Ottawa dit non à GNL Québec

Le projet GNL Québec aurait entraîné une hausse significative du trafic maritime sur le Saguenay, au cœur du seul parc marin du Québec.
Kevin Clancy Newsy / Asocciated Press Le projet GNL Québec aurait entraîné une hausse significative du trafic maritime sur le Saguenay, au cœur du seul parc marin du Québec.

Le gouvernement Trudeau ferme la porte au projet GNL Québec, qui faisait toujours l’objet d’une évaluation environnementale fédérale, malgré le rejet du gouvernement Legault. La décision d’Ottawa signe l’arrêt de mort de ce projet d’exportation de gaz naturel albertain. D’autres projets du même type sont toutefois prévus ailleurs au Canada, dans un contexte de croissance de la production gazière grâce au recours à la fracturation.

La décision du gouvernement fédéral a été annoncée lundi en fin d’après-midi par le ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault. Ce dernier a précisé dans la décision que « les effets environnementaux négatifs importants que le projet est susceptible d’entraîner ne sont pas justifiables dans les circonstances ».

« Cette décision n’empêche pas GNL Québec de soumettre de nouvelles propositions de projet et n’exclut pas tout développement potentiel. Le gouvernement du Canada continuera d’appuyer le secteur des ressources naturelles à l’échelle du pays afin de stimuler la croissance et de créer des emplois, et ce, de façon durable », précise le communiqué du ministre.

Les opposants au projet ont salué l’annonce. « Le gouvernement fédéral a pris la seule décision qui s’imposait. Maintenant, nous devons accélérer une bonne fois pour toutes la sortie des énergies fossiles dans leur ensemble », a souligné Alice-Anne Simard, directrice générale de Nature Québec. Même son de cloche du côté du porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, qui a plaidé pour la fin de tous les nouveaux projets pétroliers et gaziers au Canada.

« GNL Québec prend note de la décision du gouvernement fédéral et évaluera les impacts d’une telle décision sur le projet Énergie Saguenay », a pour sa part fait savoir l’entreprise par courriel.

Risques climatiques

 

Après le rejet du projet GNL Québec par le gouvernement Legault l’été dernier et malgré une série de mauvaises nouvelles pour le projet (démissions, licenciements et retrait d’investisseurs), les promoteurs avaient décidé de poursuivre le processus d’évaluation environnementale fédérale, tout en maintenant des mandats de lobbying actifs à Québec et à Ottawa. Ils attendaient donc la décision du fédéral avant de statuer sur le sort de l’usine de liquéfaction, du terminal maritime d’exportation qui aurait été construit au Saguenay et du gazoduc de 480 kilomètres nécessaire pour acheminer le gaz naturel. Avec 14 milliards de dollars nécessaires pour l’ensemble des composantes, il s’agissait du plus gros projet industriel privé de l’histoire du Québec.

Le gouvernement fédéral a pris la seule décision qui s’imposait

 

La décision rendue lundi par le ministre Guilbeault, au terme d’un processus qui aura duré six ans, est toutefois sans équivoque. Elle va d’ailleurs dans le sens des conclusions très critiques de l’évaluation menée par l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC).

Dans la version finale de son rapport, publiée lundi, l’Agence conclut que le projet GNL Québec nuirait aux efforts climatiques du Canada, et notamment à l’atteinte de la « carboneutralité » d’ici 2050. Le document rejette donc en bloc les affirmations du promoteur selon lesquelles le projet d’exportation de gaz naturel serait bénéfique pour la lutte contre la crise climatique. En fait, ce dernier n’a présenté aucun scénario « crédible » permettant d’affirmer que le gaz exporté servirait à remplacer des ressources fossiles plus polluantes, comme le charbon.

Le rapport de l’AEIC écarte aussi l’argument de GNL Québec selon lequel le gaz naturel serait un partenaire de la « transition énergétique ». Le document rappelle plutôt que l’Agence internationale de l’énergie a publié en 2021 une analyse qui conclut que les pays doivent « renoncer » à autoriser le développement de « nouveaux sites pétroliers et gaziers » afin de respecter les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat.

Le passage de 320 méthaniers chaque année sur le Saguenay aurait par ailleurs représenté un potentiel de risques majeurs pour des mammifères marins en péril, dont le béluga du Saint-Laurent, selon l’AEIC.

Il faut dire que le projet « doublerait » le trafic maritime sur le Saguenay, et « à l’intérieur d’une aire protégée », soit le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. Il aurait donc contribué « à la dégradation de l’environnement acoustique subaquatique » de cet habitat essentiel pour l’espèce, et notamment pour les femelles et les jeunes. Bref, souligne l’Agence, il irait à l’encontre des objectifs des plans de rétablissement mis en œuvre par les gouvernements pour sauver le béluga de la disparition.

D’autres projets de GNL

La fin de GNL Québec ne signe pas la fin des nouveaux projets d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) au Canada. Dans un contexte de croissance de la production au cours des prochaines années, en raison du recours à la fracturation, l’industrie souhaite développer des projets pour écouler la production ailleurs dans le monde.

Le projet LNG Canada, soutenu par le gouvernement Trudeau, est le plus important projet du genre au pays. Il est en cours de construction en Colombie-Britannique et il sera alimenté en gaz par le controversé gazoduc Coastal Gaslink.

Un autre projet, Cedar LNG, est en cours d’évaluation environnementale fédérale, de même que le projet Ksi Lisims LNG, lui aussi en Colombie-Britannique.

Dans l’est du pays, un autre projet, Goldboro LNG, est envisagé en Nouvelle-Écosse. Sa réalisation nécessiterait la construction d’un nouveau gazoduc qui traverserait le territoire de plusieurs municipalités du sud du Québec.Le premier ministre François Legault s’est déjà dit ouvert à ce projet de gazoduc. Le projet Goldboro LNG a fait l’objet d’une présentation lors d’une rencontre entre le Canada et l’Allemagne, tenue en janvier, afin de discuter du développement de l’industrie gazière et des projets de GNL. Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre du « partenariat énergétique » signé en 2021 entre les deux pays.

Au moment d’annoncer cette entente, le gouvernement Trudeau a affirmé que les projets de GNL font partie du développement de « l’énergie propre », dans un contexte de lutte contre la crise climatique.

L’Union européenne vient pour sa part de proposer de classer le gaz naturel comme étant une énergie nécessaire pour « décarboniser » l’économie. Cela pourrait ouvrir la porte à une hausse des exportations de GNL du Canada vers l’Europe.



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