GNL Québec veut exporter du gaz vers l’Ukraine

En plus des enjeux climatiques, le projet GNL Québec a été critiqué en raison de l’augmentation du trafic maritime commercial qu’il entraînerait dans le parc marin du Saguenay — Saint-Laurent.
Kevin Clancy Newsy / Asocciated Press En plus des enjeux climatiques, le projet GNL Québec a été critiqué en raison de l’augmentation du trafic maritime commercial qu’il entraînerait dans le parc marin du Saguenay — Saint-Laurent.

Après avoir essuyé des refus des gouvernements du Québec et du Canada, GNL Québec espère revenir à la charge, après avoir signé une entente de vente de gaz naturel en Ukraine qui commencerait en 2027. L’entreprise devra toutefois déposer un nouveau projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel et de terminal d’exportation pour espérer relancer son défunt projet industriel.

Selon ce que Symbio Infrastructure (propriétaire de GNL Québec et du projet Gazoduq) a annoncé vendredi par voie de communiqué, une entente d’achat de gaz naturel liquéfié (GNL) a été signée le 5 juin avec « Naftogaz of Ukraine », une société d’État ukrainienne. Déjà en mars dernier, l’entreprise avait affirmé au Devoir que l’invasion de l’Ukraine par la Russie était de nature à raviver la flamme de GNL Québec.

Ce texte est publié via notre Pôle environnement.

Les deux entreprises estiment que du gaz naturel liquéfié au Québec pourrait, dans le cadre d’une nouvelle mouture du projet Énergie Saguenay, être transporté par navire vers l’Europe d’ici cinq ans. L’entente évoque également la possibilité d’exporter de l’hydrogène liquide.

« Carboneutre »

Dans le communiqué publié vendredi, le président du conseil d’administration de GNL Québec, Jim Illich, a réaffirmé que le projet de son entreprise serait « carboneutre » et que l’utilisation du gaz naturel permettrait de remplacer, en Europe, des sources énergétiques plus polluantes, comme le charbon.

Cette entente démontre que le projet d’exportation de gaz naturel albertain « est plus nécessaire que jamais », a ajouté le porte-parole de GNL Québec, Louis-Martin Leclerc, par courriel.

« Nous recevons d’ailleurs de nombreuses autres manifestations sérieuses d’intérêt pour notre énergie à faible empreinte carbone. La situation actuelle en Europe a exacerbé un besoin déjà très présent de diversification énergétique sur le continent vers des sources d’énergie fiables et à bas carbone comme le propose GNL Québec », a-t-il fait valoir.

Selon l’entreprise, « le projet carboneutre Énergie Saguenay continue à être idéalement positionné pour aider nos alliés transatlantiques à trouver une solution à leurs enjeux géopolitiques et climatiques, tout en présentant ce que le Canada a de meilleur à offrir ».

Au cabinet du ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charette, on précise ne pas avoir d’information sur « un éventuel nouveau projet », tout en rappelant le rejet du premier projet en juillet 2021.

Malgré tout, les promoteurs du gazoduc, de l’usine de liquéfaction et du terminal maritime pourraient présenter une nouvelle version de leur projet. Celui-ci serait toutefois soumis de nouveau à l’ensemble de la procédure environnementale, dont des consultations publiques.

« Dans un tel contexte, on parle donc d’un processus de plusieurs années, ce qui fait qu’on voit difficilement comment un tel projet pourrait constituer une solution aux problèmes d’approvisionnement actuels en Ukraine, voire en Europe », a indiqué le cabinet du ministre Charette.

Quant au gazoduc de 780 kilomètres qui alimenterait une éventuelle usine de liquéfaction, son approbation revient uniquement au gouvernement fédéral, puisqu’il serait construit sur le territoire de deux provinces, soit l’Ontario et le Québec.

