Longueuil obtient son permis pour abattre des cerfs au parc Michel-Chartrand

Longueuil maintient donc l’opération malgré les procédures engagées devant la Cour supérieure par l’avocate Anne-France Goldwater pour tenter d’empêcher l’abattage des cerfs.
Paul Chiasson Archives La Presse canadienne Longueuil maintient donc l’opération malgré les procédures engagées devant la Cour supérieure par l’avocate Anne-France Goldwater pour tenter d’empêcher l’abattage des cerfs.

Longueuil a franchi une nouvelle étape en vue de réduire la population de cerfs de Virginie du parc Michel-Chartrand. La Ville vient d’obtenir du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) le permis requis pour procéder cet automne à une chasse à l’arbalète de ces cervidés.

La municipalité maintient donc l’opération malgré les procédures engagées devant la Cour supérieure du Québec par l’avocate Anne-France Goldwater afin d’empêcher l’abattage des cerfs.

En juillet dernier, la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, avait invoqué l’urgence de la situation pour annoncer que la Ville mènerait cet automne une chasse contrôlée afin de réduire le nombre de cervidés peuplantle parc Michel-Chartrand. Au printemps 2021, l’endroit comptait environ 70 cerfs ; leur nombre avait grimpé à 108 en février dernier, une hausse de 50 %, a révélé l’inventaire alors mené par le MFFP. La Ville présume que leur nombre a encore augmenté ce printemps avec la période de mise bas.

Or, selon la Ville, le parc Michel-Chartrand ne peut soutenir la présence que de 10 à 15 cerfs compte tenu des ravages qu’ils infligent à la végétation lorsqu’ils sont en surnombre.

Les détails de l’opération et les mesures de sécurité qui seront mises en place seront dévoilés au début de l’automne. La Ville de Longueuil a cependant déjà annoncé qu’il s’agirait d’une chasse à l’arbalète menée par des chasseurs professionnels, donc sans armes à feu. La chasse à l’arbalète est la méthode utilisée dans plusieurs parcs-nature, explique Camille Desrosiers-Laferrière, attachée de presse de la mairesse Fournier

La Ville souhaite réduire la population de cerfs à la capacité du parc Michel-Chartrand dès cet automne et limiter leur nombre à un maximum d’une quinzaine de cerfs. Elle envisage aussi de remettre la viande des cervidés à des banques alimentaires locales.

En cour le 14 septembre

De son côté, l’avocate Anne-France Goldwater, qui représente l’organisme Sauvetage Animal Rescue et qui souhaite empêcher l’abattage des cerfs, n’entend pas jeter l’éponge. Une audience devant la Cour supérieure du Québec est prévue le 14 septembre prochain dans ce dossier.

L’avocate comprend mal l’urgence invoquée par la Ville de Longueuil et reproche à celle-ci d’avoir renié sa parole.

« Je trouve ça un peu bizarre qu’après avoir pris une entente écrite selon laquelle ils ne procéderaient pas à leur plan de capture et d’euthanasie avec des pistolets à tige percutante, ils aient décidé d’aller de l’avant avec un nouveau plan et de tuer ces animaux avec des arbalètes », explique-t-elle.

Me Goldwater croit tout de même à ses chances d’obtenir que le statu quo soit maintenu en attendant que le dossier soit débattu devant la cour.

Des haies dévorées

 

Les cerfs mettent en péril l’équilibre écologique du parc Michel-Chartrand, mais ils causent aussi des dommages chez les propriétaires fonciers du voisinage. En 2019, deux résidents habitant à proximité du parc se sont d’ailleurs adressés à la Cour des petites créances pour obtenir une compensation de la Ville après que des cerfs affamés eurent dévoré leurs haies de cèdres. Ils reprochaient à Longueuil d’avoir manqué à ses obligations dans sa gestion du cheptel.

En juin dernier, le tribunal a statué que la municipalité était au fait depuis des années des problèmes de surpopulation de cerfs du parc Michel-Chartrand et qu’elle connaissait depuis au moins 2015 les risques posés aux propriétés des citoyens. « De toute évidence, la Ville n’a pas agi avec prudence et diligence dans le dossier des chevreuils du parc Michel-Chartrand. De l’avis du tribunal, elle a donc engagé sa responsabilité », notait la juge Nathalie Drouin.

Longueuil estime cependant qu’elle ne doit pas être tenue responsable des dommages causés par des animaux chez les citoyens. Craignant un précédent pour les municipalités québécoises, elle a donc déposé un pourvoi en contrôle judiciaire afin de contester cette décision.

La saga des cerfs de Longueuil suscite la controverse depuis des années. En 2020, l’ex-mairesse Sylvie Parent avait reçu des menaces de mort après que son administration eut annoncé son intention d’abattre une quinzaine de cerfs vivant dans le parc Michel-Chartrand. La Ville avait finalement renoncé à l’opération. Arrivée au pouvoir en novembre dernier, la mairesse Catherine Fournier avait dû rapidement prendre position sur le sujet et avait fait savoir que, selon la Ville, l’abattage de dizaines de cerfs était la seule option envisageable pour protéger le parc.

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