, cela peut motiver plusieurs développeurs », dit M. Saad, coauteur de cette étude.

Ce dernier mise aussi sur l’engagement et la sensibilisation des parties prenantes pour décarboner la ville, ainsi que sur la présence d’incitations pour surmonter les défis. Toutes les nouvelles constructions à Montréal devront être « zéro émission » d’ici 2025, a annoncé la Ville au mois de mai. « Le projet de loi récent est une très bonne direction à suivre, se réjouit M. Saad. J’espère que nous serons capables de surmonter les défis, puisque les risques auxquels on fait face avec les changements climatiques sont encore plus grands. »

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