Pas d'évaluation environnementale prévue pour le projet Ray-Mont Logistiques

Porte-parole de la mobilisation citoyenne contre Ray-Mont Logistiques, Anaïs Houde observe le site du projet, qui a déjà été en bonne partie asphalté par le promoteur.
Jacques Nadeau Le Devoir Porte-parole de la mobilisation citoyenne contre Ray-Mont Logistiques, Anaïs Houde observe le site du projet, qui a déjà été en bonne partie asphalté par le promoteur.

Alors que l’entreprise Ray-Mont Logistiques relance la construction de son projet industriel aux limites d’un secteur résidentiel de l’est de Montréal, le gouvernement Legault ne sait toujours pas s’il sera soumis à une évaluation environnementale. Le promoteur, qui n’a pas encore demandé toutes les autorisations nécessaires, fait face à l’opposition d’élus, de commerçants et de citoyens d’Hochelaga-Maisonneuve.

Ray-Mont Logistiques a relancé cette semaine les travaux de construction de son projet de transbordement de conteneurs, en soulignant que cela était obligatoire pour respecter la réglementation de la Ville de Montréal, qui lui a accordé les autorisations nécessaires.

 

L’entreprise compte donc poursuivre les travaux sur le site situé près du port de Montréal, au nord de la rue Notre-Dame et à l’est de la rue Viau. C’est là qu’elle entend construire une plateforme intermodale (qui permettrait de faire passer les conteneurs des camions aux wagons) qui serait en activité tous les jours, 24 heures sur 24. La plateforme comprendrait aussi l’empilement d’un maximum de 10 000 conteneurs sur le site, en vue de leur exportation par navires, et un millier de passages de camions chaque jour.

Est-ce que les travaux à venir ont reçu toutes les autorisations nécessaires ? Ray-Mont Logistiques affirme qu’ils « sont conformes à la réglementation et à la législation applicables. Ils ont obtenu les permis requis par les autorités compétentes ».

Au cabinet du ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charette, la réponse était moins claire vendredi. « Notre ministère est actuellement en discussions avec l’entreprise dans le but de mieux comprendre le détail des travaux qu’elle souhaite amorcer et les autorisations qui seraient nécessaires pour aller de l’avant. »

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

On précise que pour le moment, les opérations se limiteraient à « l’entreposage de conteneurs » sur le site, ce qui ne nécessiterait pas d’autorisation supplémentaire. « Une vérification des activités sur le site aura lieu dans les prochains jours pour prendre la mesure des travaux amorcés. Aucun moyen ne sera écarté pour s’assurer de faire respecter les lois et règlements en matière d’environnement », ajoute le cabinet du ministre.

Évaluation environnementale

 

Est-ce que le ministre entend soumettre ce projet industriel, l’un des plus importants des dernières années à Montréal, à une évaluation environnementale ? Le cabinet de M. Charette se contente de répéter que le ministère de l’Environnement n’a toujours pas reçu de nouvelle demande d’autorisation concernant le projet de plateforme intermodale de transbordement. « Puisqu’aucune demande n’a été déposée, il n’est pas possible pour le moment d’établir quelles autorisations environnementales seraient nécessaires pour sa réalisation. »

Le promoteur a déjà obtenu des autorisations du gouvernement pour plusieurs étapes essentielles à la réalisation de ce projet. Ray-Mont Logistiques a donc pu mener des travaux d’asphaltage sur le site, où des citoyens du secteur et des élus souhaitaient implanter un « parc nature » qui serait lié à un boisé situé plus au nord. L’entreprise peut aussi construire les voies ferrées nécessaires au projet et utiliser des sols contaminés pour construire un « mur écran » situé du côté du secteur résidentiel, qui est à environ 100 mètres du futur site industriel.

Le ministère de l’Environnement a toutefois confirmé au Devoir que Ray-Mont Logistiques n’a pas encore demandé ni obtenu l’autorisation nécessaire pour construire la « plateforme intermodale ». Or, la construction de cette plateforme pourrait être assujettie à « l’obtention préalable d’une autorisation » en vertu de la Loi sur la qualité de l’environnement (LQE).

Le ministre Benoit Charette pourrait donc, à ce moment, assujettir le projet à la procédure d’évaluation environnementale prévue dans la législation. Pour cela, le ministre doit déterminer que les enjeux environnementaux que peut susciter le projet sont majeurs et que les préoccupations du public le justifient.

Selon un avocat déjà consulté de façon anonyme par Le Devoir, la contestation soulevée dans le secteur du projet de Ray-Mont Logistiques pourrait justifier le déclenchement d’une telle procédure, d’autant plus que le projet pourrait avoir des répercussions sur la qualité de l’air du secteur et sur la pollution sonore.

Projet dénoncé

 

Vendredi matin, des élus, des commerçants et des citoyens du secteur ont d’ailleurs exhorté le gouvernement Legault à agir dans ce dossier. « Ce n’est pas le genre de développement qu’on souhaite dans notre quartier », a fait valoir la députée fédérale d’Hochelaga, Soraya Martinez Ferrada, en soulignant l’opposition du gouvernement Trudeau au projet de Ray-Mont Logistiques.

« Le gouvernement du Québec est isolé. Il ne manque que le gouvernement du Québec à la table », a ajouté le député solidaire d’Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc, en déplorant « les nuisances » que le projet imposerait au quartier.

Pour la présidente de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement, Claudel Pétrin-Desrosiers, Ray-Mont Logistiques est un projet incohérent dans un contexte de lutte contre les impacts de la crise climatique. Elle a ainsi rappelé que le plus récent rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) a mis en lumière la nécessité de mettre en place des mesures d’adaptation aux effets du réchauffement.

« Dans un quartier comme Hochelaga, dans une ville comme Montréal, aucune décision ne devrait se prendre sans considérer ces éléments », a-t-elle insisté. Cette adaptation passe par « le verdissement » des grandes villes, alors que le projet industriel créera au contraire « un imposant îlot de chaleur ». Qui plus est, l’opposition des citoyens du quartier risque de provoquer « des impacts psychosociaux » si le projet va de l’avant. « Je ne vois aucun justificatif pour que ce projet voie le jour. »

En plus du projet industriel de stockage et de transport de conteneurs, le secteur du site de Ray-Mont Logistiques pourrait être le point de passage du futur REM de l’Est. La Ville de Montréal a également prévu d’investir 108 millions de dollars dans un projet routier devant notamment faciliter le camionnage pour le port de Montréal. Le tracé de cette nouvelle route doit passer à l’est du site.

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