Excavation décriée dans une rivière à saumon

Les travaux dans la rivière à saumon Coquihalla, en Colombie-Britannique, doivent permettre d’installer deux sections du pipeline Trans Mountain.
Protect The Planet Les travaux dans la rivière à saumon Coquihalla, en Colombie-Britannique, doivent permettre d’installer deux sections du pipeline Trans Mountain.

Trans Mountain effectue ces jours-ci des travaux d’excavation directement dans le lit d’une rivière à saumon de la Colombie-Britannique. Le gouvernement fédéral, qui finance le projet de pipeline, assure que des mesures de protection de l’environnement ont été mises en place. Certains dénoncent toutefois cette situation, car les excavatrices creusent au moment où les saumons seraient en train de remonter le cours d’eau.

Professeure en sciences de la santé à l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, Kate Tairyan habite près de la rivière Coquihalla depuis 15 ans. Chaque année, elle observe les saumons qui remontent cet affluent du fleuve Fraser pour aller frayer en amont.

Cette année, assure-t-elle, les poissons remontent « au moins trois semaines » plus tôt que d’habitude. Le problème, selon Mme Tairyan, c’est que les saumons effectuent cette migration en vue de la reproduction au moment même où Trans Mountain mène des travaux d’excavation, à l’aide d’une machinerie industrielle, directement dans le lit de la rivière. Les photos transmises au Devoir montrent très bien les travaux en cours.

L’objectif de cette intervention est de remplacer une section du pipeline existant de Trans Mountain, en plus d’installer le nouveau pipeline qui fait partie du projet visant à transporter chaque année 325 millions de barils de pétrole des sables bitumineux de l’Alberta jusqu’à un port situé près de Vancouver.

Nous avons vu des saumons morts, dont certains étaient porteurs d’oeufs en vue de la fraie.

 

« C’est incompréhensible de faire des travaux alors que les poissons tentent de remonter la Coquihalla, déplore Kate Tairyan. Nous avons vu des saumons morts, dont certains étaient porteurs d’oeufs en vue de la fraie. Je crains aussi pour l’écosystème de la rivière, qui risque de souffrir de ces travaux. Et tout ça pour un nouveau pipeline construit en pleine crise climatique ? »

Même son de cloche du côté de Greenpeace Canada, qui rappelle que les travaux en cours nécessitent par ailleurs de détourner, par un réseau de tuyaux installés temporairement, une bonne partie du débit de la rivière dans le secteur où les deux pipelines doivent être installés. « Ce processus crée un tourbillon chaotique et toxique qui se trouve directement sur le chemin des saumons », selon le groupe écologiste.

Le ministère de l’Environnement de la Colombie-Britannique se dit également inquiet de la situation. Dans une réponse écrite, il réclame une enquête de la part de Pêches et Océans Canada concernant les plaintes déposées au cours des derniers jours. Le ministère provincial réclame aussi que toutes les mesures soient prises afin de protéger les populations de saumons sauvages de la région.

Compensation

 

Le ministère fédéral chargé de veiller à la protection des habitats des poissons se veut pour sa part rassurant. Il dit avoir effectué « une visite du chantier de construction » au cours des derniers jours. « Tous les travaux étaient conformes aux conditions de l’autorisation applicable en vertu de la Loi sur les pêches », fait-on valoir. « Il n’y avait pas d’obstacles au passage des poissons en dépit de l’équipement dans l’eau », ajoute le ministère.

Trans Mountain, qui appartient au gouvernement canadien, assure aussi que toutes les précautions nécessaires ont été prises dans le cadre des travaux en cours. L’excavation en vue de l’installation des deux nouveaux pipelines est réalisée au moment du « risque » le moins important pour les saumons. « Après l’installation des pipelines, le flux [de la rivière] sera de retour à la normale et le site retrouvera son état original », ajoute l’entreprise.

L’autorisation accordée par Pêches et Océans Canada à Trans Mountain stipule néanmoins que les travaux sont susceptibles d’entraîner une « altération permanente » de 800 mètres carrés de l’habitat de frai du saumon en raison de la dispersion de sédiments dans la rivière lors de l’excavation. L’entreprise devra donc effectuer des mesures de compensation en restaurant 3000 mètres carrés d’habitat du saumon dans un autre secteur du sud de la Colombie-Britannique.

Certaines populations de saumons de la côte ouest canadienne sont directement menacées par les impacts de la crise climatique sur les océans et sur les cours d’eau nécessaires à leur reproduction. Ces dérèglements du climat planétaire sont directement liés à notre dépendance aux énergies fossiles, dont le pétrole. Le projet d’expansion du réseau Trans Mountain, qui devrait coûter plus de 20 milliards de dollars, a été conçu pour accroître les exportations canadiennes de pétrole.

À voir en vidéo