Le Canada veut vendre plus de gaz naturel en Allemagne

La construction de l’usine de liquéfaction de gaz naturel Goldboro LNG, en Nouvelle-Écosse, nécessiterait la construction d’un gazoduc qui traverserait plusieurs municipalités du sud du Québec.
Photo: Alexandre Shields La construction de l’usine de liquéfaction de gaz naturel Goldboro LNG, en Nouvelle-Écosse, nécessiterait la construction d’un gazoduc qui traverserait plusieurs municipalités du sud du Québec.

Le Canada et l’Allemagne organisent une rencontre consacrée au développement de l’industrie gazière et des projets de gaz naturel liquéfié, a appris Le Devoir. Le projet d’exportation Goldboro LNG, qui nécessiterait la construction d’un gazoduc au Québec, y sera présenté. Une entreprise allemande qui a conclu un partenariat avec GNL Québec participera aussi à l’événement.

Le Devoir a obtenu une liste préliminaire des participants à ce « Workshop » consacré au gaz naturel et au gaz naturel liquéfié (GNL), ainsi qu’un programme détaillé de cet événement prévu le 26 janvier. Aucun représentant du ministère canadien de l’Environnement ne figure dans ces informations.

À la lecture des documents, on constate plutôt que Ressources naturelles Canada doit y représenter le gouvernement canadien. Une directrice du secteur du développement pétrolier du ministère y prendra la parole, de même qu’une analyste spécialiste du gaz naturel et un directeur adjoint du secteur du gaz naturel liquéfié.

Ce dernier participera notamment à la séance « de gouvernement à gouvernement », en compagnie de deux autres hauts dirigeants de Ressources naturelles Canada, dont un « directeur senior » de la division des pipelines, du gaz et du gaz naturel liquéfié. Des représentants de l’Alberta et de Terre-Neuve-et-Labrador y seront aussi. Dans le cadre de cette portion de la rencontre, il sera question des moyens pour « soutenir les objectifs commerciaux et d’investissements », mais aussi du « positionnement du GNL du Canada pour l’Europe ».

Cette rencontre canado-allemande s’inscrit d’ailleurs dans le cadre du « partenariat énergétique » signé en 2021 entre les deux pays. Au moment d’annoncer cette entente, le gouvernement Trudeau a affirmé que les projets de GNL font partie du développement de « l’énergie propre », dans un contexte de lutte contre la crise climatique.

L’Union européenne vient pour sa part de proposer de classer le gaz naturel comme étant une énergie nécessaire pour « décarboniser » l’économie. Cela pourrait ouvrir la porte à une hausse des exportations de GNL du Canada vers l’Europe. Les sociétés gazières actives en sol canadien comptent justement augmenter leur production au cours des prochaines années, grâce à l’exploitation par fracturation hydraulique.

« L’atelier donnera aux intervenants des deux pays l’occasion de discuter du gaz naturel dans le contexte de la transition énergétique mondiale. Il a pour objectif de favoriser une meilleure compréhension de l’impact des politiques et engagements énergétiques dans chaque pays, des mesures de décarbonation des chaînes de valeur du gaz naturel et des possibilités de multiplier les collaborations énergétiques entre les deux pays », précise Ressources naturelles Canada, par courriel.

Pour le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, ce genre de sommet est « inacceptable » dans un contexte de crise climatique. « Ces pays devraient mobiliser tous leurs efforts pour se libérer des hydrocarbures. Encore une fois, l’approche du gouvernement Trudeau est truffée d’incohérences qui minent sa crédibilité et menacent le respect de ses engagements climatiques », souligne-t-il.

Gazoduc au Québec ?

En plus des représentants des gouvernements du Canada et de l’Allemagne, plusieurs entreprises seront présentes. L’Association canadienne du gaz naturel et l’Association des explorateurs et producteurs du Canada feront une présentation sous le thème du « gaz naturel dans la transition énergétique ».

Deux entreprises du secteur pétrolier et gazier prendront la parole lors d’un segment portant notamment sur « les impacts environnementaux de la production et du transport de GNL » et sur l’extraction de gaz « non conventionnel », donc exploité par fracturation.

Des projets précis d’exportation de GNL vers l’Europe feront aussi l’objet de présentations, dont Goldboro LNG, de l’entreprise Pieridae Energy. Cette usine de liquéfaction de gaz naturel albertain, qui serait construite en Nouvelle-Écosse, nécessiterait la construction d’un nouveau gazoduc qui traverserait le territoire de plusieurs municipalités du Québec.

Selon toute vraisemblance, le gaz naturel circulerait dans une conduite située sur le même tracé que le réseau de gazoducs Trans Québec et Maritimes, qui appartient à TC Énergie. Il transiterait donc par un gazoduc qui traverserait l’est de l’île de Montréal, puis une partie de la Montérégie et de l’Estrie, avant de franchir la frontière américaine. Il passe notamment dans les secteurs de Sainte-Julie, Granby, Bromont, Magog et Coaticook. Le premier ministre François Legault s’est déjà dit ouvert à ce projet.

GNL Québec

Par ailleurs, le nom du directeur général de Hanseatic Energy Hub, Manfred Schubert, apparaît dans la liste préliminaire des participants au « Workshop ». L’an dernier, il était cité dans le communiqué annonçant un « partenariat stratégique » entre GNL Québec et Hanseatic Energy Hub, qui souhaite construire un terminal d’importation de GNL en Allemagne. GNL Québec a d’ailleurs fait valoir à plusieurs reprises sa volonté d’y vendre du gaz naturel liquéfié.

Si le gouvernement Legault a rejeté le projet GNL Québec, le gouvernement Trudeau n’a pas encore statué sur son sort. Le processus d’évaluation environnementale fédérale n’est toujours pas complété. Selon l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC), le « rapport final » sera déposé à une date qui reste à préciser.

Dans le cadre de son mandat de lobbying inscrit au registre fédéral, le président de GNL Québec, Tony Le Verger, a discuté avec le président par intérim de l’AEIC, Terence Hubbard, le 18 novembre dernier. Cette discussion « portait sur le statut et les prochaines étapes de l’évaluation environnementale », mais aussi sur « les conditions potentielles relatives à l’évaluation environnementale », précise l’AEIC au Devoir.

Le projet GNL Québec est étudié en vertu d’une loi adoptée sous le gouvernement Harper. Celle-ci prévoit que le ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault, ne peut pas tenir compte des émissions de gaz à effet de serre de l’exploitation gazière ni des impacts du transport maritime pour déterminer si l’usine aurait des effets environnementaux « négatifs » et pour imposer des conditions au promoteur.

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