Le gouvernement Legault se dit «précurseur» dans la protection du caribou

Dans la lettre qu’il a envoyée au gouvernement Trudeau, Pierre Dufour vante les mesures de protection du caribou, dont les «enclos» où seront envoyées les femelles gestantes de la harde de la Gaspésie.
Jean-Simon Bégin Dans la lettre qu’il a envoyée au gouvernement Trudeau, Pierre Dufour vante les mesures de protection du caribou, dont les «enclos» où seront envoyées les femelles gestantes de la harde de la Gaspésie.

Même s’il n’a toujours pas de stratégie de protection du caribou forestier et que le déclin de l’espèce se poursuit, le gouvernement Legault se décrit comme un « précurseur » dans la conservation de ce cervidé menacé. Dans sa réponse à la demande de rencontre du ministre Steven Guilbeault pour discuter de la situation des espèces en péril, que Le Devoir a obtenue, Québec critique aussi ouvertement les interventions d’Ottawa sur le territoire provincial.

Près d’un mois après avoir reçu une demande du ministre fédéral de l’Environnement pour la tenue d’une rencontre portant sur la situation « critique » du caribou et la protection des espèces menacées, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, vient de répondre au gouvernement Trudeau en affirmant la souveraineté québécoise sur la gestion des espèces en péril dans la province.

« Le gouvernement du Québec dispose de son propre cadre législatif et réglementaire visant à protéger les espèces fauniques en situation précaire, dont la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables », écrit-il dans une lettre de trois pages vantant l’action du gouvernement Legault en matière de protection des espèces menacées.

Il critique du même coup le « décret d’urgence » adopté par Ottawa en novembre dernier pour stopper la destruction d’un des derniers habitats de la rainette faux-grillon au Québec. Le ministère de l’Environnement du Québec avait autorisé cette destruction, nécessaire pour prolonger un boulevard résidentiel à Longueuil. Il avait aussi aidé la Ville à éviter la prise en compte d’un avis faunique des experts du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) qui était défavorable au projet.

Selon M. Dufour, ce décret d’urgence est « une atteinte au plein exercice de la compétence du Québec en matière de protection de la biodiversité ainsi qu’à celle visant à aménager son territoire en conjuguant le développement économique, social et la protection de l’environnement ».

« Précurseur »

Steven Guilbeault, qui a déjà critiqué ouvertement la gestion des espèces en péril par le gouvernement Legault, écrivait dans sa lettre à Pierre Dufour, envoyée le 13 janvier, qu’il était prêt à intervenir si le Québec n’agissait pas, notamment pour protéger le caribou forestier.

Pierre Dufour réplique en affirmant que son ministère est un « précurseur » en matière de protection du caribou forestier, et ce, malgré l’absence de stratégie de conservation de ce cervidé et le rejet de projets d’aires protégées qui auraient permis de préserver des habitats importants.

Selon le ministre, Québec a mis en place « des mesures adaptées de protection des populations, notamment l’utilisation d’enclos de protection et de maternité et le contrôle des prédateurs ». Un premier a été implanté en 2020 pour garder en captivité les sept derniers caribous de Val-d’Or. Les 17 bêtes qui subsistent toujours dans Charlevoix seront aussi mises en enclos cet hiver, de même que des femelles gestantes capturées parmi les 32 derniers caribous de la Gaspésie.

Protection coûteuse

 

Pierre Dufour souligne aussi que le gouvernement Legault « a déployé de nombreuses actions pour acquérir des connaissances et de multiples efforts afin de protéger des populations de caribous forestiers et montagnards et leurs habitats ». Il cite notamment le programme de suivi des populations, qui a permis de constater l’ampleur du déclin de certaines populations de caribous.

« De plus, le MFFP réalise plusieurs projets de recherche sur des enjeux cruciaux à la conservation de cette espèce au Québec. » La plus récente « revue de littérature » produite par le ministère souligne que « la principale menace pour les populations de caribous forestiers et montagnards au Québec et au Canada sont les perturbations de l’habitat générées par les activités anthropiques [des êtres humains] et la prédation accrue qui en découle ». Dans ce contexte, « la protection de grands massifs d’habitats intacts et la restauration des habitats perturbés sont essentielles pour le maintien des populations de caribous ».

La protection de cette espèce, qui se fait également en vertu de la Loi sur les espèces en péril du gouvernement fédéral, a toutefois un coût pour l’économie québécoise, affirme le ministre. Les « plans d’aménagement de l’habitat » signifient entre autres que « le Québec a accepté de se priver des retombées économiques liées à la mise en valeur de près de 1,4 million de mètres cubes de bois ».

M. Dufour ajoute que ce sont les « enjeux socio-économiques majeurs que présente la conservation de cette espèce » qui ont poussé le gouvernement Legault à mettre en place une « commission indépendante » qui mènera cet hiver des consultations dans différentes régions de la province. Cette commission ne compte aucun expert de l’espèce. « La stratégie sera parachevée à la suite des recommandations de la commission et d’un processus de consultations publique et autochtone », promet le ministre.

Le cabinet du ministre Steven Guilbeault a confirmé la réception de la lettre du ministre Dufour. « Il a été convenu que nous allions travailler ensemble et entamer des conversations en vue d’une réunion ministérielle qui aura lieu au début du mois de mars », a-t-on précisé jeudi par courriel.

« Le gouvernement du Québec demeure réactif dans le dossier des espèces menacées, et sa réponse au ministre fédéral de l’Environnement fait diversion sur son inaction et sur le déclin continu de plusieurs espèces en péril dans la province. Le Québec en fait encore trop peu, mais il n’est pas trop tard pour réellement collaborer avec le fédéral et moderniser la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables », a indiqué le directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Québec, Alain Branchaud.

Photo: MFFP Les sept derniers caribous de Val-d'Or sont en captivité depuis 2020.

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