«Les caribous sont clairement un champ de compétence du Québec», affirme François Legault

On compterait à peine plus de 5000 caribous forestiers au Québec et certaines populations sont au seuil de l’extinction.
Jean-Simon Bégin On compterait à peine plus de 5000 caribous forestiers au Québec et certaines populations sont au seuil de l’extinction.

Malgré l’ultimatum fixé par le ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, dans le dossier du caribou forestier, le gouvernement du Québec ne lui a pas répondu. Le premier ministre François Legault affirme que la gestion de l’espèce relève de la « compétence » de la province, alors qu’Ottawa est prêt à décréter la protection de l’habitat du cervidé.

Le cabinet du ministre fédéral de l’Environnement a confirmé mercredi en début de soirée au Devoir que le gouvernement Legault n’avait pas répondu à l’ultimatum, qui avait été fixé au 20 avril. « Nous sommes sans réponse », a indiqué le bureau du ministre, par courriel.

La semaine dernière, M. Guilbeault avait sommé le gouvernement du Québec de lui transmettre « toute information » sur les lois, les règlements et autres « mesures concrètes » qui « contribuent à la protection de l’habitat essentiel du caribou boréal et de son habitat critique ».

À partir de là, le gouvernement fédéral devait évaluer si le Québec en fait assez pour éviter le déclin et la disparition de l’espèce, dont l’habitat est de plus en plus perturbé, principalement en raison de l’industrie forestière.

Si le ministre Guilbeault juge que les mesures ne protègent pas « efficacement » l’habitat du cervidé, il devra recommander la prise d’un « décret » pour le protéger, conformément à ses obligations prévues dans la Loi sur les espèces en péril. Un tel geste pourrait signifier qu’Ottawa imposerait des mesures de protection sur des territoires totalisant au moins 35 000 km2 au Québec. Plusieurs de ces territoires avaient été ciblés pour devenir des aires protégées, mais le gouvernement Legault les a mis de côté en 2020 pour préserver le potentiel de récoltes forestières.

« Compétence » du Québec

Sans confirmer mercredi l’absence de réponse au gouvernement fédéral, le cabinet du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, a répondu que « le dossier évolue depuis la semaine dernière » et que la ministre des Relations canadiennes, Sonia LeBel, « est en contact avec son homologue fédéral pour la suite des choses dans ce dossier ».

Dans le cadre d’un point de presse à Gaspé, François Legault a toutefois réaffirmé sa volonté de ne pas laisser le fédéral intervenir dans le dossier. « Selon nos juristes, les caribous sont clairement un champ de compétence du Québec, pas du gouvernement fédéral », a souligné le chef caquiste. Il a du même coup accusé le gouvernement Trudeau de vouloir « se mêler du dossier ».

« Sur le fond, on essaie de trouver un équilibre. Aujourd’hui, il reste 5000 caribous, il en reste 35 en Gaspésie, c’est une espèce menacée. Maintenant, il y a aussi des emplois dans le secteur de la forêt qui sont en jeu », a-t-il fait valoir.

M. Legault a également rappelé qu’une « commission indépendante » mise en place par le gouvernement avait pour mandat de proposer des mesures qui feront en sorte d’« ajouter de nouvelles solutions » pour les caribous forestiers. « Le dossier est “sous contrôle”, par le gouvernement du Québec. »

La Commission doit en fait suggérer des moyens de « limiter les impacts socio-économiques » de la protection du caribou forestier. Elle mène présentement des consultations publiques. Aucun des trois commissaires n’est un expert de l’espèce qui est au cœur de leur mandat.

Collaboration

 

Malgré l’absence de réponse écrite à l’ultimatum du 20 avril, le gouvernement Trudeau est toujours prêt à « collaborer » avec le Québec, a indiqué mercredi le cabinet du ministre Steven Guilbeault.

« La protection des espèces et la gérance de l’environnement sont des responsabilités partagées au Canada et, en travaillant avec ses partenaires provinciaux, le gouvernement fédéral peut aider, au besoin, à prendre des mesures de protection et à faire des investissements afin que les populations de caribous du Québec demeurent en santé pour les générations à venir », a-t-on souligné dans une réponse écrite.

« Cela fait dix ans que le gouvernement fédéral a indiqué pour la première fois que nous devions collaborer à ces plans de conservation. Le temps est venu de faire les choses correctement et d’élaborer un plan de conservation commun. Notre dernier recours sera d’utiliser la Loi sur les espèces en péril », a ajouté le cabinet du ministre.

Des démarches similaires du fédéral sont d’ailleurs en cours avec d’autres provinces — notamment en Colombie-Britannique et en Ontario — qui comptent des populations de caribous forestiers, une espèce de plus en plus menacée à l’échelle canadienne.

L’organisme Forest Stewardship Council (FSC), qui offre une certification aux entreprises qui exploitent les forêts de façon durable, a par ailleurs indiqué mercredi par voie de communiqué qu’il « exhorte le Québec à collaborer avec le gouvernement fédéral pour agir immédiatement sur la conservation de l’habitat du caribou ».

Plusieurs entreprises forestières actives dans des régions où on retrouve des habitats de l’espèce détiennent une certification FSC, une norme qui est de plus en plus exigée sur les marchés comme preuve d’une « saine gestion des forêts ».

Combien y a-t-il de caribous forestiers au Québec?

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs évaluait que le Québec comptait entre 6000 et 8500 caribous forestiers lors du dernier bilan complet, en 2012. Combien sont-ils aujourd’hui ? Impossible de le savoir.

Certains inventaires ont été effectués pour les différentes populations régionales. Neuf des onze inventaires disponibles actuellement indiquent des déclins. Mais le document de consultation de la « Commission indépendante » sur le caribou forestier ne présente pas de « population totale estimée ». On indique toutefois une « abondance minimale » de 5252, ce qui indiquerait un déclin de 20 % à 35 % de l’espèce en l’espace de 10 ans.



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