De nouveaux permis d’exploration pétrolière en milieu marin vendus aux États-Unis

Les permis d’exploration qui ont été vendus concernent plusieurs zones du golfe du Mexique pouvant aller jusqu’à plus de 3000 mètres de profondeur.
Photo: Omar Torres Agence France-Presse Les permis d’exploration qui ont été vendus concernent plusieurs zones du golfe du Mexique pouvant aller jusqu’à plus de 3000 mètres de profondeur.

Quatre jours après la fin de la 26e conférence climatique des Nations unies (COP26), les États-Unis ont vendu des dizaines de nouveaux permis d’exploration pétrolière dans le golfe du Mexique. Les projets qui en découleront pourraient mener à l’exploitation de différents gisements pendant encore des décennies.

Selon les données publiées par le Bureau of Ocean Energy Management (BOEM), la vente aux enchères qui se tenait mercredi a permis de vendre de nouveaux permis d’exploration totalisant 6879 km2, ce qui a généré des revenus de près de 192 millions de dollars américains.

Selon des évaluations préliminaires, les projets qui découleraient de cette mise aux enchères pourraient mener à l’exploitation de centaines de millions de barils de pétrole et de plusieurs milliards de pieds cubes de gaz naturel, et ce, au cours des 50 prochaines années.

Quelque 33 entreprises ont participé aux enchères, dont Exxon, Shell, Equinor et Repsol. Fait à noter, la pétrolière BP, responsable de la pire marée noire de l’histoire américaine, a obtenu 46 permis sur les 47 pour lesquels elle avait tenté sa chance.

Les permis qui ont été vendus concernent plusieurs zones du golfe du Mexique et des profondeurs très variables, dans certains cas des secteurs de plus de 3000 mètres de profondeur. Selon ce qu’a précisé le BOEM par voie de communiqué, les projets d’exploration qui en découleront devront être menés de façon à « protéger les ressources biologiquement sensibles » et à réduire les répercussions sur les espèces protégées.

Dossier en Cour

 

Joe Biden avait promis en campagne électorale de mettre un terme aux ventes de permis d’exploration sur les territoires de compétence fédérale, avant d’imposer un moratoire au début de 2021, le temps qu’une évaluation environnementale soit menée.

Cette décision a toutefois été contestée devant les tribunaux par 13 États qui estiment que Washington a ainsi outrepassé ses pouvoirs. En juin, un juge fédéral de Louisiane nommé par l’ancien président Donald Trump leur a donné raison. C’est ce qui a ouvert la voie à la mise aux enchères de nouveaux permis dans cette région, qui compte déjà beaucoup de permis.

Le golfe du Mexique a été le théâtre en 2010 d’une imposante marée noire, lors de l’explosion de la plateforme de forage exploratoire Deepwater Horizon, de la pétrolière BP. L’accident a provoqué le déversement de plus de cinq millions de barils de pétrole brut en cinq mois. Cette marée noire a eu des conséquences sur l’écosystème du golfe, mais aussi sur les côtes de plusieurs États et sur l’industrie de la pêche.

Pétrole et crise climatique

 

Même si le gouvernement Biden a porté en appel la décision des tribunaux qui a permis cette nouvelle vente de permis d’exploration, les organisations environnementales ont dénoncé cette porte ouverte à une augmentation de l’exploitation des énergies fossiles, à l’heure où la crise climatique est plus sévère que jamais.

« Cette vente est profondément décevante. Le gouvernement Biden s’est plié à l’industrie pétrolière en s’appuyant sur sa campagne de désinformation et de pression politique, ignorant l’urgence climatique croissante à laquelle nous sommes aux prises », a déploré l’organisation Earthjustice, qui conteste la décision devant les tribunaux.

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C’est le nombre d’États américains qui a contesté la décision de Washington de mettre un terme aux ventes de permis d’exploration sur les territoires de compétence fédérale, avant d’imposer un moratoire au début de 2021.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, il faudrait abandonner dès maintenant tout nouveau projet d’exploration et d’exploitation d’énergie fossile pour espérer limiter le réchauffement climatique à un seuil sécuritaire.

Or, la production d’énergies fossiles prévue pour les prochaines années est beaucoup trop importante pour qu’on puisse espérer limiter le réchauffement climatique à un seuil viable, concluait en octobre une analyse rédigée notamment par des experts de l’ONU.

Plus précisément, les grands pays producteurs prévoient d’exploiter en 2030 environ 110 % plus d’énergies fossiles que ce qui serait cohérent avec l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, soit celui de limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Cette même production serait 45 % plus élevée que ce qui permettrait de ne pas dépasser un réchauffement planétaire de 2 °C.

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