Le pipeline Trans Mountain ne sera pas rentable, affirme le directeur parlementaire du budget

Il n’est pas question pour le gouvernement fédéral d’annuler la construction, déjà en cours, du second pipeline, comme le réclament notamment les groupes environnementaux.
Photo: Jason Franson La Presse canadienne Il n’est pas question pour le gouvernement fédéral d’annuler la construction, déjà en cours, du second pipeline, comme le réclament notamment les groupes environnementaux.

L’expansion du pipeline Trans Mountain ne sera pas rentable pour le gouvernement fédéral, conclut le directeur parlementaire du budget, qui vient de déposer une mise à jour sur ce projet dont la facture atteint maintenant 21,4 milliards de dollars. Le gouvernement Trudeau rejette les constats et estime que ce pipeline d’exportation de pétrole des sables bitumineux « est dans l’intérêt du pays ».

Dans un rapport mis en ligne mercredi matin, on souligne ainsi que « la décision prise par le gouvernement en 2018 d’acquérir, d’agrandir, d’exploiter puis de céder les actifs du réseau de pipelines Trans Mountain occasionnera une perte nette pour le gouvernement fédéral ».

Cette « mise à jour » survient après un état des lieux dressé en décembre 2020 par le directeur parlementaire du budget. Yves Giroux indiquait alors que le projet serait rentable, tout en soulignant que les politiques climatiques, des changements dans le marché du pétrole et d’éventuels retards de mise en service pourraient compromettre cette rentabilité.

Cette fois, M. Giroux estime que le pipeline d’exportation de pétrole albertain ne sera pas rentable et qu’il pourrait entraîner une perte de 600 millions de dollars, en raison d’une baisse de 1,2 milliard de la « valeur actualisée » depuis décembre 2020. Pour expliquer ce recul, il pointe du doigt une augmentation des coûts de construction, qui sont passés de 12,6 milliards de dollars à 21,4 milliards de dollars. Son rapport rappelle aussi que la fin des travaux est maintenant prévue, au mieux, pour « la fin de 2023 ».

Yves Giroux, qui précise toutefois que son évaluation se limitait à « l’examen du coût financier de l’expansion », indique aussi que l’abandon immédiat du projet « entraînerait des pertes financières considérables pour le gouvernement », qu’il évalue à « plus de 14 milliards de dollars ».

Réagissant au nouveau rapport du directeur parlementaire du budget, le cabinet de la vice-première ministre Chrystia Freeland a fait valoir mercredi que le projet d’exportation de pétrole des sables bitumineux « est dans l’intérêt du pays ». Selon elle, « il rendra le Canada et l’économie canadienne plus souverains et plus résilients. Des analyses indépendantes de BMO Capital Markets et de TD Securities ont confirmé que le projet reste commercialement viable ».

Qui plus est, « le gouvernement fédéral a l’intention de lancer un processus de désinvestissement une fois que les risques liés au projet d’agrandissement auront été davantage réduits et que la participation économique avec les groupes autochtones aura progressé ».

Il n’est d’ailleurs pas question d’annuler la construction, déjà en cours, du second pipeline, comme le réclament notamment les groupes environnementaux.

Pour le Bloc québécois, il est au contraire urgent de cesser les investissements publics dans Trans Mountain, un projet jugé « mortifère » pour l’environnement. « Cessons ce gouffre financier et engageons plutôt ces sommes dans le virage écologique longtemps attendu et nécessaire », a fait valoir la députée bloquiste Monique Pauzé.

Même son de cloche au Nouveau Parti démocratique, qui a déploré les milliards de dollars de fonds publics dépensés « dans un pipeline qui compromet nos cibles climatiques et qui est inefficace sur le plan financier ». Du côté des écologistes, le groupe Environmental Defence dénonce les impacts climatiques « désastreux » liés à l’exportation, pendant les prochaines décennies, du pétrole des sables bitumineux.

Une facture salée

 

Après avoir été évaluée au départ à 7,4 milliards de dollars, la facture du projet d’expansion du pipeline Trans Mountain a atteint 21,4 milliards de dollars, selon une « mise à jour » publiée par Trans Mountain Corporation en février dernier.

Par voie de communiqué, Trans Mountain Corporation avait alors indiqué que cette hausse découlait notamment des « améliorations » et des « modifications » au projet, mais aussi des « retards », des impacts de la COVID-19 et des répercussions des inondations de novembre 2021 en Colombie-Britannique.

Malgré un prix qui atteint désormais 290 % de la facture initiale, depuis le rachat de Trans Mountain à la pétrolière texane Kinder Morgan en 2018, « l’analyse de rentabilité du projet reste solide », pouvait-on lire dans le communiqué de Trans Mountain Corporation. « Le Canada profitera des contributions économiques et fiscales réalisées par le projet après son entrée en fonction. »

La vice-première ministre Chrystia Freeland s’était aussi portée à la défense du projet. Elle avait alors souligné que l’injection de fonds publics n’irait pas au-delà des 12,6 milliards de dollars prévus lors d’une précédente mise à jour des coûts, en 2020. Cela signifie que Trans Mountain Corporation devra aller chercher 8,8 milliards de dollars de financement sur le marché de la dette publique ou auprès d’institutions financières.

Débit triplé

 

Le duo de pipelines servira à transporter chaque année 325 millions de barils de pétrole des sables bitumineux de l’Alberta jusqu’à un port situé près de Vancouver. Le projet fera donc tripler le débit de pétrole et multipliera par sept le nombre de pétroliers chargés dans la région de Vancouver, qui passera de 5 à 34 bateaux par mois. Ces navires traverseront notamment l’habitat essentiel des épaulards résidents du Sud, une population de cétacés au seuil de l’extinction.

Le gouvernement Trudeau a dû aller jusqu’en Cour suprême pour défendre ce projet de développement en faveur de l’industrie des énergies fossiles, en raison de l’opposition de la Colombie-Britannique. La Cour suprême a finalement jugé en janvier 2020 que seul le gouvernement fédéral pouvait réglementer le transport interprovincial de pétrole, notamment en vue de son exportation vers les marchés extérieurs.

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