Plus écolo, l’incinération des déchets?

L’incinérateur de Québec brûle 80 % des déchets de la ville.
RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR L’incinérateur de Québec brûle 80 % des déchets de la ville.

Ce texte est tiré du Courrier de la planète du 19 juillet. Pour vous abonner, cliquez ici.

Est-il plus écologique de brûler les déchets et d’utiliser leur énergie, ou bien de les enfouir et de capter le méthane ? se demande Alex Cool-Fergus, une lectrice du Courrier de la planète. Chaque année au Québec, des millions de tonnes de déchets doivent être éliminés. L’enfouissement est la stratégie largement privilégiée : 96 % des matières éliminées — en excluant le recyclage, le compostage et les boues des usines d’épuration — prennent le chemin du dépotoir. Les 4 % restants sont incinérés.

Les montagnes de détritus qui s’accumulent dans les dépotoirs dégagent un gaz à effet de serre au potentiel de réchauffement 28 fois supérieur à celui du CO2 : le méthane. Des systèmes de captage de biogaz en recueillent une partie pour l’intégrer au réseau de gaz naturel de la province, alors que le reste part à la torchère ou s’échappe tout simplement dans l’atmosphère.

Des fours qui soufflent le chaud et le froid

 

« Un incinérateur dans une grande municipalité qui serait située dans un parc industriel ou en ville apporte de grands avantages sur le plan énergétique », fait valoir par courriel le chercheur à la Chaire en éco-conseil de l’UQAC Pierre-Luc Dessureault. Ce spécialiste ajoute que, contrairement aux lieux d’enfouissement, les incinérateurs, généralement installés en milieu urbain, raccourcissent les itinéraires des camions de décharge.

Le Québec compte quatre incinérateurs municipaux, mais un seul, celui de la ville de Québec, traite des ordures ménagères pour récupérer de l’énergie. Selon la municipalité, presque l’entièreté (80 %) de ses résidus y est brûlée afin de générer de la vapeur.

Toutefois, l’incinérateur de la Vieille Capitale ne parvient pas à valoriser toute sa vapeur. Le rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur l’état des lieux et la gestion des résidus ultimes publié en janvier 2022 mentionne que « l’incinérateur de la ville de Québec utilise plus de 40 % et vend environ 30 % de l’énergie contenue dans la vapeur ; le reste étant émis dans l’atmosphère ».

Par ailleurs, l’incinération des déchets génère évidemment de la pollution. « Ce qu’on brûle peut générer des métaux lourds et des composés qui réagissent dans l’atmosphère. Ça nécessite des technologies de combustion et de filtration qui diminuent les charges polluantes », précise le professeur au Département des sciences fondamentales de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) Patrick Faubert.

​Une étude de 2018 du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques fait d’ailleurs état de « plusieurs dépassements de la norme du nickel » par l’incinérateur de Québec. De son côté, le rapport du BAPE relaie les inquiétudes de nombreux citoyens par rapport à la qualité de l’air du quartier Limoilou, là où se situe l’incinérateur. Plusieurs craignent que « les quantités de polluants rejetés par l’incinérateur soient sous-estimées » et sont « préoccupés par le rejet dans l’atmosphère des contaminants tels que les dioxines et les furanes ».

Et même si l’incinération permet de considérablement réduire le volume et le poids des déchets, la gestion des cendres de grille demeure un obstacle majeur. En effet, le « mâchefer », principalement composé de silice, d’aluminium et de fer, peut également contenir des matières toxiques, telles que du plomb, du mercure ou de l’arsenic, selon le BAPE.

Intercepter le méthane

 

Revenons au second volet de la question de notre lectrice : qu’en est-il des sites d’enfouissement et de la captation de méthane ?

En 2020, les systèmes de récupération ont permis d’injecter l’équivalent de 6,44 pétajoules (PJ) d’énergie dans le réseau de gaz naturel, selon l’Inventaire de la biomasse disponible sur le territoire québécois. Ce portrait, dressé par WSP Canada pour le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, rapporte également que les lieux d’enfouissement généraient tout au plus 10 % de la bioénergie produite et commercialisée au Québec.

Par ailleurs, les dispositifs de récupération de méthane ne sont pas parfaits. « Les membranes et les systèmes de captage de biogaz peuvent générer des fuites », mentionne M. Faubert. Toujours selon l’étude de WSP Canada, les installations actuelles ne recueilleraient que 85 % du méthane, ce qui signifie que 15 % du gaz contribue à l’effet de serre.

« Le captage est un filet de sécurité », estime le directeur du comité sur la valorisation énergétique de Réseau environnement, Jean-Luc Plante. Pour produire du biogaz, il est d’avis que la biométhanisation — un procédé de fermentation des matières organiques pour produire du méthane — est une filière plus avantageuse.

« Personnellement, j’opterais pour l’incinération avec récupération d’énergie et pour un centre de biométhanisation pour les grandes municipalités. Bien que plus complexe, il y a beaucoup plus de possibilités en matière de valorisation des extrants », soutient M. Dessureault.

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