L’abattage de cerfs à Longueuil fait des vagues

La mairesse de Longueuil a annoncé qu’une soixantaine de cerfs du parc Michel-Chartrand devraient être abattus en raison de la menace que leur surnombre représente pour l’équilibre des écosystèmes.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La mairesse de Longueuil a annoncé qu’une soixantaine de cerfs du parc Michel-Chartrand devraient être abattus en raison de la menace que leur surnombre représente pour l’équilibre des écosystèmes.

Malgré les critiques, Longueuil maintient le cap concernant sa décision d’abattre une soixantaine de cerfs de Virginie qui vivent au parc Michel-Chartrand. La mairesse, Catherine Fournier, a reçu une menace jugée « sérieuse » qui a été signalée au Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) mardi.

Lundi, la mairesse de Longueuil a annoncé qu’une soixantaine de cerfs du parc Michel-Chartrand devraient être abattus en raison de la menace que leur surnombre représente pour l’équilibre des écosystèmes. Longueuil appuie sa décision sur un rapport d’une table de concertation composée d’experts en environnement, de groupes locaux et de Longueuillois. Ce rapport conclut « que la seule option viable à court terme pour obtenir des résultats durables est de procéder dès 2022 à la réduction de la taille du cheptel par une méthode de capture et d’euthanasie afin d’atteindre la capacité de support du parc ».

Cette décision a valu à Catherine Fournier de nombreuses critiques. « C’est sûr qu’il y a des réactions sur les réseaux sociaux, mais on était préparés pour ça », a indiqué mardi son attachée de presse, Camille Desrosiers-Laferrière.

La mairesse a toutefois reçu un message considéré comme une « menace sérieuse », et le SPAL en a été avisé en début de soirée mardi. Aucune plainte officielle n’a encore été déposée, a précisé Mme Desrosiers-Laferrière au Devoir. « C’est le seul message menaçant reçu. Tous les autres, peu importe leur avis, sont cordiaux », a-t-elle ajouté.

L’ex-mairesse Sylvie Parent avait reçu des menaces de mort il y a un an après que son administration eut décidé d’abattre une quinzaine de cerfs vivant au parc Michel-Chartrand. La Ville avait finalement renoncé à abattre les animaux.

Problème récurrent

Médecin vétérinaire et président du Comité d’éthique de l’utilisation des animaux à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, Jean-Pierre Vaillancourt estime que la décision de la Ville de Longueuil d’abattre la majorité des cerfs du parc Michel-Chartrand est la bonne solution dans les circonstances.

Il souligne toutefois que cela ne réglera pas le problème à long terme, puisque la reproduction des animaux et l’arrivée de nouveaux cerfs risquent de recréer les conditions propices à la surpopulation. « Il faut régler la crise, mais il faudra aussi stériliser les animaux et surtout, sensibiliser les citoyens, pour ne pas qu’ils nourrissent les animaux », a-t-il fait valoir mardi.

L’avocate Anne-France Goldwater n’entend pas en rester là. Elle a fait savoir mardi qu’elle envisageait de s’adresser aux tribunaux pour empêcher le « massacre » des cerfs. L’abattage de cervidés est un geste « primitif » et « archaïque », a-t-elle affirmé en entrevue à TVA.

Une pétition en ligne a aussi été lancée pour dénoncer la décision de la Ville de Longueuil. Au moment où ces lignes étaient écrites, elle avait recueilli un peu plus de 4200 signatures.

Les cerfs montréalais

Tôt ou tard, Montréal devra elle aussi prendre une décision. En mars dernier, un rapport d’experts recommandait l’élimination d’une quarantaine de bêtes qui fréquentent le parc-nature de la Pointe-aux-Prairies. La mairesse Valérie Plante avait cependant rejeté l’idée d’euthanasier les cervidés. Mardi, le cabinet de la mairesse a soutenu que les analyses se poursuivaient et que la nouvelle responsable des grands parcs au comité exécutif, Caroline Bourgeois, se pencherait sur le dossier. « Nous sommes toujours en train d’évaluer la question. […] Des solutions sont toujours à l’étude », a indiqué Marikym Gaudreault, attachée de presse au cabinet de la mairesse.

Professeur agrégé au Département de biologie de l’Université Laval, Jean-Pierre Tremblay souligne pour sa part que la dégradation de certains écosystèmes, l’étalement urbain et la construction dans des milieux naturels ont favorisé l’émergence de ce genre de problème. « Nous allons donc devoir composer avec ce genre de situation plus fréquemment dans les années à venir. Ces animaux s’accommodent bien de la présence humaine, et certaines personnes les nourrissent, ce qui est problématique. »

M. Tremblay estime aussi qu’il est difficile d’envisager de déplacer des animaux, comme certains le souhaitent à Longueuil. Dans le cas des cerfs de Virginie, par exemple, les populations sont déjà très denses dans différentes régions du Québec. Cette grande présence de cerfs dans nos forêts soutient d’ailleurs une chasse sportive importante. Selon les données du gouvernement sur la saison de chasse, un total de 48 000 cerfs ont été abattus dans la province en 2020.

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