L’économie circulaire pour sortir le Québec de la consommation linéaire

L’économie québécoise n’est circulaire qu’à 3,5 %.
Valérian Mazataud Le Devoir L’économie québécoise n’est circulaire qu’à 3,5 %.

Ce texte est tiré du Courrier de la planète du 23 août 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

Chaque année, l’économie québécoise consomme 271 millions de tonnes de matières premières et secondaires, soit 32 tonnes par habitant. Autrement dit, chaque Québécois entraîne annuellement l’utilisation de ressources dont la masse est équivalente à celle de cinq éléphants !

Pour freiner la dégradation de l’environnement, il est essentiel de réduire cette consommation démesurée de ressources. Afin d’y arriver, on peut mettre l’économie au régime pour que moins de produits et de services soient requis en bout de parcours. On peut aussi favoriser la réutilisation de résidus, c’est-à-dire miser sur l’économie circulaire.

L’économie circulaire, c’est le cheval de bataille de Pierre Racicot depuis une décennie. Ce sociologue, spécialiste de l’économie à l’échelle régionale au Québec, est le p.-d.g. de Villes et régions innovantes, un réseau québécois qui tente d’orchestrer un virage vers ce type d’économie moins extractiviste.

« Les gens sont prêts à ça. Ils voient l’urgence climatique à la télé tous les jours et ils se demandent : “Qu’est-ce que je peux faire ?”» expliquait M. Racicot en entrevue avec Le Devoir à l’occasion de notre compilation de 10 idées concrètes inspirées des constats du GIEC pour un gouvernement québécois.

L’économie québécoise est effectivement très « linéaire ». L’immense majorité des résidus agricoles, miniers, industriels et domestiques ne sont pas revalorisés. Les hydrocarbures brûlés sont pour leur part intrinsèquement non circulaires.

Selon le premier Rapport sur l’indice de circularité de l’économie du Québec produit en 2021 à la demande de Recyc-Québec, seulement 3,5 % de l’économie de la province repose sur des ressources circulant en boucle. La province est ainsi bien en deçà de la moyenne mondiale, qui se situe à 8,6 %.

Dans bien des cas, la matière gaspillée pourrait être valorisée. Pensons notamment aux millions de tonnes de déchets enfouies chaque année dans la province, composées à 65 % de matière organique pouvant enrichir les sols.

Garder l’argent en région

De petites initiatives existent pour favoriser l’économie circulaire : l’aquaponie, la déconstruction de bâtiments désuets, la valorisation agricole des boues municipales. Mais selon M. Racicot, le Québec doit absolument se doter d’une politique forte pour encourager le virage vers l’économie circulaire.

Plus concrètement, cela pourrait notamment se traduire par le transfert des impôts prélevés auprès des entreprises de l’économie circulaire vers les municipalités et les régions où elles oeuvrent. Cet argent, investi ensuite dans les centres de recherche locaux, créerait un effet d’entraînement, d’après M. Racicot.

« Ces milieux deviendraient plus dynamiques, et donc plus intéressants pour de nouveaux opérateurs de l’économie circulaire », fait-il valoir. La colonne vertébrale de ce réseau régional existe déjà, ajoute-t-il : ce sont les 59 centres collégiaux de transfert de technologie, répartis dans 15 régions du Québec.

Le gouvernement doit présenter la nouvelle version de sa Stratégie gouvernementale de développement durable d’ici le 27 octobre prochain. L’inclusion d’orientations en économie circulaire dans cette stratégie peut « constituer un moteur d’innovation favorisant une relance verte », selon la Chaire de gestion du secteur de l’Énergie de HEC Montréal.



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