Le combat syndical passe au vert

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
Des manifestants s’étaient réunis le 6 novembre dernier, au pied du mont Royal, à Montréal, pour réclamer des actions immédiates et concrètes en vue d’amorcer une transition écologique juste.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Des manifestants s’étaient réunis le 6 novembre dernier, au pied du mont Royal, à Montréal, pour réclamer des actions immédiates et concrètes en vue d’amorcer une transition écologique juste.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

On leur associe traditionnellement la couleur rouge, mais c’est bien du vert que des syndicats québécois ajoutent aujourd’hui dans leur palette d’actions. Ceux qui se veulent acteurs de changement entendent accompagner la transition climatique pour continuer à protéger les travailleuses et les travailleurs qui seront touchés par les transformations à venir.

« Il n’y a pas d’emploi sur une planète morte », martèle Anne Dionne, vice-présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et porte-parole du Réseau intersyndical pour le climat (RIC).

Cette coalition formée de neuf organisations syndicales se mobilise depuis un an face à la crise climatique. Pour sa part, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) a participé à la COP26 l’automne dernier, en ramenant dans ses bagages un réseau et de bonnes pratiques.

Une bougie pour le RIC

 

« De congrès en congrès, nos membres nous demandent de faire plus et mieux », constate Anne Dionne, qui souligne l’engagement pionnier de la CSQ en matière d’écologie. « On se rappelle que les premiers bacs de recyclage sont apparus dans les écoles », observe celle qui appelle à passer des petits aux grands gestes.

L’engagement de la CSQ dans le RIC était donc naturel. Ce regroupement est né en marge de la manifestation mondiale pour le climat, en septembre 2019. Il a été officialisé à l’occasion du Jour de la Terre, il y a un an.

L’objectif du RIC est d’unir les efforts vers une « transition juste »pour les Québécois. « Il s’agit de s’assurer que l’on fait une transition écologique sans laisser personne derrière, et surtout sans que les travailleurs en payent le prix », explique Anne Dionne.

Cette préoccupation concerne en premier lieu les emplois dans les industries lourdes qui ont commencé à disparaître ou seront appelés à l’être. « Ils doivent être remplacés par des emplois bénéfiques à l’environnement ou à la population, comme des emplois dans le service public, dont la plupart sont à faible émission carbone », préconise la porte-parole du RIC. Cela suppose des discussions et des réflexions, impliquant les employeurs et les travailleurs, sur des plans de requalification des emplois.

Accélérer la transition

 

Un an après sa création, le RIC a mis en place quelques actions. « Au cours de cette année écoulée, nous étions encore en pandémie. Nous avons organisé quatre webinaires pour aider nos membres à accélérer la transition dans les milieux de travail », indique Anne Dionne.

Il s’agit de s’assurer que l’on fait une transition écologique sans laisser personne derrière, et surtout sans que les travailleurs en payent le prix

 

Le 6 novembre 2021, le mouvement s’est mis en marche dans le parc du Mont-Royal, à Montréal, dans le cadre de la Journée mondiale d’action pour la justice climatique. L’objectif de la mobilisation était de réclamer des mesures suffisantes afin d’atteindre la cible de réduction des gaz à effet de serre de l’Accord de Paris.

« Nous allons faire beaucoup de réseautage et mettre en place des communautés de pratique pour échanger nos connaissances, nos expertises et nos actions », annonce Anne Dionne. Au calendrier du RIC, un grand rendez-vous aura lieu le 14 mai sous la forme d’une école d’été.

L’événement, qui se tiendra en mode hybride avec deux réunions en personne à Montréal et à Québec, comportera des ateliers sur l’urgence climatique et la fresque du climat, et sur le rôle des syndicats en tant qu’agents de transformation sociale dans la lutte aux changements climatiques. « Nous ferons un suivi de ces travaux le 22 octobre », ajoute-t-elle.

Acteurs de la COP26

 

Au moment où le RIC s’inscrivait dans les 75 manifestations mondiales à l’occasion de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP26) en marchant dans le parc du Mont-Royal, une délégation de la FTQ participait à ce grand rendez-vous international à Glasgow.

« L’un de nos principaux objectifs était de renforcer notre réseau en rencontrant des gens et de prendre connaissance de ce qui se fait ailleurs », explique Denis Bolduc, secrétaire général de la FTQ, qui a accompagné une délégation de plusieurs membres des syndicats affiliés en Écosse.

Le pays des tartans est d’ailleurs une source d’inspiration pour la FTQ. « Dès l’automne 2018, l’Écosse a mis en place une commission pour la transition juste, qui est un modèle pour nous », indique Denis Bolduc.

La FTQ essaye de convaincre le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial de suivre cet exemple, ce qu’a déjà fait l’Irlande.

« Il s’agit de regrouper les communautés, les entreprises, les syndicats et les travailleurs, pour mettre en place des mécanismes face à la transformation qui doit se faire en milieu de travail. Quels changements devons-nous apporter ? Comment accompagner les communautés, les travailleurs et les entreprises dans ce processus ? », demande le secrétaire général. Cela implique de discuter de requalification, mais également de formation.

De manière concrète, la FTQ travaille depuis un an avec l’entreprise Énergir dans le cadre de « laboratoires de transition », pour évaluer la situation et préparer la transformation verte de l’entreprise. Des discussions sont également en cours pour mettre en place ces laboratoires dans des entreprises du secteur du plastique.

De nombreux défis

 

Il faudra bien plus que des réunions ou quelques manifestations pour accompagner la transition verte. « Nous travaillons à la mise en place de nos laboratoires de transition dans différents secteurs de l’économie, mais c’est long. Tout le monde sait qu’il faut agir, mais on dirait que c’est difficile de mettre les gens en mouvement », reconnaît Denis Bolduc, qui tente de convaincre le ministère de l’Environnement de mettre en place une structure provinciale sur la transition juste.

Pour le secrétaire général de la FTQ, la mission des syndicats dans la transition écologique va de soi. « Nous devons jouer un rôle d’agent de changement dans les milieux de travail. Il faut convaincre les entreprises de faire le virage écologique, mais aussi dans certains cas nos travailleurs, ce qui n’est pas toujours évident », constate-t-il.

Dans certains secteurs, comme les hydrocarbures ou les plastiques, les travailleurs sont inquiets. « Nous devons travailler avec eux et leur expliquer que nous n’avons pas le choix que d’agir. Nous avons trois ans pour stopper l’augmentation des gaz à effet de serre, nous alerte le GIEC ! », rappelle le secrétaire général de la FTQ. Son syndicat participera à la COP27 l’automne prochain.

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