Innus et élus de la Côte-Nord montent au créneau pour la rivière Magpie

En 2020, le gouvernement Legault avait rejeté un projet d’aire protégée qui devait occuper un territoire de 2602 km2 le long de la rivière Magpie.
Photo: Boreal River En 2020, le gouvernement Legault avait rejeté un projet d’aire protégée qui devait occuper un territoire de 2602 km2 le long de la rivière Magpie.

La Coalition avenir Québec (CAQ) promet de lancer la construction de nouveaux barrages ces prochaines années, mais ses visées se heurteront à une vive opposition si Hydro-Québec décide d’exploiter la rivière Magpie. La société d’État ne ferme d’ailleurs pas la porte à un tel projet, et le gouvernement Legault a déjà rejeté en 2020 la mise en place d’une aire protégée le long du cours d’eau en raison de son potentiel hydroélectrique.

« Il n’est pas question de transformer notre région en chantier pour construire un barrage sur la Magpie. L’opposition sera forte, et l’acceptabilité sociale n’est pas au rendez-vous », a prévenu mardi le préfet de la MRC de la Minganie, Luc Noël, en entrevue au Devoir.

« Nous sommes ouverts à discuter du développement éolien. Mais pour la rivière, c’est non. Il y a déjà eu la rivière Romaine, et nous voulons développer un tourisme durable avec la rivière Magpie. C’est une rivière de renommée internationale », a-t-il ajouté, en rappelant qu’elle est comme l’une des meilleures au monde pour le rafting et les activités en eau vive.

Même son de cloche du côté du chef du Conseil des Innus de Ekuanitshit, Jean-Charles Piétacho. « C’est le genre de projet qu’on craint depuis plusieurs années, mais notre volonté est claire : c’est non pour un barrage. Nous serons là pour la protéger. Nous avons déjà perdu des lieux importants avec l’ennoiement provoqué par le projet de la rivière Romaine. On ne veut pas ça pour la Magpie. Cette rivière était importante pour nos ancêtres et elle l’est aujourd’hui pour nos jeunes », a-t-il fait valoir au Devoir.

« Personnalité juridique »

Des élus de la Côte-Nord et des représentants des Premières Nations ont d’ailleurs accordé l’an dernier un statut de « personnalité juridique » à cette rivière longue de près de 300 kilomètres qui se déverse dans le golfe du Saint-Laurent à l’ouest de Havre-Saint-Pierre.

Ce statut signifie que les intervenants affirment que la Magpie est une « entité vivante » qui possède des droits qui lui sont propres, « au même titre qu’un être humain ou qu’une corporation ». Ces droits comprennent le droit « au respect de ses cycles naturels » et « le droit de maintenir son intégrité » écologique. Une telle initiative pourrait d’ailleurs devoir subir le test des tribunaux si un projet de barrage était présenté par Hydro-Québec.

Cette démarche faisait suite à la décision du gouvernement Legault de rejeter en 2020 un projet d’aire protégée qui devait occuper un territoire de 2602 km2 de long de la Magpie. Ce projet, soumis par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, a été bloqué en raison du potentiel hydroélectrique de cette imposante rivière.

Du « potentiel » hydroélectrique

Hydro-Québec avait alors assuré qu’aucun projet n’était sur la table, même s’il existe un intérêt pour un nouveau barrage sur cette rivière depuis plusieurs années. La société d’État précisait toutefois qu’il était impossible de prévoir « les besoins futurs du Québec en matière de demande d’énergie ». Dans ce contexte, « il ne serait pas responsable » de « renoncer définitivement au potentiel de cette rivière ».

« Il faut toutefois rappeler que, si jamais nous devions, dans de nombreuses années, proposer un projet sur cette rivière, il devrait alors répondre à plusieurs critères. Ce qui comprend l’acceptabilité sociale », avait indiqué Hydro-Québec.

Mardi, la société d’État n’a pas voulu préciser ses intentions en la matière. « Il y a eu des évaluations à très haut niveau, comme pour n’importe quelle autre rivière sur le territoire, dans l’optique de documenter le potentiel au Québec. On parle ici de continuer à évaluer ce potentiel hydroélectrique québécois. Il est beaucoup trop tôt pour spécifier des rivières ou régions à ce stade. »

Le directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Québec, Alain Branchaud, juge pour sa part qu’il est prématuré d’annoncer la volonté d'aménager d’autres rivières. « La vision d’un Québec devenant la batterie de l’Amérique du Nord représente un risque énorme pour la protection de notre territoire et de la biodiversité. Le Québec peut intégrer à son réseau davantage de production éolienne et solaire avant de penser à harnacher d’autres rivières », a-t-il fait valoir.

Selon lui, en plus de la rivière Magpie, d’autres rivières importantes pourraient être ciblées pour de nouveaux projets de barrages.

Dans son rapport portant sur le projet de quatre centrales sur la rivière Romaine, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) précisait en 2009 que « des participants ont demandé que, advenant la réalisation du projet, le cours naturel de la rivière Magpie soit protégé, autant pour préserver une part congrue du patrimoine d’eau vive de la région qu’en guise de compensation pour la perte de la rivière Romaine ».

Dans un autre rapport du BAPE, publié en 2007, la commission concluait que le segment de la rivière qui serait visé par un projet de barrage « devrait être soustrait à tout nouveau projet hydroélectrique et bénéficier d’un statut de protection afin d’en préserver le caractère naturel et le potentiel récréotouristique ».

Avec Ulysse Bergeron

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