Le second petit rorqual de Montréal menacé par la navigation de plaisance

Le deuxième petit rorqual arrivé à Montréal a été observé jeudi en soirée dans le chenal Le Moyne.
Alexandre Shields Le Devoir Le deuxième petit rorqual arrivé à Montréal a été observé jeudi en soirée dans le chenal Le Moyne.

Le deuxième petit rorqual arrivé à Montréal a finalement été observé jeudi en soirée entre les îles Sainte-Hélène et Notre-Dame. Mais malgré la réglementation interdisant l’approche des baleines, le cétacé a bien failli être frappé à quelques reprises par des embarcations de plaisance naviguant à pleine vitesse, a pu constater Le Devoir.

Alors que le premier petit rorqual, arrivé dimanche, a nagé toute la journée de jeudi le long de l’île Sainte-Hélène, près de la sculpture de Calder, le second individu de la même espèce n’y a pas été aperçu avant le début de la soirée.

Le cétacé, qui serait lui aussi un individu juvénile, a choisi de remonter le cours du Saint-Laurent en empruntant le chenal Le Moyne. Jeudi soir, il nageait face au fort courant, à environ 200 mètres en amont du pont Jacques-Cartier. Le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins était d’ailleurs sur place pour capter des images de l’animal à l’aide d’un drone afin d’analyser sa taille et son état de santé.

 

Des embarcations à proximité

Le Devoir a observé des embarcations, dont deux motomarines, naviguer à pleine vitesse en direction du petit rorqual, passant soit directement au-dessus de l’animal égaré ou très près de ce dernier. Les plaisanciers, qui auraient pu heurter l’animal puisqu’il nage près de la surface, n’ont jamais ralenti en passant dans la zone.

Or, un avis à la navigation a été diffusé pour le secteur en raison de la présence des deux petits rorquals égarés. Dans une réponse écrite à nos questions, Pêches et Océans Canada rappelle d’ailleurs « l’obligation de respecter le Règlement sur les mammifères marins et de garder une distance minimale de 100 mètres ». « La présence d’embarcations à proximité peut causer du stress ou des blessures à l’animal et être risquée pour la sécurité des observateurs eux-mêmes », ajoute le ministère.

Pour le moment, toutefois, les autorités n’ont déployé aucune équipe sur l’eau afin d’éviter la présence de plaisanciers dans la zone où se trouvent les rorquals. Une telle surveillance était pourtant assurée en 2020 lors du séjour d’une jeune baleine à bosse à Montréal.

« Une embarcation est disponible sur place si nous avons besoin d’intervenir auprès des plaisanciers concernant les distances d’approche et le dérangement de l’animal », indiquent simplement les autorités fédérales.

Pas d’intervention pour le moment

À l’heure actuelle, on ne prévoit pas d’intervention de capture ou d’effarouchement des deux petits rorquals, y compris de celui qui est présent dans les environs de Montréal depuis au moins cinq jours. Il n’existe pas non plus d’informations permettant d’expliquer leur présence à plus de 450 kilomètres de leur habitat naturel, l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent.

Il faut toutefois rappeler que les baleineaux de cette espèce se séparent de leur mère après à peine quelques mois d’allaitement. Il arrive donc parfois que des individus juvéniles s’égarent. En 2016, puis en 2017, des cas de jeunes petits rorquals trouvés morts dans la région de Lévis ont d’ailleurs été documentés.

Il n’y a jamais eu, dans toute l’histoire de Montréal, de cas documenté où deux baleines se trouvaient au même moment dans la région. Par le passé, on a observé des bélugas dans les environs de la métropole, ainsi que la fameuse baleine à bosse qui s’y est aventurée pendant plus d’une semaine en 2020. Cette dernière avait attiré bien des curieux avec ses nombreux sauts spectaculaires hors de l’eau ; elle a finalement été retrouvée morte dans la voie maritime du Saint-Laurent, où de nombreux navires marchands circulent.



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