L’adaptation climatique coûtera cher, reconnaît le gouvernement Legault

L’érosion côtière est déjà bien visible au Québec, notamment dans certains secteurs de la Côte-Nord.
Alexandre Shields Le Devoir L’érosion côtière est déjà bien visible au Québec, notamment dans certains secteurs de la Côte-Nord.

Le ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charette, s’attend à une hausse importante du coût de l’adaptation aux impacts de la crise climatique ces prochaines années. Mais s’il faut se préparer à subir les contrecoups du réchauffement, ce volet du Plan pour une économie verte compte à peine pour 5 % des investissements prévus d’ici 2027. Il importe donc d’accélérer la cadence, notamment pour se préparer aux vagues de chaleur et à l’érosion côtière.

« On subit déjà les impacts des changements climatiques, et ils vont aller en augmentant même si les émissions de gaz à effet de serre diminuaient de façon considérable. Il faut donc en prendre la mesure », a souligné vendredi le ministre Charette en entrevue au Devoir.

Hausse des vagues de chaleur meurtrières dans les villes, érosion côtière, inondations et autres phénomènes climatiques extrêmes : le Québec sera frappé de plein fouet par les bouleversements climatiques, et ce, même s’il parvient à réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

Le ministre Charette se dit d’ailleurs conscient que des changements importants seront nécessaires — pour réduire l’exposition des Québécois aux inondations, par exemple. « Nos villes et nos citoyens devront faire le deuil de certains espaces qui pouvaient être convoités pour de la construction. C’est majeur, et c’est un changement de culture important. »

Sur la Côte-Nord, dans le Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie et aux îles de la Madeleine, l’érosion côtière causera de sérieux maux de tête au ministère des Transports du Québec (MTQ). « Il y aura des routes à déplacer », admet le ministre. Le MTQ a d’ailleurs déjà relevé pas moins de 173 segments de route vulnérables. Un « programme d’intervention », qui pourrait s’avérer coûteux, devrait suivre au cours des prochaines années.

Dans ce contexte de multiplication des impacts, est-ce qu’on peut craindre une hausse importante des coûts de l’adaptation aux changements climatiques ? « Il faut être conscient que c’est une probabilité plus que réelle. Nous serons de plus en plus aux prises avec des phénomènes météorologiques extrêmes, notamment des vagues de chaleur. Les gens doivent en être conscients. Il faut le souligner à la population », fait valoir le ministre.

Dans le cadre du dévoilement, jeudi, du programme de mise en œuvre 2022-2027 de son Plan pour une économie verte, le gouvernement Legault a annoncé des investissements de 437 millions de dollars pour « renforcer la résilience ». Cela représente un peu plus de 5 % des 7,6 milliards de dollars prévus.

Les fonds alloués à l’adaptation comprennent 113 millions de dollars consacrés principalement au « verdissement » des villes pour lutter contre les îlots de chaleur et offrir une protection contre les « précipitations abondantes plus intenses et plus fréquentes ». D’autres investissements serviront notamment à l’analyse des risques pour la santé, à l’évaluation de la résilience des infrastructures publiques et au soutien à l’adaptation des entreprises.

Les 437 millions de dollars ne sont toutefois qu’un début, promet Benoit Charette. « Chaque année, nous allons pouvoir bonifier les mesures en fonction de la réalité qui se présente à nous. On a déjà une augmentation de 14 % par rapport à l’an dernier, mais il va forcément y avoir d’autres mesures en adaptation dans les plans qui vont se succéder. »

Un effort encore insuffisant

 

S’il salue la croissance des investissements de Québec, le directeur général du consortium de recherche Ouranos, Alain Bourque, souligne que l’effort est toujours insuffisant.

« Par exemple, l’enveloppe de 113 millions de dollars prévue pour le verdissement est une excellente idée, mais ce n’est pas assez. Les municipalités estiment que les montants sont largement insuffisants pour lutter efficacement contre les îlots de chaleur, les événements de précipitations extrêmes, etc. Ça ne comblera pas les besoins, et les fonds seront dépensés très rapidement. »

Selon lui, il faut aussi s’attarder davantage aux répercussions de l’érosion côtière, qui pourrait coûter très cher au cours des prochaines décennies. « Nous n’agissons pas assez rapidement pour repenser fondamentalement l’aménagement des communautés côtières de façon que les coûts des désastres naturels au cours des prochaines années et décennies soient contrôlables. »

Le président de l’Union des municipalités du Québec, Daniel Côté, rappelle qu’une étude commandée en 2019 concluait que les coûts d’adaptation pour les municipalités de la province pourraient dépasser les quatre milliards de dollars, et ce, sur un horizon de cinq ans.

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en action climatique urbaine, Sophie Van Neste explique que les citoyens les plus vulnérables seront les plus frappés par les conséquences du réchauffement, dont les vagues de chaleur. Elle invite donc le gouvernement à mieux soutenir les organismes qui leur viennent en aide. D’une moyenne annuelle de trois journées à plus de 32 °C il y a une décennie, on pourrait passer à plus de 20 jours d’ici 2040, puis à près de 50 jours avant la fin du siècle, selon l’Institut national de santé publique du Québec.

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