Longueuil organisera des séances de chasse pour réduire sa population de cerfs

Selon la mairesse Catherine Fournier, le parc est en mesure de soutenir de 10 à 15 cerfs au maximum.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Selon la mairesse Catherine Fournier, le parc est en mesure de soutenir de 10 à 15 cerfs au maximum.

Après avoir annoncé il y a un mois que l’abattage de cerfs au parc Michel-Chartrand était suspendu, Longueuil ira finalement de l’avant cet automne. La mairesse, Catherine Fournier, invoque l’urgence de la situation et demande au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP) un permis pour « une chasse contrôlée […], sans armes à feu », à l’arbalète.

« Les détails du plan d’intervention, incluant les détails sur les séances de chasse permises, la fréquence, le nombre de chasseurs autorisés et répartis sur le site, le mode de chasse, les fermetures ponctuelles du parc ainsi que le déploiement des mesures de sécurité, seront communiqués au début de l’automne », a souligné par voie de communiqué Jonathan Tabarah, conseiller municipal du district du Parc-Michel-Chartrand et vice-président du comité exécutif de la Ville.

Un « comité technique » a été mis sur pied, et Longueuil espère pouvoir s’entendre avec un coordonnateur de chasse et « une équipe expérimentée de chasseurs spécialisés ». Celle-ci se fera à l’arbalète, a confirmé le cabinet de la mairesse au Devoir.

La Ville avait pourtant annoncé en juin qu’elle suspendait l’euthanasie de 70 cerfs à la suite d’une entente intervenue au palais de justice avec l’avocate Anne-France Goldwater, qui s’oppose à l’abattage des cerfs et qui représente l’organisme Sauvetage Animal Rescue. Un débat sur la question devait se tenir devant les tribunaux.

La municipalité invoque maintenant un « contexte particulièrement inquiétant pour l’équilibre écologique du parc » pour justifier son changement de cap. Un dénombrement fait par le MFFP en février a répertorié 108 cerfs, soit une augmentation de 50 % par rapport à 2021 et de 238 % par rapport à 2017.

Catherine Fournier a ainsi demandé la semaine dernière à la Ville de déposer une demande de permis SEG (à des fins scientifiques, éducatives ou de gestion de la faune) au MFFP.

Le plan était initialement de capturer et d’euthanasier les cerfs, mais « le dernier dénombrement […] nous force à réviser à la fois le mode d’opération et notre objectif d’intervention pour agir le plus rapidement possible, par une méthode plus adaptée à ces nouvelles données », a affirmé la mairesse.

« Le parc peut, rappelons-le, soutenir de 10 à 15 cerfs au maximum. Les travaux de la table de concertation [sur le sujet] sont très clairs à cet égard », a-t-elle ajouté.

Volte-face dénoncée

 

Les deux parties se préparaient à « mettre le dossier en état » d’ici le 9 décembre pour une audition devant la Cour supérieure, rappelle Me Anne-France Goldwater dans un entretien téléphonique avec Le Devoir.

« Et là, ça nous tombe sur la tête, sans préavis et sans donner la chance à mes clients de présenter leurs arguments, lance-t-elle. On ne peut pas s’engager devant la Cour et ignorer notre parole. Nous ne sommes pas les États-Unis ici, on est un pays avec des droits. »

Elle a « une procédure pendante devant la Cour », qu’elle sera « obligée d’amender » en ajoutant les nouveaux faits. « C’est certain que, quand j’aurai plus de détails, je vais ajouter tout cela dans la procédure, dit-elle. Le fait qu’ils changent de plan est un aveu implicite que le plan original était beaucoup trop cruel en utilisant un pistolet à tige percutante. »

« Les gens se promènent avec leurs enfants, avec les grands-parents, avec leur chien, dans ce vaste parc. Et là, on va envoyer des francs-tireurs avec des arbalètes ? C’est une recette pour une tragédie », martèle Me Goldwater.

Elle voit un risque de blessure ou de décès avec cette méthode « cruelle » de chasse, qui ne fait pas nécessairement en sorte que l’animal soit tué sur le coup. « S’ils n’ont pas des agents de sécurité tous les 50 pieds tout autour du périmètre du parc, comment vont-ils s’assurer qu’il n’y a personne ? » lance-t-elle.

L’avocate ajoute que « différents plans, sans aucuns frais pour les contribuables », sont proposés pour relocaliser et stériliser les cerfs.

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