Greenpeace a dénoncé vendredi l’annonce des promoteurs du projet gazier. « Cette annonce de GNL Québec est tout simplement ridicule considérant que l’entreprise n’a aucune autorisation et aucun permis pour aller de l’avant avec ce projet. C’est ni plus ni moins un show de boucane. GNL Québec fait preuve d’arrogance sans borne et est irrespectueuse envers les gouvernements fédéral et provincial qui ont rejeté de façon claire et nette ce projet à la suite de processus d’évaluations environnementales rigoureux et basés sur la science », a souligné son porte-parole, Patrick Bonin.

Climat et bélugas

 

Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) et l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC) avaient rejeté en bloc les affirmations des promoteurs de GNL Québec. Dans la version finale de son rapport, l’AEIC conclut que le projet nuirait aux efforts climatiques du Canada, et notamment à l’atteinte de la « carboneutralité » d’ici 2050. En fait, le promoteur n’a présenté aucun scénario « crédible » permettant d’affirmer que le gaz exporté servirait à remplacer des ressources fossiles plus polluantes, comme le charbon.

Le rapport de l’AEIC écarte aussi l’argument de GNL Québec selon lequel le gaz naturel serait un partenaire de la « transition énergétique ». Le document rappelle plutôt que l’Agence internationale de l’énergie a publié en 2021 une analyse qui conclut que les pays doivent « renoncer » à autoriser le développement de « nouveaux sites pétroliers et gaziers » afin de respecter les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat.

Le passage de 320 méthaniers chaque année sur le Saguenay aurait par ailleurs représenté un potentiel de risques majeurs pour des mammifères marins en péril, dont le béluga du Saint-Laurent, selon l’AEIC. Il faut dire que le projet « doublerait » le trafic maritime sur le Saguenay, et « à l’intérieur d’une aire protégée », soit le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. Il aurait donc contribué « à la dégradation de l’environnement acoustique subaquatique » de cet habitat essentiel pour l’espèce.

Lobbying

 

Malgré les refus du gouvernement fédéral et du gouvernement du Québec, GNL Québec a maintenu ses mandats de lobbying au cours des derniers mois. GNL Québec compte ainsi toujours un mandat actif au registre québécois. Son inscription a été renouvelée en date du 14 février 2022. En plus de Tony Le Verger, on compte le président du conseil d’administration de GNL Québec, Jim Illich, inscrit comme lobbyiste. Leur mandat est valable jusqu’au 1er mars 2023.

Au registre des entreprises du Québec, GNL Québec a toujours une inscription active et « aucune intention de liquidation ou de dissolution n’a été déclarée », selon ce qu’on peut lire dans l’« état de renseignement » de l’entreprise.

Selon les informations disponibles au Registre fédéral des lobbyistes, le président de GNL Québec, Tony Le Verger, a inscrit des communications en février, mars et avril 2022, soit après le rejet officiel du projet par le gouvernement de Justin Trudeau, à la suite de l’évaluation environnementale fédérale.

Les candidats à la chefferie du Parti conservateur du Canada Pierre Poilievre et Jean Charest ont promis de relancer GNL Québec. Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, a plaidé dans le même sens.

D’autres projets de GNL

Le rejet de GNL Québec n’a pas signé la fin des nouveaux projets d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) au Canada. Dans un contexte de croissance de la production au cours des prochaines années, en raison du recours à la fracturation, l’industrie souhaite développer des projets pour écouler la production ailleurs dans le monde.

Le projet LNG Canada, soutenu par le gouvernement Trudeau, est le plus important projet du genre au pays. Il est en cours de construction en Colombie-Britannique et il sera alimenté en gaz par le controversé gazoduc Coastal Gaslink. Un autre projet, Cedar LNG, est en cours d’évaluation environnementale fédérale, de même que le projet Ksi Lisims LNG, lui aussi en Colombie-Britannique.

Le Canada et l’Allemagne ont signé en 2021 un « partenariat énergétique ». Au moment d’annoncer cette entente, le gouvernement Trudeau a affirmé que les projets de GNL faisaient partie du développement de « l’énergie propre », dans un contexte de lutte contre la crise climatique.



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