Au Royaume-Uni, une vague de chaleur «impossible» dans le monde d’avant

Le lit sec et fissuré du réservoir de Scammonden, révélé par la baisse du niveau de l’eau dans le nord de l’Angleterre.
Photo: Oli Scarff Agence France-Presse Le lit sec et fissuré du réservoir de Scammonden, révélé par la baisse du niveau de l’eau dans le nord de l’Angleterre.

Ce texte est tiré du Courrier de la planète du 19 juillet. Pour vous abonner, cliquez ici.

La vague de chaleur qui frappe actuellement le Royaume-Uni emporte des vies, fait fondre les routes et déclenche des incendies. Pour mesurer l’ampleur de cette canicule historique, Le Devoir s’est entretenu mardi avec Vikki Thompson, une climatologue de l’Université de Bristol, en Angleterre, qui se spécialise dans les épisodes de chaleur extrême.

À quand remonte la dernière fois où le mercure a dépassé les 40 °C au Royaume-Uni, comme constaté mardi ?

Jamais ! Avant aujourd’hui [mardi], nous n’avions jamais vu des températures atteindre 39 °C dans nos relevés météorologiques. Le record a donc fait un bond de près de deux degrés. Et si on prend en compte les époques très anciennes, l’un de mes collègues a indiqué que ce genre de températures n’avait pas été observé au Royaume-Uni depuis 170 000 ans.

Quelles auraient été les probabilités d’observer une telle vague de chaleur dans un climat préindustriel, sans les changements climatiques ?

Ce type d’événement paraît complètement impossible dans un climat préindustriel. Ça va au-delà de ce que tous les modèles indiquent, que ces modèles soient statistiques ou numériques. Ils n’ont pas réussi à lui attribuer une probabilité, car les chances qu’un tel événement se réalise sont beaucoup trop faibles.

Dans notre climat actuel, quelles en sont les probabilités ? Et à la fin du siècle ?

Selon une étude du Met Office, le service national britannique de météorologie, parue il y a quelques années, les risques d’avoir une journée à 40 °C dans le climat actuel correspondent à une fois tous les 200 ans. Vers la fin du siècle, dans un scénario où les émissions de carbone demeurent élevées, cela surviendrait tous les deux ou trois ans. Dans un scénario de basses émissions — et j’espère qu’on suivra une telle trajectoire —, cela arriverait une fois tous les 15 ans environ.

Pensez-vous que le Royaume-Uni soit prêt pour cela ? Sinon, comment le pays peut-il se préparer ?

La réponse à cette vague de chaleur montre que nous ne sommes pas prêts, que nos infrastructures ne sont pas prêtes. Presque tous les trains dans le pays ont été annulés [mardi] parce que les rails se dilatent trop à de telles températures. Quelques aéroports ont suspendu leurs activités parce que les tarmacs ont fondu. Des routes ont subi le même sort. Évidemment, c’est parfois difficile d’adapter les infrastructures. Au Royaume-Uni, par exemple, les tarmacs doivent aussi pouvoir composer avec le froid en hiver.

De manière générale, comment attribuer un événement extrême aux changements climatiques ?

Des événements extrêmes comme celui en cours en Europe et celui survenu dans l’ouest du Canada l’an dernier — pour lequel les records nationaux ont également été fracassés — sont, selon les modèles, complètement impossibles dans un climat préindustriel. Pour les événements moins extrêmes, il faut voir si le « temps de retour » [délai moyen entre deux épisodes] prévu par les modèles a diminué. Peut-être étaient-ils possibles auparavant, mais que la fréquence à laquelle on doit les attendre augmente dans notre climat qui se réchauffe.

Des feux de forêt font rage dans plusieurs pays d’Europe. Comment les changements climatiques modifient-ils les précipitations sur ce continent ?

Une grande partie de l’Europe a reçu particulièrement peu de pluie cette année. Cela a mené à des sécheresses dans plusieurs pays. En fonction des changements climatiques, on doit s’attendre dès maintenant à moins de pluie, mais à des pluies plus intenses lorsqu’elles surviennent. Le fléau est donc double : nous aurons des sécheresses, ce qui provoquera des feux de forêt, mais aussi des orages très puissants, ce qui causera d’autres problèmes. Tout cela va s’amplifier dans les prochaines décennies, à moins qu’on réduise nos émissions.

Pensez-vous qu’une telle vague de chaleur va pousser les citoyens et politiciens britanniques à s’engager plus fortement pour combattre les changements climatiques ?

Je l’espère ardemment. J’espère en particulier que les gouvernements vont commencer à porter attention à cet enjeu et à modifier certaines politiques. Pas juste pour nous adapter, avec des stations refroidissantes ou ce qu’il faudra pour affronter la chaleur, mais aussi avec des stratégies pour ne pas multiplier les vagues de chaleur dans le futur, c’est-à-dire en réduisant nos émissions. Avec un peu de chance, les citoyens vont montrer avec leurs bulletins de vote quelles avenues ils veulent que nous empruntions. Nous avons actuellement au Royaume-Uni une course à la chefferie du Parti conservateur, qui détient le pouvoir à Londres. Aucune des personnes qui convoitent ce poste ne dit quoi que ce soit à propos des changements climatiques. Il faut absolument qu’ils se réveillent. Mon commentaire n’est pas très positif, mais en ce moment, ils n’écoutent pas du tout.

À voir en vidéo