Le Québec reste embourbé dans l’échec climatique

À l’horizon 2020, le gouvernement québécois espérait pouvoir réduire les émissions de GES de la province de 20% par rapport à leur niveau de 1990. Les plus récentes données disponibles démontrent toutefois qu’elles ont reculé d’à peine 2,7% en près de 30 ans.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À l’horizon 2020, le gouvernement québécois espérait pouvoir réduire les émissions de GES de la province de 20% par rapport à leur niveau de 1990. Les plus récentes données disponibles démontrent toutefois qu’elles ont reculé d’à peine 2,7% en près de 30 ans.

Le Plan d’action climatique du gouvernement du Québec a beau avoir coûté des milliards de dollars sur sept ans, les résultats ont été « consternants », conclut la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal. Et la nouvelle stratégie québécoise de réduction des émissions de gaz à effet de serre reproduit plusieurs des éléments qui ont conduit à cet échec, ce qui augure mal pour les années à venir.

À l’horizon 2020, le gouvernement du Québec espérait pouvoir réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la province de 20 % par rapport à leur niveau de 1990. Les plus récentes données disponibles, soit celles de 2019, démontrent toutefois que les émissions ont reculé d’à peine 2,7 % en près de 30 ans.

Une partie de cet échec découle des piètres résultats du Plan d’action sur les changements climatiques 2013-2020 (PACC), selon ce qui se dégage d’une analyse qui sera publiée jeudi par la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal.

Un tel « bilan global » n’a toujours pas été publié par le gouvernement du Québec, mais celui dressé dans le rapport offre le portrait le plus complet disponible à ce jour. Le Devoir a pu obtenir le document sous embargo.

Des dépenses de 5,8 milliards

Concrètement, malgré des « dépenses réelles cumulées » de 5,8 milliards de dollars dans le cadre du PACC, dont 4,6 milliards dans des « actions » liées à des réductions de GES, celui-ci a permis de réduire les émissions de seulement 1,78 million de tonnes (Mt) sur une base annuelle. Il s’agit d’une « contribution » de 13 % à l’atteinte de l’objectif de réduction des GES à l’horizon 2020.

« Si ces actions n’ont jamais directement visé à réduire les GES de 15 Mt [pour atteindre l’objectif de 2020], leur objectif était tout de même d’atteindre 2,6 Mt. Elles ont donc largement échoué à atteindre leur objectif, alors que leur contribution attendue était elle-même bien en deçà de la cible québécoise », peut-on lire dans le document de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal.

Tout en affirmant qu’il est « laborieux » de dresser le bilan des actions du PACC « en raison de l’éparpillement de l’information », le document souligne que la réduction de 1,78 Mt est « fort probablement surévaluée à cause d’une fiabilité très douteuse des résultats ». « L’évaluation des actions du PACC a en effet souffert d’enjeux de fiabilité : les résultats sont souvent ni vérifiés ni standardisés, ou encore des réductions ont eu lieu en dehors du Québec », déplorent les auteurs, Johanne Whitmore, Pierre-Olivier Pineau et Jacques Harvey.

Malgré ces problèmes d’accès à l’information, ils ont pu constater qu’à peine 27 des 203 actions et sous-actions du PACC ont permis de réduire ou d’éviter des émissions de GES. Cinq actions ont contribué à 80 % des réductions d’émissions du PACC. On y compte notamment les programmes « Écoperformance industriel » (370 000 tonnes), « Rouler vert », y compris les bornes de recharge (220 000 tonnes), « Rénovert » (170 000 tonnes) et « Chauffez vert » (170 000 tonnes).

Des erreurs répétées ?

Même si le PACC s’est avéré largement inefficace en matière de lutte contre les bouleversements climatiques, le gouvernement a décidé de reconduire « au moins » 13 des actions du PACC visant la réduction des GES dans le Plan pour une économie verte 2030 (PEV), tout « en augmentant leur budget d’environ 290 % », selon la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal.

Or, « rien dans ce qui a été fait depuis l’abolition du Conseil de gestion du Fonds vert (CGFV) [en 2020] ne laisse croire qu’une plus grande transparence et une plus grande efficacité dans ces actions sont ou seront présentes ». Le conseil mis en place en 2017 avait révélé que seulement 71 des 185 actions du PACC devaient être maintenues ; le gouvernement Legault a aboli le CGFV en 2020.

Le ministre de l’Environnement est alors redevenu responsable du Fonds vert, qui a été remplacé par le Fonds d’électrification et des changements climatiques. Un « comité consultatif » a aussi été mis en place.

Malgré ces mesures gouvernementales et les 6,7 milliards de dollars prévus d’ici 2026 dans le PEV, le rapport d’analyse qui est publié ce jeudi estime que le Québec se dirige vers un nouvel échec. « Il est en fait possible de croire que des résultats similaires seront obtenus avec le PEV 2030, étant donné que les meilleures pratiques en efficacité énergétique, en gestion de l’énergie et en réduction des émissions de GES ne sont pas mises de l’avant. »

Selon les prévisions du gouvernement Legault, le Québec devrait être en mesure d’atteindre la cible de réduction des GES de 2030, soit un recul de 37,5 % par rapport à 1990. Les mesures annoncées jusqu’à présent avec le PEV devraient permettre de réduire les émissions de GES de 12 Mt, soit environ 40 % de la cible à atteindre en 2030.

Mais Pierre-Olivier Pineau juge que ces chiffres sont trop optimistes. « Sur la base de la performance du PACC, le PEV devrait livrer au mieux 50 % des 12 Mt prévues, soit 6 Mt, sur une base annuelle. Il faut vraiment prévoir des actions supplémentaires radicalement différentes, mais aussi une gouvernance et un suivi autrement plus sérieux que ce qui a été mis en œuvre à ce jour », prévient-il.

L’analyse suggère donc de mettre en œuvre des mesures qui permettront de « réduire les déplacements motorisés » et d’améliorer « l’efficacité des véhicules ». Dans le secteur industriel, des « plans de décarbonation » s’imposent, tandis qu’il serait important d’imposer une « hausse progressive des normes de consommation énergétique et d’émission des bâtiments ».

Les émissions de GES, selon le bilan de 2019

Transports 36,52 millions de tonnes

Industries 24,8 millions de tonnes

Résidentiel, commercial et institutionnel 8,42 millions de tonnes

Agriculture 7,78 millions de tonnes

 

À voir en vidéo