GNL Québec n’a pas dit son dernier mot

En plus des enjeux climatiques, le projet GNL Québec a été critiqué en raison de l’augmentation du trafic maritime commercial qu’il entraînerait dans le parc marin du Saguenay — Saint-Laurent.
Archives Associated Press En plus des enjeux climatiques, le projet GNL Québec a été critiqué en raison de l’augmentation du trafic maritime commercial qu’il entraînerait dans le parc marin du Saguenay — Saint-Laurent.

Les candidats à la chefferie du Parti conservateur du Canada Pierre Poilievre et Jean Charest ont promis de relancer le projet gazier GNL Québec. Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, a plaidé dans le même sens mardi. Et les promoteurs du projet n’ont pas dit leur dernier mot, puisque les mandats de lobbying sont toujours en vigueur, malgré le rejet des gouvernements Legault et Trudeau.

Selon les informations disponibles au registre fédéral des lobbyistes, le président de GNL Québec, Tony Le Verger, a inscrit une « communication » effectuée le 7 mars 2022, soit un mois après le rejet officiel du projet par le gouvernement de Justin Trudeau, à la suite de l’évaluation environnementale fédérale.

Il s’agissait d’ailleurs de la cinquième « communication » de M. Le Verger inscrite au registre des lobbyistes depuis que le gouvernement Legault a fermé la porte à la construction de l’usine de liquéfaction et de terminal maritime d’exportation de gaz naturel au Saguenay.

Le 7 mars dernier, Tony Le Verger a ainsi échangé sur le projet GNL Québec avec Richard Martel, député du Parti conservateur du Canada (PCC) dans la circonscription de Chicoutimi—Le Fjord, et Marc-Olivier Fortin, son adjoint de circonscription. L’inscription au registre, publiée le 15 avril, est très sommaire puisqu’elle mentionne seulement les mots « environnement » et « énergie ». Il n’a pas été possible de discuter avec M. Martel de cette rencontre, puisque le PCC n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

GNL Québec compte aussi toujours un mandat actif de lobbying au registre québécois. L’inscription de celui-ci a été renouvelée en date du 14 février 2022. En plus de Tony Le Verger, on compte le président du conseil d’administration de GNL Québec, Jim Illich, inscrit comme lobbyiste. Leur mandat est valable jusqu’au 1er mars 2023.

Au registre des entreprises du Québec, GNL Québec a toujours une inscription active et « aucune intention de liquidation ou de dissolution n’a été déclarée », selon ce qu’on peut lire dans l’« état de renseignement » de l’entreprise.

Est-ce que GNL Québec voit d’un bon œil les appuis offerts par Pierre Poilievre et Jean Charest, qui sont les deux principaux candidats à la direction du PCC ? « GNL Québec n’a pas de commentaire à offrir sur la course à la chefferie du Parti conservateur du Canada », a indiqué le porte-parole de l’entreprise, Louis-Martin Leclerc, conseiller chez Tact, dans une réponse écrite.

Guerre en Ukraine

 

Compte tenu du fait que Tony Le Verger poursuit ses démarches de représentation en faveur du projet GNL Québec, est-ce que cela signifie que l’entreprise a toujours espoir de relancer le projet ? « La situation tragique en Ukraine exacerbe une crise énergétique qui a commencé l’été dernier en Europe et a malheureusement conduit à des niveaux records de consommation de charbon », a répondu le porte-parole de l’entreprise.

« L’Europe prend des décisions importantes à cet effet à travers un ensemble de sanctions et ainsi, avec la récente décision de l’Union européenne de réduire sa dépendance à la Russie, le Québec et le Canada peuvent l’aider à diversifier ses sources d’énergie et à remplacer des carburants plus polluants en exportant du GNL provenant de sources compétitives et responsables comme le projet carboneutre Énergie Saguenay alimenté à l’hydroélectricité », a-t-il ajouté.

Jean Charest a fait valoir des arguments similaires la semaine dernière. « Ça nous brise le cœur de voir les Européens financer indirectement les Russes pour envahir l’Ukraine en achetant leur gaz et pétrole, alors que nous, on pourrait être un fournisseur éthique à ce marché », a-t-il notamment affirmé sur les ondes de Radio-Canada.

« On ne peut pas l’imposer, mais on peut certainement défendre le projet dans des circonstances nouvelles et avec des faits nouveaux », a aussi dit M. Charest au Journal de Montréal, en évoquant directement le projet d’usine gazière. Ce dernier a même promis de réviser le processus d’évaluation environnementale fédérale pour accélérer l’approbation de tels projets.

Enjeu électoral ?

En entrevue à La Presse, Pierre Poilievre a abondé en ce sens. GNL Québec « est une occasion en or pour les Québécois de gagner leur vie en enlevant l’argent des dictatures qui polluent et en supportant notre énergie », a-t-il affirmé à propos de ce projet conçu pour exporter du gaz naturel exploité par fracturation en Alberta.

M. Poilievre a d’ailleurs souhaité que le dossier soit débattu à la faveur de la prochaine campagne électorale provinciale. Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, a justement promis mardi d’en faire un « enjeu », notamment au Saguenay–Lac-Saint-Jean. « Ceux qui pensaient que c’était terminé, ils se sont trompés, parce que ce sera plus d’actualité que jamais », a-t-il fait valoir en entrevue sur les ondes de la radio de Radio-Canada.

« On est conscients que les hydrocarbures ont un impact néfaste pour l’environnement. Est-ce qu’on peut minimiser cet impact, en produisant localement plutôt qu’en important à 100 % nos ressources ? Il n’y a pas de contradiction entre l’environnement et le fait d’être pour le projet. C’est compatible », a fait valoir M. Duhaime. « Il y a des gens dogmatiques, qui font une guerre au pétrole et au gaz. Mais en faisant ça, ils se retrouvent à être les alliés présentement de Vladimir Poutine. Ils sont en train d’affaiblir la position de nos alliés en Europe », a-t-il ajouté.

Le gouvernement de François Legault a répété encore une fois la semaine dernière que le refus de GNL Québec était définitif. Le Parti libéral, Québec solidaire et le Parti québécois s’opposaient par ailleurs déjà au projet, et ce, avant le refus annoncé en juillet 2021 par le ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charette.

Malgré les rejets à Québec et à Ottawa, les promoteurs du gazoduc, de l’usine de liquéfaction et du terminal maritime pourraient présenter un nouveau projet. Celui-ci serait toutefois soumis de nouveau à l’ensemble de la procédure environnementale, incluant des consultations publiques. Quant au gazoduc qui alimenterait une éventuelle usine de liquéfaction, son approbation revient uniquement au gouvernement fédéral.

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