«C’est insuffisant d’avoir un écologiste comme ministre de l’Environnement», dit Laure Waridel

La militante sociale et environnementaliste Laure Waridel a participé à la fondation d’Équiterre en 1993 en compagnie notamment de Steven Guilbeault, le ministre fédéral de l’Environnement et du Changement climatique, qui a donné le feu vert au projet Bay du Nord mercredi.
Photo: Julie Durocher La militante sociale et environnementaliste Laure Waridel a participé à la fondation d’Équiterre en 1993 en compagnie notamment de Steven Guilbeault, le ministre fédéral de l’Environnement et du Changement climatique, qui a donné le feu vert au projet Bay du Nord mercredi.

Cofondatrice d’Équiterre en compagnie de Steven Guilbeault, Laure Waridel ne mâche pas ses mots pour dénoncer l’approbation du mégaprojet pétrolier Bay du Nord. Elle affirme que le gouvernement Trudeau a pris « une décision insensée » qui risque de discréditer le ministre fédéral de l’Environnement et du Changement climatique.

« C’est une aberration », laisse tomber l’écosociologue en entrevue au Devoir, en dénonçant le feu vert donné mercredi par le ministre Steven Guilbeault au projet de la multinationale norvégienne Equinor. L’entreprise pourra donc forer 60 puits pour exploiter au moins 300 millions de barils de pétrole au large des côtes de Terre-Neuve, dans une zone reconnue par l’ONU pour son importance écologique.

« Approuver un tel projet tout juste après avoir présenté un plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans lequel il y avait de l’espoir, c’est une insulte à notre intelligence et à notre engagement citoyen. Nous luttons contre une industrie qui a des moyens gigantesques pour faire plier les gouvernements. Et ce qu’on nous dit, c’est que leur message est plus important que le nôtre et que leurs profits à court terme sont plus importants que l’avenir de nos enfants », déplore Mme Waridel.

« Ce que je trouve le plus indécent, le plus choquant et le plus triste, c’est que je sais que Steven le sait. Il suit les négociations climatiques et il est au fait de la science du climat depuis plusieurs années. Je ne sais pas par quel biais cognitif il parvient à légitimer une telle décision », ajoute celle qui connaît le ministre depuis longtemps. « Je ne sais pas comment il se sent, mais personnellement, je suis très attristée, très en colère et très déçue. »

Laure Waridel, qui a participé à la fondation d’Équiterre en 1993 en compagnie notamment de Steven Guilbeault, estime qu’« il a contribué énormément à un éveil aux questions environnementales au Québec ». Elle croit aussi que l’élu libéral a, du temps de son militantisme, « donné le goût de l’engagement à beaucoup de gens ». Selon elle, son passage en politique active a été motivé par le goût de « faire avancer les choses » en faveur de la protection de l’environnement.

Ce que je trouve le plus indécent, le plus choquant et le plus triste, c’est que je sais que Steven le sait. Il suit les négociations climatiques et il est au fait de la science du climat depuis plusieurs années. Je ne sais pas par quel biais cognitif il parvient à légitimer une telle décision.

 

Dans ce contexte, la déception est d’autant plus grande aujourd’hui. « Malgré sa grande compréhension des enjeux, on le voit finalement être pris dans la machine. Je ne lui en veux pas comme personne, mais j’en veux à l’hypocrisie et à l’incohérence du système, à la capacité de nous manipuler », souligne-t-elle. « C’est un moment très triste pour l’histoire du mouvement environnemental au Canada et au Québec. »

Discrédit

 

Le ministre Steven Guilbeault a eu beau répéter que l’approbation du projet Bay du Nord était cohérente avec le plan canadien de lutte contre la crise climatique, mais aussi que la pétrolière Equinor devrait atteindre la « carboneutralité » à l’horizon 2050, Laure Waridel n’y croit tout simplement pas. « Ça vient lui enlever de la légitimité pour ses prochaines interventions, par exemple pour dire au Québec de mieux protéger les caribous. Je pense que ça le discrédite et que ça discrédite le gouvernement fédéral. J’ai entendu tout son discours qui justifie la décision, mais je continue à penser que c’est inacceptable. »

Le feu vert du fédéral, intervenu deux jours après la publication d’un nouveau rapport particulièrement alarmant du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat, risque en outre d’alimenter le désespoir et le cynisme de plusieurs, notamment chez les jeunes, croit Laure Waridel, cofondatrice du mouvement Mères au front. « Il faut donc utiliser cela pour se mobiliser davantage, parce que c’est insuffisant d’avoir un écologiste comme ministre de l’Environnement. »

« Je comprends que les écologistes soient fâchés, car c’était un symbole important pour eux », a dit jeudi matin le ministre Guilbeault en entrevue à l’émission Tout un matin, sur les ondes de Radio-Canada. « Je ne suis pas venu en politique pour annoncer des projets pétroliers », a-t-il ajouté, tout en rappelant que le projet Bay du Nord représente seulement 20 % de la hausse de production attendue au Canada.

Au début de 2021, le gouvernement Trudeau a aussi autorisé 40 forages exploratoires au large de Terre-Neuve. Ces projets pourraient mener à des projets d’exploitation commerciale après 2030. Equinor a obtenu l’autorisation de réaliser 12 forages exploratoires dans une zone associée au très important secteur de pêche des Grands Bancs de Terre-Neuve.

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