La cause de l’eau la «plus pure au monde» se rend à Ottawa

Plus de 500 personnes demandent au fédéral de protéger les cours d’eau à Tiny, sur le bord de la baie Géorgienne.
Photo: Cole Burston Le Devoir Plus de 500 personnes demandent au fédéral de protéger les cours d’eau à Tiny, sur le bord de la baie Géorgienne.

La Franco-Ontarienne Bonnie Pauzé, une résidente de la municipalité de Tiny, située sur le bord de la baie Géorgienne en Ontario, se réjouit de voir son combat pour la protection de l’eau sur son terrain — la plus pure au monde, selon certains experts — se transporter à la colline du Parlement à Ottawa.

Plus de 500 personnes ont jusqu’à présent signé une pétition demandant au gouvernement canadien de protéger les eaux des hautes terres de Simcoe, le comté qui englobe Tiny, afin de permettre des recherches sur leurs qualités. Ces eaux sont menacées par l’extraction d’agrégats, clament des résidents de la région. Bien que la pétition ne le spécifie pas explicitement, plusieurs souhaitent que l’un des trois ordres de gouvernement interrompe pendant au moins cinq ans l’extraction d’agrégats à la carrière Teedon, près de la demeure de Bonnie Pauzé, le temps que l’eau soit analysée.

La pétition a été autorisée par le député conservateur de la région, Adam Chambers. « Le fait que le député de la région l’autorise, c’est encore mieux », lance Mme Pauzé. Il n’est pas obligatoire que le député qui autorise une pétition soit celui qui représente la circonscription du pétitionnaire. Une pétition doit amasser au moins 500 noms afin de pouvoir être présentée en Chambre.

« Les politiciens ont plus à gagner s’ils peuvent dire qu’ils ont l’eau la plus pure au monde dans leur circonscription, que de dire qu’ils ont des carrières d’agrégats », affirme Bonnie Pauzé. « Ça nous permettrait d’être connus à travers le monde », poursuit-elle.

« Si on pouvait fermer la carrière Teedon, ce serait super », s’exclame Beth Brass Elson, une membre de la Première Nation de Beausoleil, qui milite pour la protection de l’eau. Pendant que certaines Premières Nations du nord de l’Ontario n’ont pas accès à de l’eau potable, cette eau est utilisée pour laver des agrégats, fait-elle remarquer.

Études incomplètes

 

Le spécialiste des ressources renouvelables Michael Powell fait partie d’un groupe d’experts qui cherche à mieux comprendre la qualité de l’eau de la région. La pétition, explique le professeur de l’Université de l’Alberta, est « extrêmement importante ». « Elle ajoute de l’essence dans le réservoir », ajoute-t-il. L’interruption de l’extraction à la carrière Teedon, à moins d’un kilomètre de chez Bonnie Pauzé, permettrait d’avoir un accès complet à French’s Hill, une colline boisée qui agirait comme filtre naturel pour l’eau.

La compagnie Dufferin Aggregates, qui opère la carrière Teedon, souhaite étendre ses opérations, ce qui empiéterait sur la colline. La cause sera entendue par le Tribunal ontarien de l’aménagement du territoire en janvier 2023.

Mais Michael Powell assure que les recherches pourraient tout de même avoir lieu si la carrière continue d’être exploitée. Les résultats obtenus dans le cadre de sa recherche — pour laquelle le chercheur et son équipe soumettront bientôt une demande de financement au Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada — pourraient par contre être altérés.

Des recherches hydrogéologiques ont été réalisées par des firmes privées pour le compte de compagnies comme Dufferin Aggregates pour obtenir des permis d’extraction. Mais Michael Powell estime que ces rapports ne démontrent pas que l’extraction n’aurait pas de répercussions sur la qualité ou la quantité d’eau dans la municipalité de Tiny.

Dans sa pétition à la Chambre des communes, le pétitionnaire Erik Schomann — un militant de Tiny — propose notamment au gouvernement fédéral de se servir de la Loi sur les ressources en eau du Canada pour protéger la source d’eau. Selon Mark S. Winfield, professeur en sciences environnementales à l’Université de York, la loi ne permet par contre pas directement d’empêcher un projet d’extraction d’agrégats. La protection de sources d’eau en vertu de cette loi est aussi conditionnelle à une entente entre le gouvernement fédéral et une province, ce qui n’a pas encore été fait dans ce dossier.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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