Le mouvement climatique organise ses forces

Une militante du mouvement écologiste Extinction Rebellion lors d’une manifestation à New York, lundi. Au Québec comme ailleurs, les actions citoyennes se multiplient. 
Photo: Kena Betancur Agence France-Presse Une militante du mouvement écologiste Extinction Rebellion lors d’une manifestation à New York, lundi. Au Québec comme ailleurs, les actions citoyennes se multiplient. 

Les groupes écologistes rassemblent leurs forces pour raviver la flamme de la mobilisation climatique. Outre la manifestation prévue vendredi à Montréal pour le Jour de la Terre, une grève pour le climat se prépare en vue de l’automne prochain. Une grande marche aura aussi lieu à Québec à l’occasion de la fête des Mères.

« On s’attend à quelque chose de très, très gros ! » dit Nathalie Ainsley, une porte-parole de Mères au front, au sujet de la marche Du pain et des forêts. L’événement, dont le nom réfère à la marche féministe historique de 1995 (Du pain et des roses), aura lieu le dimanche 8 mai dans la capitale et s’achèvera devant l’Assemblée nationale.

« On agit par amour pour nos enfants, par instinct de protection, explique Mme Ainsley. On est en colère contre les décisions du gouvernement, qui n’écoute pas la science. » Son groupe demande une loi qui obligerait Québec à répondre à des critères environnementaux et d’équité sociale dans tous ses gestes.

Les Mères au front, qui comptent 30 groupes locaux et 7000 membres, « intensifient la pression » en prévision des élections provinciales de l’automne. Une délégation se réunit par ailleurs chaque dimanche devant le bureau montréalais du premier ministre François Legault.

Syndicats et collectifs s’activent

La mobilisation se vivifie aussi dans le monde syndical. « On travaille depuis plusieurs mois pour une grève climatique à l’automne », explique François Geoffroy, un porte-parole du collectif Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique (TJC), fondé il y a quelques mois en marge du groupe La Planète s’invite au Parlement.

TJC s’affaire actuellement à encourager la formation de comités locaux pour la justice climatique au sein de différents syndicats. Un premier syndicat a déjà voté, la semaine dernière, un mandat pour une journée de grève climatique à l’automne prochain. Pour l’instant, ce sont surtout des syndicats du milieu de l’éducation qui se lancent, mais pas seulement : des gens du fonctionnariat municipal, de l’aéronautique et même de l’industrie du plastique mobilisent leur milieu de travail, souligne M. Geoffroy.

« On voit que la préoccupation est là, elle est partout, et que, dans tous les milieux, il y a des gens qui cherchent des façons d’amener du changement et de faire entendre leur voix », dit le porte-parole.

Les revendications ont augmenté d’un cran depuis la manifestation historique de septembre 2019 : La Planète s’invite au Parlement et TJC réclament maintenant que soient « bannies » les énergies fossiles d’ici 2030. Ils demandent aussi aux gouvernements de taxer « massivement » la richesse afin d’investir dans les programmes sociaux.

La Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES) se dit « solidaire » des démarches entreprises par TJC en vue de l’automne prochain. « De notre côté, il n’y a rien en tant que tel qui est planifié [pour l’automne prochain], mis à part essayer de rassembler le plus possible les étudiantes et les étudiants pour faire grandir notre mouvement », dit Léonard Leclerc, un porte-parole de la CEVES.

La CEVES ne chôme pas pour autant : elle mise sur l’« éducation populaire » et sur de petits événements, comme celui tenu récemment pour souligner son opposition au projet pétrolier Bay du Nord. Et vendredi, elle coorganise la manifestation « Inégalités et climat déréglé : le saccage par les riches et les banquiers, c’est assez ! », qui a lieu à Montréal à l’occasion du Jour de la Terre.

M. Leclerc estime qu’une partie de la population étudiante est prête à reprendre la mobilisation climatique. « Je pense que la pandémie a été propice aux réflexions, dit-il. Je pense aussi qu’on est beaucoup à chercher des moyens d’agir. »

Pression sur les élus fédéraux

 

Des actions seront également menées auprès des élus. Le Front étudiant d’action climatique (FEDAC), une coalition regroupant 330 000 jeunes Québécois par l’intermédiaire de leur association étudiante, veut notamment s’impliquer dans les consultations qui encadreront le plafonnement des émissions des secteurs pétrolier et gazier canadiens.

Selon le Plan de réduction des émissions pour 2030, présenté par le gouvernement de Justin Trudeau à la fin mars, le secteur fossile doit réduire ses émissions de 31 % d’ici 2030, par rapport à 2005. Le secteur des transports fait l’objet d’une cible de réduction de 12 %.

Le FEDAC revendique que la limitation des émissions du secteur fossile s’étende à l’ensemble du cycle de vie des carburants — de la production à la combustion — et qu’elle s’applique aussi aux hydrocarbures exportés. « Les GES liés à la combustion de nos exportations d’énergies fossiles […] sont, pour le moment, exclus de tout plan de réduction, ce qui est un non-sens absolu », dénonce Simon Guiroy, coordonnateur et porte-parole du FEDAC.

En 2020, les émissions issues des exportations canadiennes d’hydrocarbures s’élevaient à 883 mégatonnes de CO2, par rapport à 672 mégatonnes pour l’ensemble des émissions intérieures.

Pour pousser sa revendication, le FEDAC va, dans les prochains mois, inciter ses membres à mettre de la pression sur les députés fédéraux du Québec. La coalition née de la réorientation du groupe Arrêtons GNL va aussi encourager ses membres à participer massivement à une éventuelle consultation publique sur le plafonnement des émissions des secteurs pétrolier et gazier.

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