La captivité de caribous est un geste «positif», affirme Pierre Dufour

Les sept derniers caribous de Val-d’Or sont en captivité depuis 2020. L’an dernier, trois d’entre eux se sont enfuis et sont demeurés introuvables pendant quelques mois.
MFFP Les sept derniers caribous de Val-d’Or sont en captivité depuis 2020. L’an dernier, trois d’entre eux se sont enfuis et sont demeurés introuvables pendant quelques mois.

La décision de capturer et de placer des caribous forestiers dans des enclos est un geste « positif » en faveur de leur protection, selon le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour. Il promet toutefois qu’une « stratégie » sera mise en œuvre l’an prochain pour tenter d’éviter la disparition de l’espèce au Québec.

Dans le cadre de l’étude des crédits de son ministère, jeudi, M. Dufour a répété que le gouvernement du Québec a posé plusieurs gestes depuis sont arrivée au pouvoir, en 2018, en faveur de la protection des caribous forestiers.

Il a notamment vanté certaines mesures prises pour limiter les coupes à proximité des habitats des caribous de Val-d’Or et de la Gaspésie, deux hardes isolées et au seuil de l’extinction. Le gouvernement Legault a dépensé « plus de 25 millions de dollars » pour la protection de l’espèce, a-t-il rappelé. À titre de comparaison, le plus récent budget du Québec prévoit environ 160 millions de dollars pour soutenir l’industrie forestière, dont 50 millions de dollars pour les chemins « multiservices » utilisés par les entreprises forestières.

« Positif »

« À part construire de nouveaux enclos, il n’y a rien sur la table. Je ne peux pas croire que ma région a mis au pouvoir le ministre qui va avoir conduit le caribou forestier à l’extinction. Je trouve ça épouvantable », a répliqué la députée solidaire de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien.

Le ministre a répondu en saluant la mise en enclos de la harde de Val-d’Or en 2020, mais aussi de celle de Charlevoix plus tôt cette année. Les 16 derniers caribous de cette population isolée sur un territoire perturbé par l’activité humaine sont désormais confinés à un enclos de 0,2 km2. On ignore s’ils seront un jour relâchés.

Selon M. Dufour, il est cependant faux de qualifier ces enclos de « mouroirs », comme l’ont fait certains critiques du projet. « Présentement, dans Charlevoix, nous avons huit femelles en gestation. Je pense qu’il y a déjà quelque chose de positif de ce côté-là. On ne fait peut-être pas d’action concernant les moyens de déployer la stratégie [de remise en liberté], mais au moins, on protège la bête. Et on voit qu’il y a une réussite pour les bêtes qui ont une chance d’être en sécurité pour la mise-bas. »

Le ministre a toutefois admis que son ministère a agi trop tardivement pour parvenir à construire les deux enclos de maternité qui étaient prévus en Gaspésie. Dans ce cas, les enclos devraient être prêts pour l’hiver prochain. L’objectif sera de capturer les femelles gestantes, parmi la trentaine de caribous qui subsistent, pour les placer en enclos en vue de la mise-bas.

« Mais s’ils n’ont pas d’habitat, le problème va demeurer le même. Et l’habitat du caribou, ce sont les forêts matures. Il y a un consensus scientifique », a laissé tomber Émilise Lessard-Therrien. L’espèce est particulièrement vulnérable aux impacts de l’industrie forestière. Non seulement les coupes détruisent son habitat, mais elles facilitent aussi le déplacement des prédateurs des caribous.

« Stratégie » en 2023

La députée solidaire a d’ailleurs critiqué l’absence de « stratégie » québécoise pour tenter de sauver le caribou forestier. Celle-ci avait été d’abord reportée à 2021, avant d’être à nouveau reportée à 2023, soit après les prochaines élections provinciales.

Pierre Dufour a toutefois assuré jeudi que cette stratégie serait bel et bien présentée l’an prochain. Selon ce qu’il a fait valoir, ce plan devrait représenter « un juste compromis ». Il a aussi affirmé que la stratégie était en bonne partie élaborée, mais que le gouvernement attendra de lire le rapport de la « Commission indépendante » sur le caribou avant de compléter la démarche.

« Ça prend une consultation avec les différents intervenants des milieux concernés par les actions qui sont prises dans la stratégie », a répété le ministre. « Il n’y a pas de spécialistes du caribou » dans la Commission sur les caribous forestiers, a-t-il admis du même souffle. La présidente de la Commission est professeure-chercheuse en économie forestière. Elle est appuyée par deux commissaires qui ont longtemps travaillé comme fonctionnaires au sein du gouvernement du Québec, essentiellement dans des domaines liés à l’économie, à l’administration et aux finances.

Négociations avec Ottawa

 

Interpellé sur la possibilité que le gouvernement fédéral intervienne pour décréter la protection de l’habitat essentiel du caribou forestier au Québec, Pierre Dufour s’est voulu rassurant en affirmant que les échanges se poursuivent. Récemment, le premier ministre François Legault avait affirmé que « les caribous sont clairement un champ de compétence du Québec, pas du gouvernement fédéral ».

Le ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, s’est pour sa part montré encouragé jeudi. Il a indiqué en mêlée de presse que des fonctionnaires se sont rencontrés mercredi pour aborder le dossier. S’il a souligné que c’est « une amélioration », il a signalé qu’il n’a pas pour autant jeté à la poubelle son projet d’intervenir par décret. « J’avance avec ça au cas où il n’y aurait pas d’entente avec le gouvernement du Québec, mais je préfère qu’il y ait une entente », a dit le ministre.

Il faut dire que le temps presse pour cette espèce en déclin. Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs évaluait que le Québec comptait entre 6000 et 8500 caribous forestiers lors du dernier bilan complet, en 2012.

 

Combien sont-ils aujourd’hui ? Impossible de le savoir. Certains inventaires ont été effectués pour les différentes populations régionales. Neuf des onze inventaires disponibles actuellement indiquent des déclins. Mais le document de consultation de la « Commission indépendante » sur le caribou forestier ne présente pas de « population totale estimée ». On indique toutefois une « abondance minimale » de 5252, ce qui indiquerait un déclin de 20 % à 35 % de l’espèce en l’espace de 10 ans.

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