Des milieux urbains sains et équitables adaptés aux jeunes

Miriane Demers-Lemay
Collaboration spéciale
Divers facteurs peuvent avoir un impact sur la santé physique et mentale des gens, comme la présence de commerces de proximité, l’accès et la distribution des espaces verts, des pistes cyclables, des transports, des services ou de l’emploi dans la ville, le bruit ou le sentiment de sécurité.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Divers facteurs peuvent avoir un impact sur la santé physique et mentale des gens, comme la présence de commerces de proximité, l’accès et la distribution des espaces verts, des pistes cyclables, des transports, des services ou de l’emploi dans la ville, le bruit ou le sentiment de sécurité.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche

Particulièrement touchés par leur environnement urbain, les adolescents et les jeunes adultes sont rarement inclus dans les études et la conception de solutions. Grâce à des travaux de recherche à l’intersection de la santé, de l’urbanisme et de la sociologie, des chercheurs de l’Université de Sherbrooke tentent de les inclure dans l’équation.

Les études sont nombreuses pour démontrer les liens entre l’environnement urbain et la santé physique et mentale des gens, observe Martine Shareck, professeure en sciences de la santé communautaire et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’équité en santé urbaine et les jeunes à l’Université de Sherbrooke. La chaire vise à générer des connaissances en matière d’interventions touchant la création de milieux urbains sains, équitables, inclusifs et durables, tout en faisant la promotion de la santé des jeunes, particulièrement ceux qui sont marginalisés.

Divers facteurs peuvent avoir un impact sur la santé physique et mentale des gens, comme la présence de commerces de proximité, l’accès et la distribution des espaces verts, des pistes cyclables, des transports, des services ou de l’emploi dans la ville, le bruit ou le sentiment de sécurité. « Le simple fait d’être entouré de verdure, cela peut avoir pour effet de promouvoir la santé mentale et le bien-être, observe Martine Shareck. Ce sont aussi des lieux de rencontre pour les jeunes, qui n’ont pas nécessairement beaucoup d’argent à dépenser, ça peut influencer leur socialisation et leur bien-être. »

« On est à une étape où l’on peut rebâtir mieux et de manière équitable, poursuit la chercheuse. Il y a des questions d’équité en lien avec la distribution spatiale, l’accessibilité et l’utilisation des ressources du milieu urbain, et c’est ce qui peut mener à des inégalités sociales de santé. Les jeunes sont un groupe à part, qui a des particularitésspécifiques qui doivent être prises en compte dans le programme et le développement des municipalités, mais peu d’études ont porté sur ce groupe d’âge. On est là pour informer les villes sur les changements à privilégier. »

Les liens entre villes et santé

 

Mais comment étudier les effets de l’environnement urbain sur le bien-être et la santé des jeunes ? Pour mener une étude, Martine Shareck et son équipe profitent d’une revitalisation importante du centre-ville de Sherbrooke. De nouveaux projets sont mis en branle dans cette ville de l’Estrie, incluant la construction d’un bâtiment qui regroupera des entreprises du domaine des technologies de l’information, l’implantation d’un hub créatif dans l’église Plymouth-Trinity et des initiatives de marketing pour développer la marque du centre-ville et faire rayonner les entreprises locales.

Pour comprendre les effets de cette revitalisation sur les jeunes, l’équipe de Martine Shareck a développé un questionnaire, auquel ont répondu 1450 jeunes de 16 à 30 ans avant le commencement des travaux de construction. Les chercheurs vont sonder de nouveau les mêmes jeunes deux ou trois fois pendant et après la revitalisation, sur la perception de leur environnement et leur état de santé. Les chercheurs pourront ainsi comparer les réponses des sondages avant et après les travaux et combiner les résultats avec des approches plus qualitatives, comme des entrevues individuelles.

« En recherche, on a des partenaires, des organismes communautaires, des représentants de différents groupes de jeunes qui nous aident à développer nos questions de recherche, nos outils de collecte et l’interprétation des résultats », précise Mme Shareck. Elle ajoute qu’ils tentent de prendre en compte le mieux possible la diversité de profils et d’opinions au sein des groupes de jeunes.

Dans le même esprit, la chercheuse est impliquée dans un projet participatif avec des élèves du secondaire mené par la professeure en psychoéducation Anne-Marie Tougas. Dans le cadre de ce projet de Photovoix qui commence cet automne, les élèves participants seront invités à prendre des photographies sur des éléments de leur école secondaire qui influencent leur santé mentale de manière positive, et à discuter des photographies en groupe.

« On essaie de placer les participants dans “le siège de conducteur”, ils prennent des photos, ils font des entrevues », explique Mme Shareck. Dans ses projets, la Chaire de recherche donne la voix aux jeunes sur ce qui les concerne. « On a beaucoup blâmé les jeunes en lien avec la transmission [de la COVID], ils ont beaucoup souffert de l’école à la maison, du télétravail, c’est important de les inclure dans la recherche de solutions. »

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