Est-ce moins polluant de voyager de Montréal à Sept-Îles en avion ou en voiture?

Un avion passe au-dessus de Montréal, vu depuis le belvédère du Mont Royal.
Valerian Mazataud Le Devoir Un avion passe au-dessus de Montréal, vu depuis le belvédère du Mont Royal.

Ce texte est tiré de notre infolettre « Le Courrier de la planète » du 26 avril 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

La semaine dernière, le gouvernement Legault a annoncé son intention de subventionner des vols à 500 $ pour faciliter le transport régional québécois. Quelles conséquences aura cette mesure sur les émissions de gaz à effet de serre dans la province ? Ça reste à voir.

En général, prendre l’avion est l’un des gestes les plus forts en carbone que l’on peut faire. Par exemple, un aller-retour transatlantique émet plus d’une tonne de CO2. Toutefois, parcourir de très longues distances en véhicule automobile pèse également lourd dans la balance du climat.

Pour un aller simple Montréal–Sept-Îles — un trajet de 900 km —, quel mode de transport émet le moins de gaz à effet de serre (GES) ? C’est possible de le déterminer, mais plusieurs facteurs entrent en jeu.

Quelques calculs

 

Voyons d’abord quelles sont les émissions associées au transport routier sur ce trajet.

Lors de la combustion, chaque litre d’essence se transforme en 2,3 kg de CO2. Étonnamment, la masse de GES est plus élevée que le carburant lui-même : c’est à cause de sa liaison avec l’oxygène dans l’air.

Considérons maintenant différentes classes de véhicules, avec leur consommation d’essence typique. Voici leurs émissions pour un trajet de 900 km.

  • Voiture sous-compacte (7,5 l/100 km) : 155 kg de CO2
  • Voiture intermédiaire (8,6 l/100 km) : 178 kg de CO2
  • Petit VUS (9,6 l/100 km) : 199 kg de CO2
  • Grand VUS (13,4 l/100 km) : 277 kg de CO2

Évidemment, si la voiture compte deux, trois ou quatre passagers, les émissions attribuables à chacun doivent être réparties.

Passons maintenant aux vols Montréal–Sept-Îles. Air Canada propose un vol direct à bord d’un Dash-8 de la compagnie De Havilland, qui peut transporter jusqu’à 78 passagers.

Le service Google Flights offre une estimation des émissions pour chaque vol en fonction des formules de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE). Une variable très importante pour calculer les émissions est le niveau d’occupation de l’avion. Dans ses calculs, Google Flights estime que le nombre de passagers correspond à celui typiquement observé avant la pandémie.

Ainsi, le vol direct Montréal–Sept-Îles libère 81 kg de CO2 dans l’atmosphère par passager. C’est deux fois moins que la voiture sous-compacte ! Mais attention : d’autres détails doivent être pris en compte.

Ce texte est publié via notre Pôle environnement.

Des répercussions différentes en altitude

 

Contrairement aux voitures, qui circulent près du sol, les avions fendent les hauteurs du ciel. Les gaz (vapeur d’eau, oxydes d’azote, etc.) et les particules qu’ils exhalent en altitude ont un impact différent sur le réchauffement climatique.

Par exemple, les fines particules de suie larguées par leurs moteurs produisent des traînées de condensation. Celles-ci réchauffent le climat tout autant que le CO2 du kérosène brûlé, selon une synthèse publiée en 2018 dans Nature Communications. Leur effet est cependant beaucoup moins persistant dans le temps.

 

Ces phénomènes sont considérables, mais difficiles à chiffrer. Pour les prendre en compte, plusieurs calculateurs carbone choisissent d’apposer un facteur multiplicatif aux émissions de CO2 des vols. C’est notamment le cas de Carbone boréal, un service de compensation associé à l’Université du Québec à Chicoutimi, qui majore les émissions aériennes de CO2 de 90 %.

Selon Carbone boréal, un vol Montréal–Sept-Îles produit donc l’équivalent d’un peu moins de 160 kg de CO2 par passager. Il s’agit des mêmes émissions qu’une voiture sous-compacte.

Donc, au bout du compte ?

Pour un voyageur seul, l’avion n’est donc pas un si mauvais choix pour un trajet d’environ 1000 km. Les distances plus courtes souffrent cependant des émissions associées au décollage, qui sont considérables.

L’option du covoiturage permet évidemment de couper la poire en deux, en trois ou en quatre. Et à moyen terme, les voitures seront électriques. Quant aux avions, Dieu seul sait s’ils voleront un jour sans émettre de GES.

D’ici là, une autre option est encore plus écolo pour faire le trajet Montréal–Sept-Îles : l’autobus. Si le véhicule est plein, chaque passager ne sera responsable que de 11 kg d’émissions de CO2.



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