Feu vert d’Ottawa pour des travaux de protection de l’habitat de la rainette

La rainette faux-grillon a perdu plus de 90% de son habitat au Québec, surtout en raison de l’étalement urbain.
Photo: Robin Arnold Getty Images La rainette faux-grillon a perdu plus de 90% de son habitat au Québec, surtout en raison de l’étalement urbain.

Le gouvernement Trudeau a finalement donné l’autorisation à la Ville de Longueuil de mener des travaux urgents pour tenter de préserver un des derniers habitats de la rainette faux-grillon au Québec. Ce milieu humide a été en bonne partie détruit pour construire une rue, avec l’approbation du gouvernement Legault.

Le Devoir révélait jeudi que la Ville de Longueuil attendait depuis quatre mois le feu vert du ministère fédéral de l’Environnement pour mener des travaux afin de sauvegarder ce qu’il reste d’un habitat de la rainette faux-grillon qui a été sévèrement endommagé par le prolongement du boulevard Béliveau.

Vendredi, le gouvernement Trudeau a finalement autorisé les travaux, selon les informations obtenues par Le Devoir. Ceux-ci ont eu lieu dimanche matin. Concrètement, la Ville veut ainsi stopper le drainage du secteur en bloquant des infrastructures — soit huit puisards — qui avaient été mises en place au moment du prolongement du boulevard Béliveau, à l’automne 2021.

Décret d’urgence

Ce projet d’expansion d’un secteur résidentiel, qui avait été réalisé grâce aux autorisations obtenues auprès du ministère de l’Environnement du Québec, a été stoppé en novembre dernier par un « décret d’urgence » du ministère fédéral de l’Environnement, dans la foulée d’une action en justice pilotée par le Centre québécois du droit de l’environnement. Le décret a été pris en vertu des dispositions de la Loi sur les espèces en péril, qui interdit de détruire l’habitat essentiel identifié pour une espèce menacée.

Mais cet arrêt imposé par le fédéral ne suffit pas. Il fallait mener des travaux afin d’éviter le drainage du site et la propagation de contaminants. Au plus tard, les travaux devaient être terminés avant la fonte des neiges, afin d’éviter l’assèchement du milieu humide et de nuire à la période de reproduction du petit batracien, qui débute en avril. La nouvelle administration de la mairesse Catherine Fournier avait promis d’agir dès le mois de novembre 2021.

Pour le directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Québec (SNAP), Alain Branchaud, il aurait été nécessaire d’agir il y a de cela plusieurs mois, comme le recommandait d’ailleurs son organisme. « La cicatrice du boulevard Béliveau va altérer l’hydrologie de surface, ce qui risque de perturber la reproduction de l’espèce, qui doit débuter en avril. Les travaux auraient pourtant pu être faits avant la fin de 2021 », fait valoir le biologiste. Selon lui, il n’est toutefois pas trop tard pour sauver l’habitat, à condition d’agir dès maintenant.

Boulevard à parachever

Une fois que les travaux prévus pour tenter de préserver les éléments restants de l’habitat de la rainette dans le secteur seront terminés, la Ville de Longueuil entend parachever le boulevard Béliveau, qui traverse ce secteur fragile. La raison invoquée est que les travaux seraient déjà achevés « à 75 % », selon la Ville.

On promet toutefois d’adapter le projet routier aux mesures de protection de la rainette. Des couloirs seraient notamment construits sous la route, afin de permettre le passage de ce batracien d’à peine quelques centimètres de grosseur. La Ville a aussi décidé d’annuler le projet de construction de résidences qui était prévu dans le secteur.

La cicatrice du boulevard Béliveau va altérer l’hydrologie de surface, ce qui risque de perturber la reproduction de l’espèce, qui doit débuter en avril

 

La rainette faux-grillon a déjà perdu plus de 90 % de son habitat au Québec, surtout en raison de l’étalement urbain. Dans un bilan des « menaces » daté de mars 2021, les experts du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) tirent la sonnette d’alarme en soulignant que moins de 25 % des populations de rainette faux-grillon présentes au Québec seront en mesure de survivre, à moins qu’un frein soit mis aux menaces grandissantes, dont l’étalement urbain.

Dans un avis faunique produit sur le projet de prolongement du boulevard Béliveau, à Longueuil, des experts du MFFP avaient souligné que ce nouveau tronçon de rue détruirait « un point de passage névralgique » et des « habitats de reproduction » de l’espèce qui sont « particulièrement actifs », et ce, au cœur d’un site désigné comme « habitat essentiel ».

Cet avis des experts du gouvernement du Québec n’a pas été pris en compte par le ministère de l’Environnement du Québec. Ce dernier a plutôt choisi d’aider la Ville de Longueuil à éviter cet avis en utilisant les dispositions inscrites dans la Loi sur la qualité de l’Environnement depuis sa refonte, en 2018.

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