Les forêts, des alliées naturelles dans la lutte contre le réchauffement climatique

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
Les puits de carbone naturels, comme les forêts, peuvent nous aider à limiter le réchauffement climatique, mais ils ne peuvent remplacer une diminution radicale des émissions de CO2.
Photo: Getty Images Les puits de carbone naturels, comme les forêts, peuvent nous aider à limiter le réchauffement climatique, mais ils ne peuvent remplacer une diminution radicale des émissions de CO2.

Ce texte fait partie du cahier spécial Environnement

Les forêts jouent un rôle significatif dans la lutte contre les changements climatiques, mais elles en subissent également les effets. Deux récentes études menées au Québec aident à mieux comprendre ces dynamiques.

Les arbres absorbent tout au long de leur vie le CO2présent dans l’atmosphère. Ils séparent ensuite le carbone de l’oxygène, conservant le premier dans leurs racines, leur tronc et leurs branches et relâchant le second dans l’atmosphère. Or, le CO2 représente les trois quarts des émissions annuelles de gaz à effet de serre (GES). Planter des arbres et préserver les forêts sont ainsi généralement perçus comme des moyens de lutter contre les émissions de CO2, et donc contre les changements climatiques.

Mais quel impact ont réellement ces puits naturels de carbone ? Le chercheur Damon Matthews, professeur au Département de géographie, d’urbanisme et d’environnement de l’Université Concordia, s’est penché sur cette question. « Le stockage naturel de carbone a la particularité d’être habituellement temporaire, puisque la déforestation et les feux de forêt provoquent éventuellement le relâchement du carbone dans l’atmosphère, souligne-t-il. Nous voulions donc évaluer l’impact à long terme de ces structures naturelles sur le réchauffement climatique en tenant compte de cet aspect. »

Pas une solution miracle

 

Son équipe a effectué des projections en fonction de différents scénarios d’émissions de CO2 en postulant que les puits naturels retiendraient le carbone jusqu’en 2050 avant de le relâcher. Les résultats montrent que si les émissions de CO2 continuent d’augmenter, même de manière modérée, au cours des prochaines décennies avant de commencer à diminuer, le stockage temporaire du carbone ne pourra que retarder de quelques années l’inévitable croissance des températures moyennes jusqu’à 3 degrés ou plus à la fin du siècle.

Par contre, si les pays réduisent rapidement leurs émissions et réussissent à parvenir à la neutralité carbone d’ici 2050, comme le prévoit l’Accord de Paris signé en 2015 à la COP21, les structures naturelles d’élimination du carbone gagneront en efficacité. Elles contribueraient alors à une baisse du sommet des températures, ce qui aiderait à atteindre l’objectif de l’Accord de Paris de limiter la hausse à un niveau inférieur à 2 degrés.

« La recherche démontre que la capture naturelle du carbone peut jouer un rôle positif dans la lutte contre les changements climatiques, mais qu’elle ne peut en aucun cas remplacer une diminution radicale des émissions de CO2 », note Damon Matthews.

Le récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) reconnaît que même si nous réduisons drastiquement nos émissions de GES, nous devrons mettre en œuvre des techniques d’élimination du dioxyde de carbone, dont la capture naturelle du CO2, pour nous rendre à la neutralité carbone.

Pousser au soleil

 

Les forêts sont par ailleurs elles-mêmes déjà affectées par les changements climatiques. Emmanuel Amoah Boakye, doctorant de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, s’est intéressé de près à l’impact des variations climatiques sur la forêt boréale mixte, qui représente une zone de transition entre la forêt tempérée du sud-est du Canada et la forêt boréale du nord.

Il a analysé les données de croissance de deux variétés d’arbres, soit le pin gris et le peuplier faux-tremble, qui portent sur près de deux siècles. Cela lui a permis de constater que le peuplier faux-tremble grandissait plus rapidement en raison du réchauffement de la température moyenne, alors que la croissance du pin gris, un arbre plus habitué aux températures basses, n’en souffre pas trop, mais n’en profite pas non plus.

« La recherche a démontré que l’effet des variations climatiques diffère d’une essence d’arbre à l’autre, mais surtout que la croissance est très influencée par les conditions locales dans lesquelles poussent les arbres, comme l’humidité, le degré de compétition avec d’autres arbres ou des facteurs de perturbation, comme la présence d’insectes ravageurs », souligne le chercheur.

Des essences vulnérables

 

Emmanuel Amoah Boakye a publié récemment un article sur l’impact des insectes ravageurs sur la croissance des arbres dans la revue scientifique Ecology and Evolution. Il y révèle les résultats d’une recherche qui porte sur plus de 2000 arbres de 5 essences différentes présents dans les forêts mixtes boréales de l’ouest du Québec. Ceux-ci montrent que le taux de croissance des deux essences d’arbre qui servent d’hôtes à la tordeuse des bourgeons de l’épinette a diminué entre 1967 et 1991, alors qu’il a augmenté pour les trois autres essences non hôtes.

« Ainsi, si les changements climatiques favorisent des épidémies d’insectes ou l’arrivée de nouvelles espèces d’insectes ravageurs, cela pourrait grandement réduire l’impact généralement positif de la hausse des températures sur la croissance des arbres », prévient le chercheur.

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