Les oiseaux migrateurs à tire d’ailes

Le carouge à épaulettes est un oiseau migrateur dont l’arrivée au Québec est annonciatrice du printemps.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le carouge à épaulettes est un oiseau migrateur dont l’arrivée au Québec est annonciatrice du printemps.

Avec le retour des beaux jours, le Québec devient aussi le théâtre d’une migration saisonnière de plusieurs dizaines d’espèces d’oiseaux, dont certaines qui affichent leurs plus belles couleurs en vue de la reproduction. Cette période est d’ailleurs toujours très attendue par les ornithologues, en raison de la diversité de la faune ailée qu’on peut observer dans différentes régions de la province.

Ancien directeur de l’Observatoire d’oiseaux de Tadoussac, Pascal Côté est un passionné qui analyse, « pour le plaisir », les images des radars météorologiques afin de déterminer les moments charnières des migrations printanières. Il utilise d’ailleurs principalement les radars américains, qui présentent des données plus complètes que celles des radars canadiens, dont les images sont filtrées pour présenter uniquement les précipitations.

C’est ainsi qu’il a pu constater jeudi soir un important « volume d’oiseaux » en déplacement dans les États américains qui bordent la frontière sud du Québec, écrit-il sur sa page Facebook « Suivre la migration par radar météo ».

« Les radars permettent de déterminer quelles sont les meilleures nuits de migration d’oiseaux », explique-t-il au Devoir. Concrètement, cet outil technologique offre des informations cruciales, comme la direction et la force des vents. Cela permet de déterminer les moments propices aux migrations pour les différentes espèces, des petits passereaux aux grands rapaces.

« Les oiseaux attendent des vents favorables pour migrer vers le nord, que ce soit des migrateurs de courtes ou de longues distances. Ça leur permet de réduire l’effort, et donc la demande énergétique pour faire leur migration. C’est exigeant de migrer, donc s’ils peuvent choisir des journées favorables, avec une poussée de vents venant du sud, on voit vraiment une vague de migration », détaille M. Côté. Et les oiseaux optent le plus souvent pour des vols de nuit, ce qui permet à certains de se protéger de leurs prédateurs, alors que d’autres utilisent les ciels étoilés pour s’orienter. Autant de stratégies qui n’ont toutefois pas empêché un déclin marqué du nombre d’oiseaux en Amérique du Nord au cours des dernières décennies, en raison de l’activité humaine.

Dizaines d’espèces

À la fin du mois d’avril, après une nuit propice aux déplacements de cette faune ailée, un ornithologue chevronné a ainsi pu identifier plusieurs dizaines d’espèces d’oiseaux dans le parc du Mont-Royal à Montréal dès le lendemain. « Parfois, on peut facilement observer de 70 à 75 espèces dans un seul secteur. C’est vraiment intéressant. » Récemment, plusieurs dizaines d’aigles royaux, l’oiseau de proie le plus imposant du Québec, ont aussi été observés dans une zone située tout près de la ville de Huntingdon.

Si on ouvre l’œil ces jours-ci, notamment dans la région de Montréal, on peut donc apercevoir plusieurs espèces qui ne sont que de passage dans la région, souligne Pascal Côté. « Il y a au moins une vingtaine d’espèces de parulines qui sont en route pour la forêt boréale, et donc qui vont nicher plus au nord. Il y a actuellement une diversité d’espèces qu’on ne va pas retrouver dans la région de Montréal le reste de l’année. Même ceux qui nichent dans la région sont plus visibles, parce que le feuillage des arbres n’est pas encore à son maximum. »

On peut également entendre davantage des espèces de bruants, le cardinal rouge, dont le mâle a un plumage rouge vif, mais aussi le roselin familier ou le très commun moineau domestique. Ces oiseaux sont en effet en période de reproduction, d’où leur hyperactivité vocale au printemps. « Lorsqu’on entend chanter tous les matins, on sait que les oiseaux nicheurs sont de retour », confirme Pascal Côté.

Et le printemps aussi.



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