La carpe asiatique ne progresse pas au Québec

La carpe de roseau, qui peut peser plus de 100 livres, a été détectée au Québec ces dernières années, mais sa population ne semble pas en croissance.
Photo: iStock La carpe de roseau, qui peut peser plus de 100 livres, a été détectée au Québec ces dernières années, mais sa population ne semble pas en croissance.

Ce texte est tiré de notre infolettre « Le Courrier de la planète » du 26 avril 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

La présence de la carpe asiatique au Québec suscite de vives inquiétudes depuis déjà quelques années en raison des ravages causés par cette espèce envahissante dans plusieurs régions des États-Unis. Mais il semble que la population de ce poisson venu d’Asie ne soit pas en augmentation dans les cours d’eau québécois, selon des informations obtenues par Le Devoir auprès du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP).

Depuis 2015, le gouvernement du Québec finance un programme de suivi de la présence de la carpe asiatique, un terme qui désigne en fait quatre espèces : la carpe de roseau, la carpe argentée, la carpe à grosse tête et la carpe noire.

Jusqu’à présent, seule la carpe de roseau (qui peut atteindre une longueur de 1,25 m et peser plus de 45 kg) a été détectée par les experts du MFFP, essentiellement grâce à l’« ADN environnemental » (ADNe). Cette technique permet en fait d’isoler des séquences d’ADN d’une espèce en récoltant des échantillons dans l’environnement — dans un cours d’eau, par exemple.

Il a ainsi été possible de constater la présence de l’espèce dans le fleuve Saint-Laurent, essentiellement entre Montréal et le lac Saint-Pierre, mais aussi dans la rivière Richelieu. Deux carpes ont aussi été capturées accidentellement par des pêcheurs, dont une femelle fertile de 30 kg dans les environs de Contrecœur en 2016.

Cette arrivée au Québec était d’autant plus préoccupante que cet herbivore vorace peut éliminer une bonne partie des plantes aquatiques dont dépendent plusieurs autres espèces, dont le chevalier cuivré. La carpe risque aussi de trouver ici un habitat propice et semblable aux cours d’eau d’Asie où elle vit naturellement.

Pas de hausse l’an dernier

Depuis cinq ans, le MFFP ne constate toutefois pas d’augmentation de la population de l’espèce, contrairement à ce que redoutaient certains experts. « Aucune carpe envahissante ne fut capturée lors de la saison 2021, et aucune observation suspecte ne fut faite par le Ministère, les citoyens ou ses différents partenaires », confirme le MFFP par courriel.

Ce texte est publié via notre Pôle environnement.

Dans le cadre des travaux de l’équipe du Programme québécois de lutte contre les espèces envahissantes, trois échantillons (sur 593 au total) ont détecté la présence de carpes de roseau. Ils ont été prélevés au sud des îles de Sorel (2) et dans le secteur de Contrecœur (1).

« Ce résultat est comparable [à ceux] des années précédentes, bien qu’il se positionne parmi les résultats les plus faibles obtenus depuis 2017. […] Les signaux ADNe pour la carpe de roseau demeurent faibles et sans tendance à l’augmentation », conclut donc le ministère. Les travaux vont néanmoins se poursuivre au cours de l’été 2022.

Présente dans les Grands Lacs

 

Il faut dire que la carpe de roseau est déjà bien présente dans les Grands Lacs, qui sont reliés au fleuve Saint-Laurent. Uniquement l’an dernier, 183 carpes de roseau ont été capturées par les agences de gestion de la faune de l’Ohio. Qui plus est, la reproduction de l’espèce a été confirmée dans deux rivières se déversant dans le lac Érié.

90%
C’est le pourcentage de la biomasse animale que les carpes représentent à certains endroits dans la rivière Illinois.

Les experts redoutent donc que le scénario américain ne se reproduise de ce côté-ci de la frontière. Les carpes asiatiques ont été importées aux États-Unis dans les années 1970 à des fins d’aquaculture. À la faveur d’inondations, elles ont pu atteindre le fleuve Mississippi pour ensuite envahir les cours d’eau rattachés à celui-ci, et ce, sur une distance de plus de 1500 kilomètres.

Dans la rivière Illinois, à quelques dizaines de kilomètres des Grands Lacs, les carpes représentent à certains endroits plus de 90 % de la biomasse animale. Aucune mesure prise pour tenter de l’éliminer ou de contrôler sa présence n’a fonctionné aux États-Unis.

Selon un rapport de Pêches et Océans Canada publié en 2019, si la carpe de roseau s’installe dans les Grands Lacs, elle « pourrait devenir l’espèce dominante au détriment des espèces indigènes », « éliminer presque complètement les plantes aquatiques » et même être « nuisible » à l’habitat des espèces d’oiseaux.

Ce texte est tiré de notre infolettre « Le Courrier de la planète » du 26 avril 2022. Pour nous écrire : planete@ledevoir.com.



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