La nature n’est pas qu’une source de profit, avertit l’ONU

L’humanité doit cesser de considérer la nature comme une source de profit à court terme et lier son bien-être à l’état de la planète, préconise l’ONU.
Photo: Florian Plaucheur Archives Agence France Presse L’humanité doit cesser de considérer la nature comme une source de profit à court terme et lier son bien-être à l’état de la planète, préconise l’ONU.

L’humanité doit cesser de considérer la nature comme une source de profit à court terme et lier son bien-être à l’état de la planète, alerte l’ONU dans un rapport publié lundi. Sans un tel changement, les objectifs de développement durable et de réduction des inégalités dans le monde resteront des voeux pieux, soulignent les experts de la biodiversité des Nations unies dans le volume consacré aux « valeurs et [à l’]évaluation de la nature ».

« La manière dont nous appréhendons le développement économique est au coeur de la crise de la biodiversité », résume pour l’Agence France-Presse Unai Pascual, économiste de l’environnement à l’Université de Berne et coprésident de la session de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (mieux connue sous son acronyme anglophone IPBES) qui a adopté ce rapport lors d’une réunion de 139 pays à Bonn.

Le texte « vise à intégrer différents types de valeurs dans les décisions », poursuit l’expert. Et il est publié trois jours après un autre rapport de l’IPBES avertissant que la surexploitation d’espèces sauvages menace le bien-être de milliards d’êtres humains.

Ces deux rapports alimenteront les discussions à la COP15 sur la biodiversité, prévue en décembre à Montréal, qui doit fixer un cadre pour protéger mondialement la nature et ses ressources à l’horizon de 2050.

Une crise du vivant

 

Pour ce deuxième opus, 80 experts ont analysé plus de 13 000 études scientifiques sur la destruction des écosystèmes, ses raisons et les valeurs alternatives qui pourraient favoriser leur durabilité.

Car l’être humain est la principale cause de cette crise du vivant, qui s’imbrique étroitement avec le dérèglement climatique. Depuis 1950, l’espérance de vie moyenne a quasiment doublé et la richesse par tête — au sens du PIB — a été multipliée par cinq.

« La nature est ce qui nous permet de vivre », a relevé la patronne du programme environnement de l’ONU, Inger Andersen. « Elle nous fournit nourriture, soins, matières premières, oxygène, régulation climatique et bien plus encore. » Mais la Terre a des contraintes physiques et, selon les scientifiques, au moins six des neuf « limites planétaires » sont déjà dépassées. Ce sont des seuils que l’humanité ne devrait pas dépasser pour préserver les conditions favorables dans lesquelles elle a pu se développer.

De précédents rapports de l’ONU sur le changement climatique et la biodiversité publiés en 2019 avaient déjà conclu que seule une transformation en profondeur de notre façon de produire, de distribuer et de consommer pouvait permettre de redresser la barre.

Une tâche quasi impossible si l’humanité ne change pas sa façon de voir et d’évaluer la nature, avertissent les experts de l’IPBES. Car la perception majoritaire reste encore que la durabilité ne peut être atteinte qu’aux dépens du bien-être humain, alors que le bon état futur de nos sociétés nécessite une nature en bonne santé, capable de se régénérer.

Vivre en harmonie avec la nature

 

Le rapport classe en quatre grandes catégories, pouvant se combiner, les « valeurs » humaines face à la nature : elles peuvent se résumer en vivre « de », « avec », « dans » et « comme » son environnement.

L’humain vit « de » la nature s’il se concentre sur l’exploitation des ressources pour alimenter sa croissance et son train de vie. C’est la vision dominante, qui a récemment conduit certains à vouloir mettre un prix sur les « services rendus » par les écosystèmes (le CO2 séquestré par les forêts, par exemple).

Vivre « avec » la nature suppose de la considérer comme indépendante des besoins humains. L’objectif affiché de placer sous statut d’aires protégées 30 % des surfaces du globe entre notamment dans cette catégorie, tout en rejoignant la première en permettant de maintenir les stocks de poissons grâce aux zones sans pêche, par exemple.

Pour les sociétés, notamment autochtones, qui vivent « dans » la nature, l’environnement fait partie de leur identité et de leur culture, une union poussée encore plus loin pour ceux qui vivent « comme » la nature.

Les grands projets d’infrastructures, comme le barrage de la Renaissance que l’Éthiopie a construit sur le Nil Bleu ou le projet de « train Maya » dans la péninsule mexicaine du Yucatán, par exemple, devraient notamment tenir compte de toutes ces « valeurs » — et non seulement des coûts et des bénéfices financiers —, selon le rapport.

Le futur texte en négociation pour la conférence de Montréal pourrait à ce titre « changer les choses », espèrent des membres de l’IPBES, nombreux à faire partie des deux instances. « Nous pensons que cette étude sur les valeurs peut aider les négociations, politiquement parlant », estime Unai Pascual. « Mais il y a le sentiment inquiétant que ce ne sera pas facile du tout », reconnaît-il.

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