Minerai de fer Québec pourra stocker ses résidus dans des lacs

Minerai de fer Québec détruira des lacs et des milieux humides pour stocker des résidus miniers jusqu’en 2040.
Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Minerai de fer Québec détruira des lacs et des milieux humides pour stocker des résidus miniers jusqu’en 2040.

Le gouvernement du Québec a tranché : Minerai de fer Québec pourra détruire des lacs, des milieux humides et d’autres cours d’eau pour y stocker des centaines de millions de tonnes de résidus miniers au cours des prochaines années. L’évaluation environnementale de ce projet, qui est associé à l’expansion de la mine de fer du lac Bloom, concluait pourtant que celui-ci ne devait pas être approuvé.

L’information, publiée d’abord dans La Presse lundi matin, a été confirmée au Devoir par une source bien au fait du dossier. Malgré un rapport très critique du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), le gouvernement Legault a décidé d’autoriser le projet d’expansion du parc de résidus de Minerai de fer Québec, une filiale de la minière australienne Champion Iron qui a racheté la mine de fer du lac Bloom avec l’aide d’Investissement Québec en 2016.

Depuis la publication du rapport du BAPE, en mars 2021, des modifications auraient été apportées au projet de stockage, qui est néanmoins demeuré semblable à ce qui avait été soumis au processus d’évaluation environnementale du Québec. Le gouvernement du Québec devrait aussi exiger une compensation financière pour la destruction des milieux naturels. La Presse évoquait lundi un montant estimé à 20 millions de dollars.

Lacs remblayés

L’entreprise espère poursuivre l’exploitation du gisement situé près de Fermont jusqu’en 2040, à raison de 15 millions de tonnes par année. Le minerai brut sera exporté par bateau à partir de Sept-Îles. Pour la durée de vie de la mine, l’entreprise évalue ses « besoins d’entreposage » de résidus miniers et de stériles à 1,3 milliard de tonnes, dont 872 millions qui devront être stockées dans de nouveaux sites localisés près de la fosse de la mine.

Or, la minière souligne que « l’espace terrestre disponible » est insuffisant. « Les différentes options étudiées dans le cadre de la variante terrestre ne seraient pas viables économiquement dans le cadre du projet », selon ce qu’on peut lire dans son étude d’impact de près de 5000 pages.

Contrairement à certains projets miniers, Minerai de fer Québec rejette l’idée de remplir progressivement la fosse avec les résidus. L’entreposage de résidus ou de stériles dans la fosse est « contre-indiqué dans les circonstances afin de ne pas mettre en péril l’exploitation d’une ressource potentiellement exploitable dans le futur », précise l’étude d’impact.

Rapport critique

Dans un rapport très critique, le BAPE concluait l’an dernier que la minière « devrait revoir son projet », puisqu’elle « n’a pas fait la démonstration que les solutions retenues pour la gestion des rejets miniers sont celles qui minimisent les impacts sur les milieux humides et hydriques ». Le rapport souligne ainsi que le stockage des 872 millions de tonnes de résidus détruirait notamment 151 hectares de lacs et de cours d’eau, dont un lac de 88 hectares.

Selon le BAPE, qui a recueilli les avis d’experts indépendants, « l’entreprise s’est imposé des critères parfois trop sévères, tels que la distance par rapport au site d’exploitation et la présence de minerai sous la fosse, pour éliminer des solutions de rechange pour la disposition de ses résidus miniers et des stériles ».

Parmi les options écartées « sans justification adéquate », le rapport mentionne le remblaiement de la fosse, comme cela se fait depuis plusieurs années pour les projets miniers au Québec.

Contrairement à la minière, le BAPE estime donc que « Minerai de fer Québec pourrait trouver une solution pour augmenter la capacité d’entreposage de ses résidus miniers et des stériles qui permettrait de minimiser son empreinte environnementale ». L’organisme est d’avis que « l’échéancier des travaux donnerait suffisamment de temps à l’initiateur pour qu’il mène les études additionnelles nécessaires à la révision des solutions de rechange ».

Décision dénoncée

Dans un communiqué publié lundi, des organismes environnementaux ont dénoncé la décision du gouvernement, qui devrait être annoncée officiellement sous peu. Ils ont pressé Québec de ne pas aller de l’avant, tout en adoptant un nouveau règlement qui « interdirait clairement » le remblaiement de cours d’eau pour stocker des résidus miniers.

« Cette décision irait totalement à l’encontre de l’avis même de nombreux experts indépendants qui proposaient des solutions de rechange pour éviter la destruction de lacs. Il ne faut pas, encore une fois, que Québec bulldoze la science et l’environnement au profit d’intérêts privés », a dénoncé la directrice générale d’Eau Secours, Rébecca Pétrin.

« Une telle décision discréditerait complètement la campagne de relations publiques que Québec et l’industrie déploient depuis des semaines à grands coups de millions en publicités pour verdir l’image de l’industrie », a souligné pour sa part Ugo Lapointe, de l’organisme Québec meilleur mine.

Le gouvernement du Québec n’interdit pas la destruction de lacs, de cours d’eau et de milieux humides pour y stocker des déchets miniers. En 2018, il a d’ailleurs autorisé la minière ArcelorMittal à augmenter la superficie de son parc de résidus miniers, lui aussi dans la région de Fermont. Il est envisagé d’y stocker 825 millions de tonnes de résidus d’ici 2045, pour un total de 1318 millions de tonnes entre 2014 et 2045.

Dans son rapport, le BAPE précise que ce projet entraînera « la destruction de 11 lacs, 15 étangs et 25 ruisseaux ». La minière a donc prévu un programme de « restauration » pour compenser la perte de milieux naturels.

 

Caribous dans la région ?

Le caribou forestier, une espèce menacée, est susceptible de fréquenter la région où se trouve la mine de fer du Lac Bloom. Mais la minière estime que son projet « n’aura pas un effet significatif » sur l’habitat du caribou, puisque « le taux actuel de perturbation de l’habitat du caribou forestier relié à des sources anthropiques est très élevé et que ce dernier évite déjà le secteur du projet ». Et même après une éventuelle restauration du site, « cette zone n’offrira possiblement pas les caractéristiques biophysiques pour répondre aux besoins d’habitat du caribou forestier, et ce, avant plusieurs décennies ».



À voir en vidéo