GNL Québec présentera son projet à des sénateurs français

GNL Québec souhaiterait toujours développer son projet au Saguenay, ce qui signifie que les méthaniers traverseraient le parc marin du Saguenay — Saint-Laurent.
Kevin Clancy Newsy via Associated Press GNL Québec souhaiterait toujours développer son projet au Saguenay, ce qui signifie que les méthaniers traverseraient le parc marin du Saguenay — Saint-Laurent.

GNL Québec poursuit son offensive pour tenter de relancer son projet d’exportation de gaz naturel liquéfié du Saguenay. L’entreprise fera une présentation très détaillée pour vanter son projet de complexe industriel et de terminal maritime, mardi prochain, devant un groupe du Sénat français. Les documents ne font toutefois aucune mention des rejets des gouvernements du Québec et du Canada.

Près d’un an après le refus officiel du projet d’usine de liquéfaction et de terminal maritime d’exportation Énergie Saguenay par le gouvernement du Québec, Symbio Infrastructure, qui pilote Énergie Saguenay et le projet de gazoduc, revient à la charge avec son complexe de production de gaz naturel liquéfié (GNL) à la faveur de la guerre en Ukraine.

Le président de Symbio Infrastructure, Jim Illich, fera une présentation au « Groupe d’amitié France-Québec » du Sénat français le 12 juillet à 14 h. La nouvelle, qui a d’abord été publiée par L’Aut’Journal, a été confirmée vendredi au Devoir par le service des communications du Sénat de la France.

« Le président du Groupe d’amitié France-Québec du Sénat, Rémy Pointereau, y a convié Sophie Primas, présidente de la commission des affaires économiques, ainsi que Daniel Gremillet, qui suit les questions énergétiques dans cette commission ainsi qu’à la commission des affaires européennes du Sénat », a précisé le porte-parole de la Chambre haute du Parlement français.

« Tous les membres des groupes d’amitié France-Québec et France-Canada ont été conviés », a-t-on ajouté, en indiquant qu’au moins deux sénateurs français avaient déjà confirmé leur présence. Il n’a toutefois pas été possible de savoir si des représentants du Québec ou du Canada seront présents à cette rencontre.

Production en 2027

 

Relativement méconnu, le « Groupe interparlementaire d’amitié France-Québec » regroupe des sénateurs « qui ont ou souhaitent avoir une relation privilégiée avec un pays », a-t-on fait valoir, en précisant qu’il existe plusieurs de ces groupes de liens avec différents États. « Instruments privilégiés de la coopération bilatérale entre les Parlements, ces groupes sont devenus des acteurs de premier ordre de la diplomatie parlementaire. »

Jim Illich y expliquera donc les détails du projet d’usine de liquéfaction du Saguenay, du terminal d’exportation et du gazoduc de 780 kilomètres. « L’installation d’Énergie Saguenay, d’une capacité de 10,5 millions de tonnes par an, recevra, liquéfiera et exportera environ 15 milliards de mètres cubes par jour de gaz naturel produit de manière responsable à partir de l’Ouest canadien et devrait démarrer ses activités en 2027 », peut-on lire dans un document qui reprend essentiellement les arguments déjà mis en avant par les promoteurs.

Symbio Infrastructure réaffirme ainsi que son projet serait « neutre en carbone », qu’il permettrait de « réduire les émissions mondiales » de gaz à effet de serre, qu’il serait alimenté en énergie par Hydro-Québec et que son port sur le Saguenay serait idéalement situé pour alimenter l’Europe. Les promoteurs répètent d’ailleurs, comme ils le font déjà depuis quelques mois, que la crise énergétique provoquée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie stimule la demande mondiale pour le GNL.

Au moment de déposer la première version de son projet, en 2016, Énergie Saguenay faisait plutôt valoir que la raison d’être de l’usine était de trouver des débouchés internationaux pour la production gazière en pleine croissance en Alberta, en raison du recours à la fracturation hydraulique.

Hydrogène et gazoduc

 

En mentionnant ses « activités actuelles », l’entreprise affirme qu’elle « explore les possibilités de surmonter les obstacles réglementaires pour aider le Canada et le Québec à faire partie de la solution à la pénurie d’énergie, à la crise climatique et aux troubles géopolitiques en Europe ».

Parmi ces « obstacles réglementaires », il y a notamment le fait que le gouvernement Trudeau et le gouvernement du Québec ont tous deux fermé la porte au projet d’usine et de terminal maritime, aux termes d’évaluations environnementales qui ont rejeté les principaux arguments mis en avant par les promoteurs. Quant au gazoduc, le processus d’évaluation environnementale qui avait été lancé n’a jamais été terminé.

Qu’à cela ne tienne, Symbio Infrastructure met un nouvel argument sur la table. L’entreprise dit vouloir exporter également de l’« hydrogène vert » à partir de ses futures infrastructures en sol québécois. Il faut savoir que le gouvernement fédéral a ouvert la porte à la réalisation de nouveaux projets d’exportation de GNL dans l’est du Canada, à condition que les projets prévoient une éventuelle conversion vers la mise en marché d’hydrogène.

Par ailleurs, Symbio Infrastructure répète qu’elle souhaite construire un gazoduc « neutre en carbone », et ce, en « collaboration » avec les Premières Nations. On souligne du même coup que les détails sur la localisation du gazoduc sont déjà précisés, mais aussi que des « études environnementales » ont été faites.

Guerre et GNL

 

Quel est l’objectif de la présentation de GNL Québec à des membres du Sénat de la France ? L’entreprise n’a pas répondu directement à cette question du Devoir. « L’Europe prend des décisions importantes quant à la sécurisation de ses approvisionnements énergétiques, notamment en cherchant à réduire sa dépendance à l’énergie russe ou en intégrant le Canada comme source privilégiée de GNL », a fait valoir l’entreprise dans une réponse écrite.

« Nous ne sommes pas en mesure de fournir des commentaires sur nos discussions avec les gouvernements, mais le projet carboneutre Énergie Saguenay continue à susciter de l’intérêt et à être idéalement positionné pour aider nos alliés transatlantiques à trouver une solution à leurs enjeux géopolitiques et climatiques, tout en présentant ce que le Canada et le Québec ont de meilleur à offrir », a ajouté GNL Québec.

En plus de cette présentation en France, GNL Québec poursuit ses efforts de lobbying auprès du gouvernement fédéral. Des « communications » ont notamment eu lieu avec des conseillers politiques du ministre canadien des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson, au cours des derniers mois.

L’Agence d’évaluation d’impact du Canada a pourtant statué que le projet GNL Québec nuirait aux efforts climatiques du Canada, et notamment à l’atteinte de la « carboneutralité » d’ici 2050. Son rapport écartait aussi l’argument de GNL Québec selon lequel le gaz naturel serait un partenaire de la « transition énergétique ». Le passage de 320 méthaniers chaque année sur le Saguenay aurait par ailleurs représenté un potentiel de risques majeurs pour des mammifères marins en péril, dont le béluga du Saint-Laurent, selon l’organisme fédéral. La législation fédérale interdit de nuire à l’habitat de cette espèce en voie de disparition.

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