Pourquoi les émissions de gaz à effet de serre au Québec surpassent-elles celles de la Suède, un pays similaire ?

Vue sur la ville de Skellefteå, en Suède. Ce pays scandinave émet deux fois moins de GES par habitant que le Québec.
Jonathan Nackstrand Agence France-Presse Vue sur la ville de Skellefteå, en Suède. Ce pays scandinave émet deux fois moins de GES par habitant que le Québec.

Ce texte est tiré du « Courrier de la planète » du 24 mai 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

Quand on le compare à l’Alberta, le Québec fait bonne figure en matière de gaz à effet de serre (GES). Ses émissions par habitant sont près de sept fois moindres. Toutefois, le parallèle souffre d’importantes limites : il va de soi qu’une province dont l’économie repose sur le pétrole et le gaz naturel émet beaucoup de carbone.

Et si on comparait le Québec à des pays dont la géographie, la population, l’économie et le climat sont semblables ? C’est l’excellente question posée par Jean-Pierre Sirard, un lecteur du Courrier de la planète, qui suggère l’exemple de la Suède.

Le royaume scandinave est un pays de 10 millions d’habitants, abondamment forestier, au climat saisonnier, disposant d’un grand territoire, de moyens financiers considérables et d’un modèle étatique fondé sur la social-démocratie. En 2019, ses émissions de GES par habitant (5 tonnes d’équivalent CO2) étaient deux fois moins élevées que celles du Québec (9,9 tonnes).

(Notons que ces nombres ne comptent pas les émissions associées au changement d’affectation des terres et de la foresterie. Les émissions imputables au transport international et aux importations ne sont pas non plus incluses.)

Émissions plus faibles

 

Un examen détaillé permet de constater que les émissions de la Suède, pondérées par sa population, sont plus faibles que celles du Québec dans presque tous les secteurs — industrie, agriculture, déchets, transport, etc.

L’électricité fait figure d’exception : le Québec et la Suède disposent tous deux d’une électricité très faible en carbone. La Suède est d’ailleurs le pays de l’Union européenne dont l’électricité émet le moins de GES par kilowattheure. Elle compte principalement sur l’hydroélectricité (45 %), le nucléaire (30 %) et l’éolien (17 %).

En matière de transport (32 % des émissions totales de la Suède), ce sont les véhicules automobiles qui pèsent le plus lourd dans la balance. En 2018, le transport routier y a généré des émissions de 1,5 tonne de CO2 équivalent par habitant. Au Québec, on parle plutôt de 3,4 tonnes par habitant.

Il faut souligner que les transports collectifs et actifs sont populaires en Suède. En 2014-2015, 15 % des déplacements quotidiens ont été réalisés en transport en commun (surtout en autobus), 29 % à pied ou à vélo, et 54 % en voiture. (En 2010, au Québec, 80 % des gens se déplaçaient typiquement en voiture).

Par ailleurs, les voitures, essentielles dans la campagne suédoise, font l’objet d’une rapide électrification. Ces derniers mois, plus de la moitié des nouveaux véhicules automobiles vendus en Suède étaient électriques ou hybrides rechargeables. Les voitures avec des moteurs thermiques seront interdites dès 2030.

Quant aux émissions du secteur industriel (32 % du total en Suède), elles ont reculé de 19 % en 30 ans. Les industries de l’acier, des minéraux et les raffineries sont des émetteurs considérables. Depuis 1990, l’industrie des pâtes et papier est celle qui a le plus réduit ses émissions, grâce à un virage vers le biogaz et l’électricité.

Agriculture et déchets

 

L’agriculture de la Suède (13 % des émissions totales) n’émet qu’un peu moins de GES par habitant que celle du Québec. Ses émissions ont diminué d’un dixième en trois décennies, surtout en raison de la diminution du nombre d’animaux d’élevage et du recours moindre aux fertilisants minéraux, selon le ministère suédois de l’Environnement.

Les émissions liées aux déchets (2 % du total en Suède) ont quant à elles diminué des deux tiers en trente ans. Elles sont actuellement de 100 kg de CO2 équivalent par personne, par année — soit huit fois moins que celles des Québécois.

Les déchets produisent des GES notamment parce que les sites d’enfouissement émettent du méthane. Or, la Suède brûle la quasi-totalité de ses ordures afin de produire de l’énergie, notamment pour chauffer des quartiers en hiver. Le compost sert par ailleurs à produire du biogaz.

Du côté législatif, la Suède a été l’un des premiers pays du monde à imposer une taxe sur le carbone, en 1991. Cette taxe s’élève aujourd’hui à 1200 couronnes par tonne de CO2, soit 155 $. Aux dernières ventes aux enchères du marché Québec / Californie, la tonne de carbone s’est vendue à 37 $. Dans les provinces où elle s’applique, la taxe fédérale canadienne est pour sa part de 50 $ la tonne.

Enfin, notons que, depuis 2018, la Suède dispose d’une « loi climatique » qui détaille son approche pour arriver à son objectif de carboneutralité en 2045. Le plan actuel comprend 132 éléments. Avant même cette initiative, beaucoup de chemin avait été parcouru : la Suède a réduit ses émissions de 33 % depuis 1990. Celles du Québec ont pour leur part reculé de seulement 3 %.



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