Ottawa interdira cinq objets de plastique à usage unique

À peine 9% du plastique utilisé au Canada est actuellement recyclé.
Photo: Eric Baradat Archives Agence France-Presse À peine 9% du plastique utilisé au Canada est actuellement recyclé.

Le gouvernement Trudeau interdira la vente de certains objets de plastique à usage unique jugés « néfastes », sur un horizon de deux ans. Ottawa espère ainsi réduire la quantité de plastique qui se retrouve chaque année dans l’environnement, puisque à peine 9 % de ce qui est utilisé au Canada est actuellement recyclé. Une annonce saluée par les écologistes, qui estiment toutefois que cela est insuffisant pour réduire la place de ce matériau dans nos vies et le recours à des produits jetables après usage.

La vente de sacs d’emplettes, d’ustensiles, de bâtonnets à mélanger et de « récipients alimentaires fabriqués entièrement ou en partie de plastiques problématiques difficiles à recycler » sera interdite au pays à la fin de 2023.

En ce qui a trait aux « anneaux des emballages de boissons » et aux « pailles flexibles emballées avec les récipients de boissons » (comme les boîtes de jus), la vente sera interdite seulement en juin 2024. Ottawa en a décidé ainsi en raison « de la complexité de restructurer les chaînes de production de ces produits ».

Comme cela était déjà indiqué dans le projet de règlement publié en décembre 2021, la vente des pailles de plastique flexibles ne sera pas interdite au Canada. Les commerces pourront en vendre dans des paquets comptants, au minimum, 20 pailles. « Par exemple, il sera possible de s’en procurer pour une utilisation à la maison, dans des contextes sociaux et dans des milieux médicaux, comme à l’hôpital et dans des établissements de soin de longue durée », précise le communiqué publié lundi par le gouvernement fédéral.

En ce qui a trait à l’interdiction d’exportation de ces six catégories d’articles en plastique à usage unique jugés « néfastes », elle sera en vigueur d’ici la fin de 2025.

Selon ce qu’a fait valoir lundi le ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, le nouveau règlement devrait permettre de « réduire la pollution plastique », mais aussi inciter les entreprises à « offrir les solutions durables réclamées par les Canadiens, que ce soit les pailles de papier ou les sacs réutilisables ».

« Nous devons éliminer la pollution de plastique et passer à une économie circulaire », a-t-il ajouté. Selon les estimations du gouvernement fédéral, la nouvelle réglementation permettra d’éliminer 22 000 tonnes de « pollution plastique » sur une période de 10 ans, « soit l’équivalent de plus d’un million de sacs à ordures remplis de détritus ».

À titre de comparaison, à l’heure actuelle, environ 29 000 tonnes de plastique sont déversées dans l’environnement chaque année au Canada. Les Canadiens utilisent plus de 4,6 millions de tonnes de plastique par an, dont 15 milliards de sacs d’emplettes en plastique. Or, à peine 9 % de ce plastique est actuellement recyclé. Le gouvernement Trudeau s’est toutefois engagé à atteindre une cible de recyclage de 90 % d’ici 2030.

Des efforts insuffisants

 

Analyste chez Équiterre, Amélie Côté estime que l’annonce de lundi est une bonne nouvelle, qui demeure toutefois insuffisante. « Le coeur du problème demeure l’usage unique au sens large, qui a des impacts bien au-delà du matériau qui est utilisé. Avec le bannissement annoncé, on s’attend à ce qu’il y ait un transfert des articles à usage unique en plastique vers d’autres articles similaires, mais produits avec d’autres matériaux. Un produit à usage unique, qu’il soit en plastique, recyclable, compostable ou biodégradable, ça prend des ressources pour le produire, le transporter et le gérer en fin de vie. C’est à ça qu’il faut s’attaquer. »

Responsable de la campagne Océans et plastiques chez Greenpeace Canada, Sarah King estime aussi que le Canada devrait interdire davantage de produits et miser sur une réduction de la production. « L’OCDE prévoit que le Canada doublera presque sa consommation de plastique de 2019 d’ici 2060, que la consommation mondiale triplera presque, et on estime que cette interdiction couvrira au plus 5 % du total des déchets plastiques générés par le Canada en 2019. »

Au moment d’annoncer sa promesse « zéro déchet de plastique » d’ici 2030, en octobre 2020, le gouvernement fédéral avait indiqué que le plastique devait demeurer « dans l’économie ». Une « évaluation scientifique » fédérale publiée en 2020 a toutefois mis en lumière le fait qu’il existe plusieurs incertitudes sur les impacts pour la santé de notre exposition chronique aux particules de plastique.

« Les humains peuvent être exposés à des microplastiques en ingérant des aliments, de l’eau embouteillée et de l’eau du robinet, ainsi qu’en inhalant de l’air intérieur ou extérieur. Toutefois, les renseignements sur les effets de ces microplastiques sur la santé humaine sont limités, et des recherches supplémentaires sont requises pour mieux déterminer les tissus cibles, les doses seuils et les modes d’action », soulignait le document.

L’analyse indiquait aussi que la pollution par les particules de plastique est très présente dans notre quotidien. « Les sources de pollution de l’air intérieur par les microplastiques incluent la perte de fibres par les vêtements, l’ameublement, les tapis et des biens domestiques, alors que les microplastiques polluant l’air extérieur proviennent de diverses sources, dont l’usure des pneus des véhicules. »

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