Cinq dossiers à surveiller en environnement en 2022

Jean-Simon Bégin En 2022, le gouvernement a prévu d’envoyer en captivité une partie des femelles caribous de la Gaspésie, afin de protéger les faons à naître.

L’année 2022 devrait être riche en dossiers majeurs sur le front climatique, la protection de l’environnement et la sauvegarde de la biodiversité. Le Devoir vous en propose cinq à garder à l’oeil.

Rehausser l’ambition climatique du Canada

Avec la nomination de Steven Guilbeault au poste de ministre de l’Environnement et du Changement climatique, le gouvernement Trudeau a suscité de grandes attentes chez ceux qui espèrent que le Canada se dotera des moyens nécessaires afin de réduire suffisamment ses émissions de gaz à effet de serre (GES) pour respecter ses engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris.

Des éléments clés du plan climatique fédéral seront d’ailleurs au menu des prochains mois : plafond d’émissions de GES pour le secteur pétrolier et gazier, réduction des émissions de méthane et élaboration d’un plan en vue de rendre obligatoire la vente de véhicules « zéro émission » d’ici 2035.

En entrevue au Devoir, le ministre Guilbeault soulignait récemment que ces mesures, et celles qui vont suivre, devront être déployées rapidement pour permettre de réduire les GES de 40 % à 45 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 2005. Le gouvernement Trudeau ne ferme pas pour autant la porte aux nouveaux projets d’exploitation pétrolière, notamment en milieu marin, au large des côtes de Terre-Neuve. Mais M. Guilbeault prévient que toute croissance de la production pétrolière et gazière risque de se heurter à une réglementation climatique de plus en plus sévère, ce qui devrait favoriser la transition économique de certaines provinces.

Des caribous en captivité

 

Les plus récents dénombrements des différentes populations de caribous forestiers du Québec démontrent que l’espèce est plus menacée que jamais. Mais les situations les plus désespérées sont celles des hardes dites « isolées », soit celle de Val-d’Or (7 bêtes), celle de Charlevoix (17 bêtes) et celle de la Gaspésie (de 32 à 36 bêtes).

Dans tous les cas, elles sont condamnées à la disparition, à moins que ne soient prises des mesures ambitieuses pour restaurer leurs habitats dégradés et réduire la prédation. Concrètement, les coupes forestières, en plus de la destruction des vieilles forêts nécessaires pour l’alimentation des caribous, facilitent l’arrivée des prédateurs, ce qui a notamment pour effet d’augmenter la mortalité des jeunes caribous. En attendant d’évaluer la suite des choses, le gouvernement a prévu d’envoyer tous les caribous de Charlevoix en captivité dès cet hiver. Dans le cas de ceux de la Gaspésie, il est prévu de capturer seulement les femelles gestantes pour les envoyer mettre bas dans un enclos.

L’objectif est de s’assurer que les faons peuvent passer leurs premiers mois de vie sans risquer d’être tués par des prédateurs. Pendant ce temps, le gouvernement a décidé de reporter à 2023 la présentation d’une stratégie de protection de l’espèce. Devant l’inaction du Québec, le gouvernement Trudeau songe à intervenir pour éviter la disparition du caribou forestier dans la province.

Une étude environnementale pour le troisième lien

 

Peu importe l’opposition au projet de troisième lien à Québec et les impacts environnementaux de ce nouvel axe routier de 10 milliards de dollars, le gouvernement Legault a promis qu’il irait de l’avant. Il doit toutefois passer par un processus d’évaluation environnementale qui comprendra une commission d’enquête du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

On devrait d’ailleurs en apprendre davantage sur les conséquences du chantier au cours des prochains mois, lorsque le ministère des Transports déposera un « avis de projet », qui sera suivi d’une directive pour la réalisation de l’étude d’impact. Celle-ci sera produite par le consortium SNCL-Englobe, mais il n’est pas acquis que le document sera prêt et rendu public avant les élections d’octobre 2022. Il est aussi peu probable que l’examen indépendant du projet par le BAPE soit mené avant le prochain scrutin provincial.

Il faudra par ailleurs garder à l’œil le gouvernement Trudeau, qui a clairement indiqué que le tunnel routier ferait l’objet d’une évaluation fédérale. Québec, qui souhaite obtenir du financement d’Ottawa pour le projet, a critiqué cette volonté affichée par le fédéral. Selon le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, « le Québec est le seul maître d’œuvre de ses évaluations environnementales et de ses projets d’infrastructures ».

Combien d’argent public aux entreprises du secteur pétrolier et gazier ?

Le gouvernement Legault a annoncé cet automne qu’il fermera définitivement la porte à tous les projets d’exploration pétrolière et gazière au Québec, après plus d’une décennie de débats, d’investissements de millions de dollars de fonds publics et d’enjeux de sécurisation des puits abandonnés sur le territoire.

Un projet de loi doit d’ailleurs être déposé cet hiver, et il est prévu qu’il inclura des dispositions pour indemniser les entreprises qui détiennent toujours des permis d’exploration. On compte, selon les données disponibles, un total de 182 permis détenus par une dizaine d’entreprises. Même si celles-ci n’ont pas élaboré de projet d’exploitation, elles affirment que la valeur de leurs pertes se chiffre en centaines de millions de dollars, voire en milliards de dollars. Que fera le gouvernement, qui est déjà sous le coup d’actions en justice d’entreprises qui contestent l’interdiction de la fracturation hydraulique dans la vallée du Saint-Laurent ? On ne le sait pas encore, même si le premier ministre François Legault a dit récemment vouloir verser « le moins possible de compensations ».

Le Centre québécois du droit de l’environnement estime qu’aucune compensation ne devrait être versée. Pour cela, il faudrait l’inscrire dans le projet de loi, comme l’avait fait le gouvernement Charest en décidant, en 2011, de mettre un terme à l’exploration pétrolière et gazière dans la portion fluviale du Saint-Laurent et sur les îles de l’estuaire.

Changements radicaux pour éviter le naufrage climatique ?

Après les constats implacables, les solutions pour éviter le pire. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) doit publier cet hiver un rapport qui abordera les moyens à mettre en œuvre pour « atténuer » les impacts de la crise climatique.

Selon une ébauche du document qui a fait l’objet d’une fuite, tout indique que les scientifiques devraient proposer de profondes transformations de nos sociétés. Prenant acte du fait que les émissions mondiales de GES devront être ramenées à zéro dans moins de 30 ans, le GIEC estime que cet objectif implique une décroissance marquée de la demande en énergie et en ressources.

Le rapport met aussi en lumière la nécessité de densifier les villes, de bâtir des quartiers en priorité pour la mobilité active et le transport collectif, de protéger les espaces verts dans les milieux habités, de favoriser l’agriculture urbaine et de miser sur différentes mesures d’adaptation, notamment les toits verts et les murs végétalisés. Bref, les scientifiques constatent qu’il faut mettre au rancart la vision du développement urbain qui domine depuis des décennies, y compris au Québec.

Le GIEC plaide enfin pour un changement sans précédent de notre régime alimentaire, afin que celui-ci s’appuie sur une diète « à base de plantes ». Les gains environnementaux seraient bonifiés si on réduisait le « gaspillage », qui représente plus du tiers de toute la production alimentaire mondiale.

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