Montréal se mobilise pour la protection de l’environnement

Des centaines de personnes ont pris la rue au centre-ville dans le cadre du Jour de la Terre.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des centaines de personnes ont pris la rue au centre-ville dans le cadre du Jour de la Terre.

Des centaines de personnes ont marché dans les rues du centre-ville de Montréal vendredi après-midi à l’occasion du Jour de la Terre afin de dénoncer le manque d’actions politiques consacrées à la protection de l’environnement et d’appeler à la fin du recours aux énergies fossiles.

« La planète n’est pas une poubelle », pouvait-on lire sur une affiche brandie par Marie-Ève Carpentier, une mère de famille qui a pris part à cette mobilisation aux côtés de sa jeune fille. Les manifestants s’étaient d’abord réunis près de l’hôtel de ville, dans le Vieux-Montréal, avant d’entamer une marche de plus d’une heure sur plusieurs artères du centre-ville, dont les boulevards Saint-Laurent et René-Lévesque.

« Je pense que c’est important de venir manifester, de venir revendiquer des mesures pour protéger notre planète », a souligné Mme Carpentier, tout en confiant s’inquiéter de ce que l’avenir réserve à sa fille, si les attentes en matière de réduction des gaz à effet de serre (GES) inscrites dans le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat ne sont pas respectées.

« Je ne dirais pas que je fais de l’écoanxiété, mais je suis préoccupée pour son avenir, tout à fait, ajoute la mère de famille. Les études démontrent que c’est quand même alarmant ce qui se passe et on voit que c’est lent avant qu’il y ait des changements qui se mettent en place. »

Les jeunes composaient d’ailleurs la majorité de cette foule réunie à l’initiative de plusieurs groupes environnementaux, qui réclament notamment la fin de l’extraction et de l’utilisation des énergies fossiles. Certains ont également dénoncé haut et fort leur opposition à la décision d’Ottawa d’approuver le projet pétrolier Bay du Nord, au large des côtes de Terre-Neuve, tandis que d’autres, comme Pierre-Olivier Marcouiller, en avaient contre le projet du troisième lien entre Québec et Lévis, cher au gouvernement de François Legault.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

« Le troisième lien, je dirais que ce sont des coûts faramineux, et pour l’environnement, ça va être un désastre qui va entraîner de l’étalement urbain. Et juste le fait qu’en 2022, on donne encore autant d’importance à la voiture, c’est un peu ridicule », a lancé au Devoir l’élève du secondaire, qui brandissait une affiche contre ce projet, dont la dernière mouture prévoit deux tunnels routiers et aucune voie réservée uniquement au transport en commun.

« Un pas en avant, trois pas en arrière, c’est la politique du gouvernement », ont d’ailleurs scandé les manifestants à plusieurs reprises vendredi.

Des réactions politiques

 

De nombreuses familles ont aussi pris part à cet événement, de même qu’une poignée de politiciens, dont la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, ainsi que la cheffe de la nouvelle formation Climat Québec, Martine Ouellet.

« Je pense que le climat, la planète, a besoin des citoyens et des citoyennes qui s’expriment face aux actions mitigées de leur gouvernement », a fait valoir Mme Massé, qui a ainsi dénoncé le manque de « cohérence » du gouvernement de François Legault sur la question environnementale. D’une part, celui-ci défend « un troisième lien tapissé d’autoroutes qui va amener plus de chars sur nos routes », alors même que l’Assemblée nationale a récemment adopté un projet de loi visant à interdire l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures dans la province.

Le ministre québécois de l’Environnement, Benoit Charette, s’est pour sa part tourné vers Twitter vendredi pour souligner le Jour de la Terre. « Aujourd’hui, comme à tous les jours, nos actions doivent être à la hauteur de nos ambitions pour réduire nos émissions de GES et lutter contre les changements climatiques », a-t-il écrit.

Peu après 15 h, les manifestants se sont réunis devant la tour de la Bourse, où des discours ont été prononcés. La foule s’est tranquillement dispersée par la suite.

Le Québec émet quatre fois trop de GES

Si tous les humains émettaient autant de gaz à effet de serre (GES) que le Québécois moyen, la planète se dirigerait vers un véritable naufrage climatique. C’est ce que démontre une estimation de l’empreinte carbone effectuée par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) et publiée vendredi, à l’occasion du Jour de la Terre. Selon les données dévoilées par l’organisme gouvernemental, les émissions annuelles de GES des « ménages » québécois atteignent au total 71,9 millions de tonnes d’équivalent CO2, ce qui équivaut, au « minimum », à 8,7 tonnes par citoyen par année. Avec ce bilan, la planète se dirige vers un réchauffement de 2,7 °C, les émissions de GES des Québécois étant au moins quatre fois trop élevées pour respecter l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, soit limiter les dérèglements du climat à 1,5 °C. Pour y parvenir, les émissions par citoyen ne devraient pas dépasser les deux tonnes, au maximum.

Alexandre Shields



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