La chasse commerciale à la baleine relancée en Islande

Deux baleiniers ont pris la mer mercredi en vue de harponner des petits rorquals et des rorquals communs, malgré un moratoire international sur la chasse à la baleine.
Alexandre Shields Le Devoir Deux baleiniers ont pris la mer mercredi en vue de harponner des petits rorquals et des rorquals communs, malgré un moratoire international sur la chasse à la baleine.

Alors que la saison des croisières aux baleines débute dans le Saint-Laurent, l’Islande vient de lancer sa saison de chasse aux cétacés. Deux baleiniers ont pris la mer mercredi en vue de harponner des petits rorquals et des rorquals communs, malgré un moratoire international sur la chasse à la baleine.

Après avoir renoncé depuis 2018 aux campagnes annuelles de chasse, l’entreprise Hvalur HF a décidé de relancer l’industrie cette année, malgré les critiques des groupes environnementaux et de l’industrie des croisières aux baleines en Islande.

Selon les quotas fixés par le Marine and Freshwater Research Institute islandais, les chasseurs pourront tuer un maximum de 161 rorquals communs et 217 petits rorquals d’ici le mois de septembre. Ces deux espèces, qui sont fréquemment observées dans les eaux du Saint-Laurent par les croisiéristes en période estivale, seraient suffisamment abondantes pour être chassées, selon les autorités islandaises.

Dans le cas du rorqual commun, les données disponibles indiquent cependant qu’à l’échelle internationale, l’espèce est vulnérable, après avoir fait l’objet d’une chasse commerciale intensive au cours du 20e siècle. Au Canada, le Comité sur la situation des espèces en péril a d’ailleurs classé l’espèce comme étant « préoccupante » lors d’une évaluation complétée en 2019.

Viande à vendre

Si la relance de la chasse soulève déjà des critiques des groupes écologistes, l’Islande évalue par ailleurs la possibilité de mettre un terme à la chasse commerciale dès 2024.

Il faut savoir que le marché pour la viande des rorquals communs qui seront harponnés se résume au Japon, un pays qui a lui-même décidé de relancer la chasse commerciale à la baleine. Dans ce contexte, il devient difficile d’écouler la viande sur ce marché d’exportation. Cette situation perdure d’ailleurs depuis quelques années.

L’Islande a tout de même harponné plus de 1700 baleines au fil des ans, malgré l’existence d’un moratoire international sur la chasse commerciale mis en place en 1986 par les pays membres de la Commission baleinière internationale (CBI) pour éviter la disparition de plusieurs espèces. En incluant la Norvège et le Japon, on compte uniquement trois pays dans le monde qui pratiquent la chasse sur une base industrielle.

Dans le cas du Japon, la chasse commerciale a été relancée en 2019, après la décision de Tokyo de quitter la CBI en décembre 2018. Le pays chasse trois espèces, dont le rorqual boréal, une espèce classée « en danger » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature, et le rorqual de Bryde, dont on ignore l’état précis des populations.

Avant de relancer la chasse commerciale, le Japon avait auparavant tenté, en vain, de convaincre les autres pays membres de relancer la chasse commerciale. Tokyo a aussi mené pendant plusieurs années une chasse dite « scientifique » en Antarctique, une pratique dénoncée par certains États, dont l’Australie, et critiquée par la Cour internationale de justice. La chasse au Japon a ainsi tué un peu plus de 10 000 baleines en 30 ans.

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