Étudiants et professeurs réclament la fin des investissements de l’Université de Montréal dans les énergies fossiles

LE Comité de désinvestissement tenait mercredi une mobilisation en faveur de leur campagne pour la fin des investissements dans le secteur pétrolier et gazier.
Jacques Nadeau Le Devoir LE Comité de désinvestissement tenait mercredi une mobilisation en faveur de leur campagne pour la fin des investissements dans le secteur pétrolier et gazier.

Des associations étudiantes et les professeurs de l’Université de Montréal pressent celle-ci de mettre un terme à ses investissements dans l’industrie des énergies fossiles, qui s’élèvent à 92,8 millions de dollars. La direction admet qu’elle n’a pas de politique de désinvestissement du secteur, mais elle fait valoir qu’elle s’est dotée d’objectifs climatiques pour les prochaines années.

« L’Université vante ses politiques de développement durable et ses programmes de science, tout en investissant dans les énergies fossiles », soulève Quentin Lehmann, étudiant et porte-parole du comité de désinvestissement, qui tenait mercredi un événement de mobilisation en faveur de leur campagne pour la fin des investissements dans le secteur pétrolier et gazier. L’action s’est déroulée sous la surveillance de la police et des services de sécurité de l’Université. Une pétition, qui comptait un peu plus de 4000 noms mercredi, a aussi été mise en ligne.

Même son de cloche du côté du Syndicat général des professeurs et professeures de l’Université de Montréal, qui a adopté en décembre une résolution en faveur du désinvestissement. « L’Université de Montréal est un établissement de recherche, notamment en science climatique. Il faut donc faire preuve d’honnêteté intellectuelle par rapport à ce qu’on sait des changements climatiques », affirme Sébastien Rioux, membre du bureau syndical.

Sables bitumineux

 

« Actuellement, nous n’avons pas de politique de désinvestissement du secteur des énergies fossiles pour le fonds de dotation, mais c’est un dossier qui reste à l’étude de manière continue », répond l’Université de Montréal, par courriel.

Interpellée sur les critiques provenant de la mobilisation étudiante et professorale, elle précise qu’il existe des investissements dans l’industrie des énergies fossiles dans son fonds de dotation, qui sert à soutenir des projets de recherche, des programmes de bourses pour les étudiants et des projets universitaires.

Selon les données fournies, le montant se chiffre à 14,1 millions de dollars, soit 3,77 % du fonds. Le rapport annuel 2020-2021 du comité de gestion révèle la présence, en date du 30 avril 2021, d’investissements dans les pétrolières Suncor et Canadian Natural Resources. Ces entreprises actives dans le secteur des sables bitumineux y figurent parmi les « dix principaux titres publics » d’actions canadiennes. On y retrouve aussi la pétrolière Shell.

L’établissement d’enseignement ajoute qu’il applique déjà une « politique en matière d’investissement responsable » qui comprend notamment une cible de réduction de « l’intensité carbone » de ses investissements. La cible a été fixée à 20 % de réduction d’ici 2025, puis 35 % d’ici 2030.

En ce qui a trait au régime de retraite de l’Université de Montréal, qui est administré par un « comité de retraite », il compte 78,7 millions de dollars dans le secteur pétrolier et gazier, soit 1,63 % du total des investissements.

Il s’est doté de la même cible de réduction de « l’intensité carbone » que le fonds de dotation, précise Adrian Burke, qui est membre du comité depuis six ans. S’il ne peut dévoiler de détails sur la gestion, en raison de clauses de confidentialité, il estime que « la transition est très lente » pour la gestion des quelque cinq milliards de dollars d’investissements.

D’autres universités du Québec se sont engagées dans un processus de sortie des énergies fossiles, dont l’UQAM et Concordia. L’Université Laval a pris un engagement de désinvestissement en 2017.

 

Censure ?

Le « omité de désinvestissement » se dit victime de « censure » de la part de l’Université de Montréal, parce que des affiches dénonçant les investissements dans le secteur des énergies fossiles ont récemment été retirées des babillards officiels des campus. La direction évoque plutôt « un malheureux malentendu au sujet de l’application de la politique d’affichage », tout en précisant que « les affiches qui ont été retirées n’auraient pas dû l’être ». Depuis, les affiches peuvent de nouveau être placardées sur les babillards.



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