Ottawa ne peut pas limiter la production pétrolière au Canada, affirme Steven Guilbeault

Le ministre Steven Guilbeault a été interpellé bruyamment vendredi par des manifestants qui réclament le rejet du projet d’exploitation pétrolière Bay du Nord.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre Steven Guilbeault a été interpellé bruyamment vendredi par des manifestants qui réclament le rejet du projet d’exploitation pétrolière Bay du Nord.

Le gouvernement Trudeau s’est fixé des objectifs « ambitieux » de réduction des émissions de gaz à effet de serre et il investira des dizaines de milliards de dollars pour les atteindre. Il ne pourra toutefois pas imposer de limite à la production de l’industrie pétrolière et gazière, affirme le ministre fédéral de l’Environnement.

La Constitution canadienne ne permet tout simplement pas à Ottawa d’agir en ce sens, dit Steven Guilbeault, qui doit rendre dans quelques jours une décision sur le mégaprojet pétrolier Bay du Nord.

« Du point de vue de la Constitution, la production et l’utilisation des ressources naturelles sont de compétence provinciale. Là où nous pouvons intervenir, c’est sur la pollution. La Cour suprême l’a réaffirmé dans le jugement sur la tarification sur le carbone. Alors, on intervient là où on peut intervenir, dans nos champs de compétence », a-t-il fait valoir dans le cadre d’une rencontre organisée vendredi à Montréal et à laquelle participaient Le Devoir, La Presse et Radio-Canada.

Dans son nouveau plan de réduction des GES d’ici 2030, le gouvernement Trudeau s’est donné comme objectif de réduire les émissions des industries pétrolière et gazière de 42 % par rapport au niveau de 2019. Comme le fédéral ne peut agir sur la production, il a choisi de miser sur l’augmentation de la taxe carbone, qui est passée vendredi à 50 $ la tonne et qui doit atteindre 170 $ en 2030. Une réglementation plus sévère sur les émissions de méthane doit aussi permettre de réduire les GES, en plus de l’imposition d’un « plafond » sur les émissions du secteur qui reste à préciser au cours des prochains mois.

Steven Guilbeault estime d’ailleurs que les mesures libérales sont « radicales » dans le contexte canadien. « C’est passablement radical, pour un des plus grands pays producteurs de pétrole et de gaz dans le monde, de dire : nous avons déjà une des tarifications carbone les plus sévères et nous serons, à l’horizon 2030, parmi les États où le prix sur la pollution sera le plus élevé », a fait valoir le ministre.

« Je pense donc qu’on fait preuve de beaucoup d’ambition, mais je suis d’accord avec ceux et celles qui disent qu’il faut en faire plus et aller plus vite. Je pense que le plan que nous avons présenté cette semaine fait exactement ça », a-t-il ajouté.

Exploitation pétrolière

 

De passage à la Maison du développement durable pour y rencontrer des groupes de défense de l’environnement, M. Guilbeault a été interpellé par de jeunes manifestants qui réclament le rejet du mégaprojet pétrolier Bay du Nord. Le gouvernement Trudeau doit annoncer au cours des prochains jours s’il autorise l’extraction de centaines de millions de barils de pétrole au large des côtes de Terre-Neuve-et-Labrador lors des prochaines décennies. La zone ciblée par la pétrolière norvégienne Équinor est aussi reconnue pour sa biodiversité.

« Les incendies, inondations et vagues de chaleur qu’on vit au Canada ne sont que le début des effets dévastateurs des changements climatiques. Bay du Nord produira jusqu’à un milliard de barils de pétrole, contribuant encore plus à cette crise. Nous avons besoin d’une transition juste, pas d’un autre projet pétrolier », a fait valoir Shirley Barnea, co-porte-parole du mouvement Pour le futur Montréal.

Steven Guilbeault a accepté de rencontrer des représentants des manifestants, en leur répétant que la décision n’a pas encore été prise. « En tant qu’activiste environnemental depuis mon plus jeune âge, j’applaudis ces jeunes pour leur engagement et leur dévouement. La voix de la jeunesse doit être un élément important du discours public », a-t-il précisé par la suite dans une déclaration écrite.

Sans se prononcer sur le projet Bay du Nord lors de la rencontre avec les médias, le ministre a souligné que l’Agence internationale de l’énergie prévoit une consommation mondiale quotidienne de 25 millions de barils de pétrole en 2050, au moment où les pays devront pourtant avoir atteint la carboneutralité pour éviter le naufrage climatique.

L’industrie canadienne espère pouvoir répondre en partie à cette demande. Terre-Neuve souhaite notamment doubler sa production pétrolière en milieu marin après 2030, pour atteindre 235 millions de barils par année. « Qu’on produise plus ou moins, ce qui est important, au niveau de l’atmosphère, ce sont les émissions », a relativisé le ministre Guilbeault vendredi.

Au-delà du secteur des énergies fossiles, qui est actuellement le premier émetteur de GES au pays, le gouvernement Trudeau souhaite transformer le secteur des transports grâce à l’électrification et au développement des transports collectifs. « Je ne pense pas que l’électrification des transports est la solution, mais elle fait partie des solutions. C’est pour ça qu’on investit 30 milliards de dollars dans les transports collectifs », a souligné le ministre fédéral de l’Environnement.

Ce dernier a par ailleurs dit vouloir transformer le discours autour de la lutte contre la crise climatique. « La crainte des impacts des changements climatiques a mené à une certaine paralysie. Les gens voient cela comme quelque chose de trop gros. Je pense qu’on n’a pas assez mis l’accès sur les bienfaits de l’action climatique. Je ne crois pas que ce soit un sacrifice d’avoir des villes avec moins de pollution et plus de transports collectifs, où il va y avoir plus d’infrastructures de transport actif. »

« Il faut montrer aux gens qu’on peut le faire et il faut leur donner l’espoir qu’on peut y arriver. »

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