L’habitat de la rainette faux-grillon sera mieux protégé dans la région métropolitaine

La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) et ses 82 municipalités entendent protéger plus de 53 000 hectares de milieux naturels, dont la totalité de l’habitat de la rainette faux-grillon, menacée d’extinction.

Réunis jeudi matin, les élus membres de la CMM ont entériné un règlement de contrôle intérimaire (RCI) visant à ajouter 12 367 hectares de milieux terrestres et humides aux superficies déjà protégées, incluant 3313 hectares couvrant l’ensemble de l’habitat de la rainette faux-grillon.

Les milieux protégés par le RCI, qui empêchera toute activité de construction ou et de développement, correspondent à 22,3 % du territoire de la CMM, soit l’équivalent de la superficie de l’île de Montréal. « La CMM a décidé de prendre les grands moyens pour protéger les milieux naturels et de nous rapprocher de notre objectif commun de protéger et même de dépasser 17 % du territoire de la CMM », a indiqué Valérie Plante, qui préside aussi la CMM. La mairesse de Montréal a rappelé qu’à l’heure actuelle, ce taux se limitait à 10 %. « On n’a pas le temps de niaiser. »

Habitats détruits

 

La mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, a cependant reconnu que le RCI ne permettrait pas de revenir dans le passé. Ainsi, a-t-elle admis, il ne sera pas possible de réhabiliter l’habitat de la rainette à la suite des travaux de prolongement du boulevard Béliveau. « C’est très déplorable, mais je suis quand même fière qu’aujourd’hui, en 2022, on se dote de moyens légaux qui nous permettront d’agir comme municipalité. »

Dans le cas du Canadien National (CN), qui a remblayé le marais Darveau en août 2021 et détruit l’habitat du batracien, des discussions sont en cours avec l’entreprise afin de voir quelles mesures pourraient être mises en place pour réhabiliter le milieu naturel, a-t-elle expliqué. « Mais de façon réaliste, c’est très peu probable de rétablir l’espèce. »

Le RCI permettra-t-il à l’avenir d’empêcher la destruction de l’habitat de la rainette ? « C’est sûr que la situation du CN est particulière, par la nature de l’entreprise, qui est de juridiction fédérale. Est-ce que ça aurait pu garantir [la protection de l’habitat] ? La réponse est non, dans le cas du CN », a indiqué Catherine Fournier.

La CMM entend cependant produire une carte en ligne interactive qui sera disponible à tous les citoyens et tous les décideurs afin que chacun sache à quoi s’en tenir.

Faciliter les acquisitions

 

Les maires ont profité de l’occasion pour réitérer leur demande au gouvernement du Québec afin qu’il modifie la Loi sur l’expropriation de manière à faciliter l’acquisition de milieux naturels. « C’est un outil qui pourrait permettre à d’autres municipalités, entre autres les plus petites qui n’ont pas nécessairement les moyens financiers importants, de pouvoir agir concrètement », a commenté la mairesse Plante.

Avant d’entrer en vigueur, le RCI devra recevoir l’approbation du ministère des Affaires municipales, ce que la CMM espère obtenir le plus rapidement possible.

Au cabinet de la ministre Andrée Laforest, on se montre prudent pour l’instant. « Nous prendrons connaissance de ce règlement et nous en ferons l’analyse avec le ministère. À la lumière de cette analyse, nous prendrons une décision », s’est contentée de dire Bénédicte Trottier Lavoie, attachée de presse de la ministre, dans un courriel.

La Société pour la nature et les parcs section Québec (SNAP Québec) considère le RCI comme un « bond historique » en faveur de la protection des milieux naturels dans la région métropolitaine. « Cette nouvelle réglementation permettra non seulement de protéger les derniers habitats de certaines espèces en péril, mais soutiendra également la mise en œuvre de solutions pour la résilience face aux changements climatiques », a commenté Alain Branchaud, directeur général de la SNAP, qui presse Québec d’approuver le nouveau règlement.

Le RCI envoie aussi un message clair au gouvernement fédéral qui devrait appuyer la mise en place de grands parcs, dont celui de la rivière Saint-Jacques, sur la Rive-Sud, et celui de l’Île Sainte-Thérèse, estime l’organisme.

Une fois l’approbation du RCI obtenue, la CMM entend se pencher sur le cas des terrains de golf, qui se comptent par dizaines dans la région métropolitaine et couvrent près de 6000 hectares. Certains d’entre eux ont cessé leurs activités et pourraient être réhabilités en espaces verts. « On veut s’assurer de bien le faire en respect des propriétaires des golfs […], mais il y a un projet très clair sur la table et c’est notre prochain mandat », a affirmé le maire de Varennes, Martin Damphousse.



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