Déjà des milliers d’oiseaux morts de la grippe aviaire au Québec

La colonie de fous de Bassan de l'île Bonaventure est frappée par l'épidémie de grippe aviaire.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir La colonie de fous de Bassan de l'île Bonaventure est frappée par l'épidémie de grippe aviaire.

La grippe aviaire s’est propagée dans de nombreuses régions du Québec, elle frappe plusieurs espèces et elle a déjà tué des milliers d’oiseaux. Les ministères impliqués dans le suivi de la propagation du virus ne font toutefois pas de décompte des morts qui s’accumulent. Et on soupçonne maintenant que le virus tue aussi des phoques du Saint-Laurent.

Alors que la haute saison du tourisme bat son plein aux Îles-de-la-Madeleine, les carcasses d’oiseaux, en particulier celles de fous de Bassan, continuent d’être bien présentes sur les plages de l’archipel. Entre le 15 juin et le 5 juillet, pas moins de 3843 oiseaux ont été retrouvés morts, ce qui a porté le bilan à plus de 5000 carcasses comptabilisées dans la région depuis le début de l’épidémie chez les oiseaux sauvages du Québec. Le virus a été détecté pour la première fois au Canada l’automne dernier, à Terre-Neuve, chez des goélands marins, de grands migrateurs.

Selon les données de la municipalité des Îles-de-la-Madeleine, certaines journées illustrent bien l’ampleur du phénomène. Ainsi, le 30 juin, un total de 825 carcasses ont été ramassées sur une distance de six kilomètres de plage du secteur de la Dune du Sud. Et sur une période de quatre jours, 1540 oiseaux morts ont été récupérés dans cette zone des Îles.

L’imposante colonie de fous de Bassan de l’île Bonaventure, qui compte plus de 100 000 individus, est aussi touchée par la grippe aviaire. Le directeur du parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé, Rémi Plourde, estime qu’environ 450 fous de Bassan ont jusqu’ici été retrouvés morts sur l’île située au large de Percé et visitée par près de 60 000 touristes chaque été. Il souligne cependant que ce décompte n’est pas exhaustif, puisque des fous peuvent tomber dans l’eau ou aller mourir ailleurs. Plusieurs ont d’ailleurs été retrouvés morts notamment dans le secteur de Gaspé.

M. Plourde ajoute que la propagation du virus pourrait avoir un impact sur le succès reproducteur de la colonie, puisque des poussins peuvent se retrouver orphelins. Il se veut toutefois rassurant. « Ce n’est pas très scientifique, mais j’ai l’impression qu’il y a une forme de stabilité, et non pas une croissance galopante de fous de Bassan qu’on retrouverait morts. C’est ce que je vois présentement », fait-il valoir au Devoir. « Je n’ai pas l’impression que nous sommes dans quelque chose d’exponentiel. »

Selon d’autres informations obtenues par Le Devoir, les décès chez les fous de Bassan de l’île Bonaventure pourraient être beaucoup plus nombreux que ce que croit M. Plourde. Et dans cette colonie où les oiseaux vivent très près les uns des autres, donc sans la moindre distanciation sociale, le virus H5N1 pourrait avoir des conséquences graves.

Le vétérinaire Stéphane Lair, directeur du Centre québécois sur la santé des animaux sauvages, fait valoir qu’il est trop tôt pour mesurer l’ampleur des pertes pour cette colonie, mais aussi pour les autres populations d’oiseaux touchées par le virus. Il estime toutefois que celles-ci devraient normalement être en mesure de se rétablir, même si les décès risquent d’être très nombreux.

Aucun décompte

 

Chose certaine, les touristes qui visitent l’île Bonaventure, les Îles-de-la-Madeleine, le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie ou la Côte-Nord peuvent s’attendre à voir des oiseaux mal en point, à l’agonie ou morts au cours des prochaines semaines. Selon le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), « il faut maintenant considérer que le virus de l’influenza aviaire hautement pathogène H5N1 s’est répandu dans l’ensemble des régions du Québec ».

Le site Web pancanadien qui fait un suivi de l’évolution de l’influenza aviaire permet d’ailleurs de constater que le virus est effectivement présent à grande échelle sur le territoire du Québec. On a notamment recensé des cas dans la région de Montréal, en Estrie, en Mauricie, dans la région de Québec et au Lac-Saint-Jean.

Plusieurs espèces d’oiseaux sont frappées. Selon le MFFP, « le virus cause une mortalité plus significative chez les oiseaux marins de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent », notamment chez les fous de Bassan, les eiders à duvet, les goélands marins et les goélands argentés. Les autres espèces infectées sont des oiseaux aquatiques (oie des neiges, bernache du Canada, canards), des oiseaux de proie (dont l’aigle à tête blanche) et des corvidés.

Le MFFP et le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) ont tous deux indiqué qu’ils ne faisaient pas de décompte des carcasses d’oiseaux dans le cadre de cette épidémie de grippe aviaire. « La récupération des oiseaux morts est une responsabilité municipale », a indiqué le MELCC.

Au cours des dernières semaines, des phoques ont par ailleurs été retrouvés morts sur la côte est américaine, tués par le virus de la grippe aviaire. Selon le Dr Lair, il est plausible de croire que les phoques du Saint-Laurent, comme le phoque commun, puissent eux aussi être frappés par le virus. Une hausse des décès a d’ailleurs été observée cette année dans l’estuaire, et des analyses sont en cours.

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