Balayés par une tornade, ils espèrent une campagne sur le climat

Le 21 septembre 2018, une violente tornade a frappé la ville de Gatineau.
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne Le 21 septembre 2018, une violente tornade a frappé la ville de Gatineau.

L’environnement, la question de l’urne ? C’est ce que demande la science et ce qu’espèrent de plus en plus de citoyens, particulièrement dans un contexte où les effets des changements climatiques s’accentuent au Québec. Le Pôle environnement du Devoir part donc à la rencontre de la population pour mesurer à quel point son vote sera influencé par les enjeux écologiques. Aujourd’hui : Gatineau.

Des citoyens qui ont vu de près la tornade qui a notamment dévasté un quartier défavorisé à Gatineau, en 2018, souhaitent entendre davantage de solutions aux changements climatiques de ceux qui aspirent à diriger le Québec.

« Ç’a changé ma vie, complètement », raconte Linda Giraldeau. L’agricultrice de 67 ans a passé les quatre dernières années à reconstruire sa résidence de l’ouest rural de Gatineau avec l’aide d’amis et de bénévoles. Il lui reste encore à faire la cuisine et sa chambre à coucher.

Le 21 septembre 2018, des morceaux de bâtiments de ferme emportés dans les airs par le passage d’une tornade se sont abattus sur sa maison, qui n’était pas assurée. Le désastre naturel a emporté son toit, a brisé tous ses meubles et a détruit sa porte d’entrée. Seuls ses quatre murs ont tenu bon, dressés dans un dégât d’eau.

Qu’attend-elle des élections québécoises en cours ? « Mon choix n’est pas fait, et j’ai bien hâte de voir ce qu’ils [les partis] vont faire pour l’environnement. » Elle précise sa pensée : « Pas mettre d’autres embûches, d’autres lois pour brimer [la population]. Ce qu’il nous faut, ce sont des solutions. »

La même préoccupation est palpable en zone urbaine, dans le quartier Daniel-Johnson, à une dizaine de kilomètres à l’est à vol d’oiseau. Un chemin parcouru il y a près de quatre ans par une tornade de force EF3, selon les mesures d’Environnement Canada.

Serge Léonard est resté marqué par les vents qui ont balayé son quartier d’immeubles d’habitation. Il s’était alors barricadé chez son voisin d’en bas ; son logement avait finalement été épargné. « Ça va s’en venir plus souvent. On se dit qu’on en a eu une, [mais] on va en avoir plusieurs. »

Pour l’instant, les experts du climat ne peuvent pas dire avec certitude si les changements climatiques engendreront plus de tornades comme celle de 2018. « On sait que ça devient plus probable, mais on ne peut pas dire que ça va arriver à Gatineau plus souvent qu’ailleurs », explique Jean-Pierre Blanchet, professeur en sciences de l’atmosphère à l’Université du Québec à Montréal.

Pour Alain Bourque, directeur général du consortium Ouranos, le « gros bon sens climatologique » lui fait par contre dire que le Québec ne devrait pas s’étonner de voir plus souvent ce genre d’événements extrêmes.

C’est ce que tente de mesurer le Northern Tornadoes Project de l’Université Western, pour lequel travaille Francis Lavigne-Theriault. Selon le chercheur, les méthodes de détection des tornades seraient toutefois trop récentes pour qu’on puisse établir un tel lien. « On découvre que les tornades surviennent plus souvent qu’on le pense, mais on ne les détecte pas. On devrait être mieux préparés. »

Crise sociale

 

Installé sur le balcon de son appartement, qu’il paie 679 $ par mois, M. Léonard, qui travaille comme cuisinier dans un restaurant de déjeuners, témoigne d’une conséquence durable de la tornade : le prix des logements près de chez lui a explosé. Au désastre naturel s’est substituée une crise du logement.

« Je trouve que les propriétaires, ils en ont profité, beaucoup », confirme sa voisine Thérèse Lavergne, qui travaille comme concierge d’immeuble. « Il y en a qui ont mis des locataires dehors pour faire des rénovations et presque doubler le prix. On parle de 1300 $ [par mois] pour deux chambres. Ce n’est pas tout le monde qui travaille au gouvernement ! »

Dans le chaos de la violente tempête de 2018, la foudre a en plus déclenché un incendie dans une école secondaire du secteur, ce qui a forcé la relocalisation temporaire des élèves. Les travaux à l’école Mont-Bleu doivent s’étaler au moins jusqu’à la rentrée 2023. Le père d’une élève qui a vécu cette transition reste d’ailleurs amer de l’accueil que lui a réservé sa nouvelle école : « Quand les changements climatiques vont engendrer des déplacements de masse, les réfugiés ne seront pas bien reçus », prédit Nicolas Pedneault.

Après le passage de la tornade de 2018, le premier ministre de l’époque, Philippe Couillard, alors en pleine campagne électorale, s’était déplacé pour constater les dégâts. La conseillère municipale qui représente le quartier, Isabelle N. Miron, lui avait alors montré les façades éventrées de bâtiments du secteur. Plusieurs d’entre eux sont aujourd’hui démolis et ont été remplacés par des neufs.

« C’est vraiment un quartier qui était historiquement plus défavorisé. Évidemment, c’est le quartier où il fallait le moins que la tornade fasse des ravages, et c’est ici que ça s’est produit, malheureusement », raconte la conseillère au Devoir sous une chaleur caniculaire.

L’élue dit entendre de plus en plus souvent ses concitoyens parler du réchauffement climatique, d’autant que la ville a aussi vécu d’importantes inondations en 2017 et en 2019. « J’ai l’impression que tout le monde dit qu’il veut parler d’environnement, mais on est tous individuellement assez rébarbatifs à changer nos propres habitudes », précise-t-elle.

Au moment de voter, Thérèse Lavergne choisira la Coalition avenir Québec du premier ministre François Legault, en qui elle place toujours ses espoirs de faire progresser les choses, y compris en environnement. « Je trouve qu’il essaye beaucoup de nous aider, mais on dirait qu’il y a quelque chose qui bloque quelque part. […] Je suis certaine que c’est plus haut que lui, le problème. »

Pour sa part, Serge Léonard envisage sérieusement de voter pour le Parti conservateur du Québec. « Eux autres [les conservateurs], ils parlent de la propreté, du [changement] climatique, de l’environnement, etc. Aider les gens qui sont dehors parce qu’ils n’ont rien. »

Son choix est motivé par la déception que lui ont causée les promesses non tenues des gouvernements en matière d’environnement et de logement : c’est un vote de protestation, convient-il.



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