Coupes forestières en vue dans une zone ciblée pour une aire protégée

Le secteur où seront réalisées les coupes forestières est fréquenté par des adeptes de plein air.
Judicaël Aspirot Le secteur où seront réalisées les coupes forestières est fréquenté par des adeptes de plein air.

Malgré la demande de moratoire appuyée par des citoyens et des municipalités de la région, le gouvernement Legault va de l’avant avec le projet de coupes forestières à Saint-Mathieu-du-Parc, en Mauricie. L’entreprise Rémabec pourra mener ses activités industrielles dans un secteur qui a été ciblé pour un projet d’aire protégée et reconnu comme un habitat important de la tortue des bois, une espèce menacée.

Les coupes forestières débuteront dès le 24 janvier, a confirmé jeudi le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), dans le cadre d’un point de presse. La « récolte » aura lieu tout près d’un parc récréoforestier fréquenté par les adeptes de plein air, mais aussi près d’un « refuge biologique », au sud du parc national de la Mauricie.

Ce secteur abrite aussi une « importante population » de tortues des bois, une espèce « menacée » et légalement protégée en vertu de la Loi sur les espèces en péril du Canada. En plus des habitats propices à la tortue des bois et à d’autres espèces menacées, on y trouve des portions boisées qui comptent des arbres centenaires.

L’entreprise Rémabec réalisera les coupes dans un secteur ciblé pour le dépôt d’un projet d’aire protégée auprès du gouvernement du Québec, un projet piloté par la Coalition pour la préservation du parc récréoforestier de Saint-Mathieu-du-Parc. S’il se concrétise, il permettrait notamment d’agrandir le parc récréoforestier fréquenté par des randonneurs, des cyclistes et des adeptes d’escalade. Le regroupement citoyen, qui a reçu l’appui de la municipalité de Saint-Mathieu-du-Parc, de la Ville de Shawinigan, des intervenants du milieu touristique, de l’ancien premier ministre fédéral Jean Chrétien et de Québec solidaire, n’a pas commenté l’annonce du gouvernement jeudi.

Mesures du MFFP

Selon ce qu’ont fait valoir jeudi les représentants du MFFP, ces travaux « n’empêchent pas des développements récréatifs futurs » et « le dépôt d’un éventuel projet d’aire protégée » dans le secteur. Diverses mesures sont prévues pour réduire les impacts des coupes sur le territoire. Des coupes « partielles » sont notamment prévues sur 35 des 63 hectares de la zone de cet « aménagement forestier », qui représente 0,025 % du volume de bois récolté au Québec au cours de l’année 2020-2021.

Le MFFP assure aussi que les coupes n’auront pas d’effets néfastes sur la tortue des bois. La région abrite une « importante population » de cette espèce menacée, soit environ 450 individus. Dans le cadre de sa présentation, jeudi matin, le ministère a par ailleurs indiqué que, parmi les menaces connues pour cette espèce, on compte le « développement », les routes et la « machinerie forestière ».

Par ailleurs, le MFFP a précisé que d’autres zones de la région immédiate devraient être soumises à des coupes forestières au cours des prochaines années, soit possiblement dès 2025. Des secteurs ont déjà été déterminés, dont un qui se situe dans la zone ciblée pour le projet d’aire protégée. Des consultations sont à venir pour ces futurs secteurs de coupes, dont certains font partie des garanties d’approvisionnement aux entreprises forestières.

Selon la Coalition pour la préservation du parc récréoforestier de Saint-Mathieu-du-Parc, à peine 7 % du territoire de la Mauricie bénéficie de mesures de protection, alors que la moyenne pour l’ensemble du territoire québécois se situe à 17 % depuis la fin de 2020.

Dans le contexte de l’atteinte de l’objectif de protéger 17 % du territoire québécois avant la fin de 2020, le gouvernement Legault a toutefois décidé de protéger principalement des territoires nordiques situés en dehors du territoire qui représente un potentiel pour les entreprises forestières. Il a ainsi mis de côté des dizaines de projets d’aires protégées dans la portion sud de la province. Certains de ces projets auraient été délaissés pour protéger les intérêts de l’industrie forestière, selon l’avis de groupes environnementaux.



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